âș RĂ©fĂ©rence complĂšte : M.-A. Frison-Roche, La clause dâaudit, carrousel de la contractualisation de la Compliance, document de travail, septembre 2026.
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đ Ce document de travail a servi de base Ă la confĂ©rence đ€Â«Â La clause dâaudit corrĂ©lĂ©e Ă lâObligation de Compliance », faite le 25 septembre 2026 Ă Lyon dans le colloque đ§źLa contractualisation de la Compliance : clause aprĂšs clause, organisĂ© par le Journal of Regulation & Compliance (JoRC) et lâUniversitĂ© Jean Moulin Lyon 3, dans le cadre du đïžcycle de colloques 2026 Compliance et Contrat.
đ Il est la base de lâarticle Ă paraĂźtre dans lâouvrage Compliance et Contrat, dans la collection đRĂ©gulations & Compliance, coĂ©ditĂ©e par le Journal of Regulation & Compliance (JoRC) et Lefebvre-Dalloz.
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âș RĂ©sumĂ© du document de travail : La clause d’audit est la clause de Compliance la plus citĂ©e et la plus courante : elle externalise sur un tiers des techniques de contrĂŽle interne. Il faut distinguer la clause d’audit de sĂ©curisation de ses propres intĂ©rĂȘts, la clause d’audit d’assurance de sa propre conformitĂ© et la clause d’audit de rĂ©alisation d’un projet de Compliance. La clause d’audit apparaĂźt alors comme l’« accessoire nĂ©cessaire » de la clause de conformitĂ© et de Compliance. Elle est le « reflet objectif » de l’Obligation lĂ©gale de Compliance, qui exige de « dĂ©tecter » pour agir, et son « reflet subjectif », puisque l’assujetti est en charge de ceux qui, notamment dans les chaĂźnes de valeur, sont des « tiers concernĂ©s ».
Dans une premiĂšre partie, le document de travail se place Ă l’intĂ©rieur de la clause d’audit. Il montre comment l’Ă©laborer pour obtenir l’information pertinente des personnes qui la dĂ©tiennent et lĂ oĂč elle se situe : dĂ©signer par avance l’information recherchĂ©e, les personnes, les documents et les lieux, l’Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur de l’audit, pĂ©riodique ou liĂ© Ă un Ă©vĂšnement, celui qui le mĂšne et ses modalitĂ©s, selon un critĂšre de proportionnalitĂ© entre l’ampleur de l’information recherchĂ©e et l’objectif poursuivi. Il montre aussi comment intĂ©grer dĂšs la rĂ©daction les limites et les risques de cet audit contractuellement imposĂ© Ă autrui, notamment au regard des droits de la dĂ©fense et de l’usage stratĂ©gique du rapport d’audit.
Dans une seconde partie, le document de travail se place Ă l’extĂ©rieur de la clause. La clause d’audit s’adosse Ă d’autres stipulations, clause de conformitĂ© ou clause de Compliance, rapports sociĂ©taires et techniques de gouvernance. D’autres clauses s’adossent Ă elle, pour frapper (clauses de rĂšglement des diffĂ©rends, de sanction et de rupture) ou pour rapprocher (clause de remĂ©diation). Le juge devra l’interprĂ©ter au regard de sa finalitĂ©, en ce qu’elle est l’« accessoire nĂ©cessaire » de l’application du Droit de la Compliance.
En conclusion, la clause d’audit de Compliance apparaĂźt comme le carrousel de la contractualisation de la Compliance : lĂ oĂč celle-ci se noue, lĂ oĂč la conformitĂ© et la Compliance se distinguent, lĂ oĂč le juge contribue au dĂ©ploiement du Droit de la Compliance.
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đlire les dĂ©veloppements ci-dessous—ïž
1. Clause dâaudit : la clause de Compliance la plus citĂ©e, la plus courante : lâexternalisation de techniques de contrĂŽle interne sur un tiers. Dans ce silence qui pour lâinstant entoure encore la pratique contractuelle active de la Compliance, pratique masquĂ©e par lâobsession du corpus rĂ©glementaire, la clause qui a pour objet de prĂ©voir un audit organisĂ© par lâun des contractants dans lâentreprise de lâautre contractant est celle qui est sans doute la plus citĂ©e par les auteurs1La « clause dâaudit » est dâune façon gĂ©nĂ©rale relativement peu dĂ©crite et commentĂ©e. V. cependant les intĂ©ressantes Ă©tudes dâArnaud Lecourt, « La clause dâaudit », AJ Contrats dâaffaires â Concurrence â Distribution (AJCA), 2014, pp. 271-272, ou de F.-L. Simon, « Les mystĂšres de la clause dâaudit : les Ă©cueils Ă Ă©viter », La Lettre des rĂ©seaux, 28 mars 2022. Sur la mention dâune technique dâaudit au sein dâune clause plus globale de conformitĂ© ou de Compliance, voir dans la doctrine française : đŽïžM.-A. Frison-Roche, đ« Contrat de Compliance, clauses de Compliance », D. 2022, chron., pp. 2115-2117 ; J.-Ch. Roda, « La clause de compliance », in F. Buy, J. Heinich, M. Lamoureux, J. Mestre et J.-Ch. Roda (dir.), Les principales clauses des contrats dâaffaires, 3e Ă©d., Lextenso - LGDJ, 2025, pp. âŠÂ ; L. Tenreira, « La rĂ©daction des clauses dâapplication du devoir de vigilance par les Global Lawyers : lâexemple des clauses de flow-down », Revue de droit des affaires internationales, n° 5, 2022, pp. 453-466 ; N. Ida, « Contrat et devoir de vigilance des sociĂ©tĂ©s », JCP E, juillet 2023, pp. 17-26 ; Y. Queinnec, « La clause RSE, levier incontournable de vigilance », Revue Lamy droit des affaires, juillet 2018, n° 139 ; Dans la doctrine anglophone : D. V. Snyder, S. Maslow et S. Dadush, « Balancing Buyer and Supplier Responsibilities: Model Contract Clauses to Protect Workers in International Supply Chains, Version 2.0 », The Business Lawyer, vol. 77, n° 1, 2021-2022, pp. 115-182 ; K. Parella, « Contractual Stakeholderism », Boston University Law Review, vol. 102, 2022, pp. 865 s. ; Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain », Boston College Law Review, vol. 63, 2022, pp. 2539 s. ; S. Dadush, « Prosocial Contracts: Making Relational Contracts More Relational », Law and Contemporary Problems, vol. 85, n° 2, 2022, pp. 153-175. J. L. Short, M. W. Toffel et A. R. Hugill, « Monitoring Global Supply Chains », Strategic Management Journal, vol. 37, n° 9, 2016, pp. 1878-1897.. Il sâagit le plus souvent pour lâun des contractants de sâassurer que son cocontractant « se conforme » Ă des rĂ©glementations de Compliance au regard desquelles il doit lui-mĂȘme rendre des comptes. On en verra les modalitĂ©s, mais câest bien actuellement lâessentiel : câest parce que les diverses rĂ©glementations de Compliance exigent de leurs assujettis des contrĂŽles et des Ă©valuations sur les tiers, dont les manquements peuvent engager la responsabilitĂ© du premier contractant, entreprise puissante lĂ©galement assujettie, que ces stipulations apparaissent pour mettre en place la technique de lâaudit2RĂšglement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, art. 28, § 3, h) ; rĂšglement (UE) 2022/2554 du 14 dĂ©cembre 2022, art. 30, § 3, e) ; arrĂȘtĂ© du 6 janvier 2021 relatif au dispositif et au contrĂŽle interne en matiĂšre de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de gel des avoirs, art. 10, 8° et 10° ; rĂšglement gĂ©nĂ©ral de lâAMF, art. 318-61 et 321-96, II ; Lieferkettensorgfaltspflichtengesetz du 16 juillet 2021, § 6 Abs. 4 Nr. 4..
Or, autant un audit est aisĂ©ment menĂ© dans une structure dont on a la maĂźtrise, acte de gestion qui ne requiert pas de formalisme juridique, lâ« audit interne »3Audit interne qui peut dâailleurs ĂȘtre un « audit de Compliance ». V. A. Gutierrez-Crespin, « Lâaudit du dispositif de compliance : un outil clĂ© pour en vĂ©rifier la robustesse », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLes outils de la Compliance, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2021, pp. 133-140. Ă©tant un Ă©lĂ©ment naturel du « contrĂŽle interne »4Recommandations de lâAgence française anticorruption, avis publiĂ© au JORF n° 10 du 12 janvier 2021, texte n° 61, §§ 61 Ă 68 et §§ 69 Ă 74., voire de lâ« enquĂȘte interne », autant il faudra prendre la voie contractuelle pour que lâaudit se dĂ©roule chez un tiers. Il est tout de mĂȘme remarquable que dans la pratique, le qualificatif dâ« interne » est souvent conservĂ© pour ces audits, ces contrĂŽles, ces enquĂȘtes5Sur les techniques de lâenquĂȘte interne et leur dĂ©ploiement dans les groupes internationaux, O. Catherine, « La spĂ©cificitĂ© des enquĂȘtes internes pratiquĂ©es par les groupes internationaux », in đŽïžM.-A. Frison-Roche et đŽïžM. Boissavy (dir.), đCompliance et droits de la dĂ©fense. EnquĂȘte interne â CJIP â CRPC, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2024, pp. 141-155. Sur les risques et les limites de la clause dâaudit, V. infra §§ 26 Ă 36, que lâon continue donc de qualifier dâinternes, alors quâils sont prĂ©cisĂ©ment menĂ©s sur des tiers. Ainsi, grĂące au contrat, lâaudit pourra ĂȘtre menĂ© sur un tiers, comme sâil nâen Ă©tait pas un, permettant en quelque sorte Ă celui qui bĂ©nĂ©ficie de lâaudit dâagir comme sâil Ă©tait chez lui. Nous verrons les limites dâune telle disparition par la puissance du contrat entre lâinterne et lâexterne6Sur les risques et les limites de la clause dâaudit, V. infra §§ 26 Ă 36.
PRĂALABLEÂ : CLAUSE DâAUDIT DE SĂCURISATION, CLAUSE DâAUDIT DE CONFORMITĂ, CLAUSE DâAUDIT DE COMPLIANCE
2. GrĂące Ă la « clause dâaudit de conformité », lâassujetti se met lui-mĂȘme en mesure dâobĂ©ir Ă la Loi. On trouve souvent des clauses dâaudit sur des tiers, notamment dans les rapports de distribution. Mais la clause dâaudit diffĂšre ici dans sa finalitĂ©, donc dans son objet. En effet, lâobjet de la clause dâaudit sur lâentreprise du cocontractant que lâon trouve dans les rapports de distribution y figure pour protĂ©ger les intĂ©rĂȘts de la « tĂȘte de rĂ©seau »7Cela est dĂ©crit et assumĂ© comme tel. V. F.-L. Simon, « Les mystĂšres de la clause dâaudit : les Ă©cueils Ă Ă©viter », La Lettre des rĂ©seaux, 17 dĂ©cembre 2021, mis Ă jour le 28 mars 2022.. Lorsquâil sâagit de Compliance, la voie contractuelle qui est requise et utilisĂ©e par une entreprise puissante pour contrĂŽler lâautre, mais câest pour obĂ©ir Ă sa propre obligation rĂ©glementaire de conformitĂ©8Car elle rĂ©pondra des manquements rĂ©glementaires commis par ses partenaires. et de Compliance9Car elle peut ainsi sâassurer quâelle a les appuis nĂ©cessaires apportĂ©s par ses partenaires pour contribuer Ă la prĂ©servation et Ă la durabilitĂ© des systĂšmes. V. A. Oumedjkane, « Le devoir de vigilance est-il soluble dans le droit des contrats publics ? », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đCompliance et contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027.. La puissance contractuelle nâest donc exercĂ©e que pour se soumettre Ă la Loi et ĂȘtre en mesure de soi-mĂȘme rendre des comptes10Loi n° 2016-1691 du 9 dĂ©cembre 2016 relative Ă la transparence, Ă la lutte contre la corruption et Ă la modernisation de la vie Ă©conomique, art. 17, II, 4° et 8° ; directive (UE) 2024/1760 du 13 juin 2024, art. 10, § 2, b) et § 5.. Par la clause dâaudit, le cocontractant puissant attrait lâautre dans lâespace de sa propre obligation lĂ©gale.
3. Clause dâaudit de sĂ©curisation de ses intĂ©rĂȘts / clause dâaudit dâassurance de sa propre conformitĂ© / clause dâaudit de rĂ©alisation dâun projet de Compliance. Câest pourquoi on la retrouve exprimĂ©e par les « entreprises donneuses dâordre »11Directive (UE) 2024/1760 du 13 juin 2024, art. 10, § 2, b), et § 4 ; Lieferkettensorgfaltspflichtengesetz du 16 juillet 2021, § 9 Abs. 3 ; Transparency International, Global Anti-Bribery Guidance, § 13.3.5. car, comme le posa le Conseil constitutionnel, câest toujours bien une responsabilitĂ© personnelle quâendure lâentreprise qui contrĂŽle la chaĂźne de valeur12Cons. const., 23 mars 2017, n° 2017-750 DC, Loi relative au devoir de vigilance des sociĂ©tĂ©s mĂšres et des entreprises donneuses dâordre. La dĂ©cision pose dans son § 27 : « Les dispositions contestĂ©es nâinstaurent donc pas un rĂ©gime de responsabilitĂ© du fait dâautrui, ainsi que cela ressort, au demeurant, des travaux parlementaires. Par suite, et en tout Ă©tat de cause, ces dispositions ne mĂ©connaissent pas le principe de responsabilité ». Sur cette question de la responsabilitĂ© personnelle et de la responsabilitĂ© pour autrui, v. A. Danis-FatĂŽme et G. Viney, « La responsabilitĂ© civile dans la loi relative au devoir de vigilance des sociĂ©tĂ©s mĂšres et des entreprises donneuses dâordre », D. 2017, n° 28, pp. 1610-1618 ; T. Sachs et J. Tricot, « La loi sur le devoir de vigilance : un modĂšle pour (re)penser la responsabilitĂ© des entreprises », Droit & SociĂ©tĂ© 2020, n° 106, pp. 683-698 ; M. Mekki, « Peut-on repenser la responsabilitĂ© Ă lâaune du devoir de Vigilance, pointe avancĂ©e de la Compliance ? », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLâobligation de compliance, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2025, pp. 599-615. V. Ă©gal. M. Fabre-Magnan, « Critique de la convergence des responsabilitĂ©s contractuelle et dĂ©lictuelle. Lâexemple du devoir de vigilance », in MĂ©langes en lâhonneur du Professeur LoĂŻc Cadiet, LexisNexis, 2023, pp. 547-561., mais câest bien la dĂ©tection de ce qui se passe, ou peut se passer, tout au long de celle-ci au sein dâautres entreprises, qui lui est demandĂ©e. Cette consolidation par la clause dâaudit de la chaĂźne de valeur est essentielle. 13Sur lâintĂ©gration verticale ainsi produite par des « contrats de rĂ©gulation » exigĂ©s non seulement par des choix de gestion mais encore par des impĂ©ratifs de compliance,
La situation juridique est donc diffĂ©rente de ce que lâon pourrait appeler une clause dâaudit de « sĂ©curisation de ses intĂ©rĂȘts » (comme on la trouve dans les contrats de distribution), puisquâil sâagira pour celui qui pourra mener des audits de se mettre lui-mĂȘme en position dâĂȘtre « conforme » Ă la rĂ©glementation par rapport Ă laquelle il doit montrer son obĂ©issance14En cela, la clause dâaudit est associĂ©e Ă la « conformité », et non pas Ă lâobligation de Compliance.. Plus Ă©loignĂ©e encore, et le rĂ©gime en variera, la clause dâaudit sur lâentreprise du cocontractant pourra avoir pour but de mieux lâassocier Ă la prĂ©servation des systĂšmes et Ă la protection des ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s, ce qui mĂ©rite alors pleinement dâĂȘtre qualifiĂ©e non plus seulement une « clause dâaudit de conformité » mais une « clause dâaudit de Compliance ».
Cette diffĂ©rence de finalitĂ© nâest pas seulement de degré : elle change le signe de la stipulation. La clause dâaudit de conformitĂ© porte la marque de la soumission â lâun vĂ©rifie que lâautre obĂ©it, et lâaudit est la forme sĂ©vĂšre de cette vĂ©rification. La clause dâaudit de Compliance, parce quâelle sert un but qui excĂšde les deux contractants, peut porter la marque inverse, celle de la collaboration : ce que lâun va chercher chez lâautre nâest plus le gage de son obĂ©issance, mais la part que celui-ci prend Ă la prĂ©servation du systĂšme et Ă la protection des ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s. Le mĂȘme instrument technique reçoit ainsi deux sens opposĂ©s, et câest celui qui rĂ©dige la clause qui choisit lequel.
4. La clause dâaudit, « accessoire nĂ©cessaire » de la clause de conformitĂ© et de Compliance. Dans la perspective de la « conformité », la clause dâaudit apparaĂźt comme un accessoire nĂ©cessaire15Sur la thĂ©orie de lâaccessoire appliquĂ©e aux stipulations contractuelles, v. J.-B. Seube, LâindivisibilitĂ© et les actes juridiques, prĂ©f. M. Cabrillac, Litec, coll. « BibliothĂšque de droit de lâentreprise », t. 40, 1999 ; M. Cottet, Essai critique sur la thĂ©orie de lâaccessoire en droit privĂ©, thĂšse, Paris-Sud, dir. J. Rochfeld, 2011, lâauteure montrant que la thĂ©orie repose sur la notion de fonction, entendue comme la contribution Ă lâaccomplissement dâune finalitĂ©, y compris sâagissant dâune clause contractuelle.. Une clause dâaudit, ou un pouvoir dâaudit sur le tiers insĂ©rĂ© au sein dâune clause globale de conformitĂ©, joue au bĂ©nĂ©fice de celui qui a lâobligation lĂ©gale, voire contractuelle, dâĂȘtre conforme, ce qui produira des clauses dâaudit en cascade. Ainsi conçue, elle ne peut prendre que la forme sĂ©vĂšre du contrĂŽle. En effet, la clause dâaudit apparaĂźt alors comme un « accessoire nĂ©cessaire » de la « clause de conformité » puisque lâentreprise assujettie doit mesurer, et le plus tĂŽt possible, ce qui se passe, puisque son obligation de Compliance consiste à « dĂ©tecter » les manquements (conformitĂ©) et les risques systĂ©miques (Compliance) prĂ©sents chez son partenaire. La clause dâaudit par nature a une dimension probatoire, puisquâelle permettra Ă lâentreprise lĂ©galement assujettie de montrer ultĂ©rieurement les diligences quâelle aura faites16Sur la dimension probatoire de la clause dâaudit, V. infra § 32. Parce quâelle oblige un tiers, au bĂ©nĂ©fice dâune entreprise lĂ©galement obligĂ©e, il ne faut pourtant pas quâelle transfĂšre de ce fait lâobligation lĂ©gale de lâun sur lâautre17Sur les limites de la clause dâaudit, V. infra §§ 27 Ă 32.
Encore la formule dâ« accessoire nĂ©cessaire » ne dĂ©crit-elle quâune fonction, et non un rĂ©gime. Le Droit commun des contrats ne connaĂźt pas de catĂ©gorie nommĂ©e « clause accessoire » : la thĂ©orie de lâaccessoire joue entre biens, entre crĂ©ances, entre contrats, non entre stipulations dâun mĂȘme acte. Ce quâil saisit nâest donc pas la hiĂ©rarchie des clauses mais leur divisibilitĂ©, et la question nâest pas de savoir laquelle des deux commande lâautre, mais si lâune peut survivre sans lâautre. La distinction nâest pas seulement de vocabulaire : elle commande le sort de la clause dâaudit lorsque la stipulation quâelle sert vient Ă tomber, et inversement le sort de lâobligation de conformitĂ© lorsque lâaudit est privĂ© dâeffet. On y reviendra, car câest de ce dĂ©placement que dĂ©pend lâarticulation de la clause dâaudit avec les autres stipulations de Compliance (v. infra § 38).
Cette consubstantialitĂ© entre clause de Compliance et clause dâaudit explique quâen pratique il est assez frĂ©quent quâil y ait tout dâabord une plantureuse « clause de conformité », clause gĂ©nĂ©rique exigeant du cocontractant quâil respecte telle et telle rĂ©glementation, le RGPD, Sapin 2, etc., voire si le rĂ©dacteur puissant a la plume contractuelle aussi lourde que celle du rĂ©glementateur, toutes les rĂ©glementations applicables18J.-Ch. Roda, « UtilitĂ© comparĂ©e des clauses de conformitĂ© et des clauses de Compliance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đCompliance et Contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027. V. infra §§ 40 Ă 42, puis pour sâassurer de cela, une stipulation qui, en accessoire nĂ©cessaire, soit dans le mĂȘme paragraphe, soit dans le paragraphe qui suit, pose que le contractant qui a exigĂ© ce tour de force de lâautre, prĂ©cise quâil pourra faire des audits.
5. La clause dâaudit, une clause violente, non pas tant en soi mais par son prĂ©supposĂ© et les consĂ©quences tirĂ©es par dâautres clauses du contrat. Ainsi informĂ© par lâaudit, celui qui dĂ©tient le pouvoir contractuel19Le fait quâil sâagisse dâun audit contractuel nâĂ©carte pas forcĂ©ment une qualification juridique ou un rĂ©gime impliquant des droits de la dĂ©fense. Sâil doit en ĂȘtre un, autant organiser ce rĂ©gime Ă©galement contractuellement. Sur ce point, V. infra §§ 33 Ă 35 de le mener pourra en tirer toutes les consĂ©quences. LĂ encore, cela est stipulĂ©, soit dans la mĂȘme clause globale dite « de conformité »20La clause dâaudit change si elle vient en appui dâune « clause de conformité » ou dâune vĂ©ritable « clause de Compliance ». Sur lâadossement de la clause dâaudit aux autres stipulations, V. infra §§ 37 Ă 50, soit dans la clause dâaudit, soit dans la clause de sanction21L. Sautonie-Laguionie, « Les clauses de Compliance relatives aux sanctions », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), Compliance et Contrat, prĂ©c. ou de remĂ©diation22M. Tirel, « Les clauses de Compliance relatives Ă la remĂ©diation », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), Compliance et Contrat, prĂ©c. qui, visant lâhypothĂšse de non-conformitĂ© du contractant, fait un dĂ©tour en visant la clause dâaudit puisque câest Ă lâoccasion de la mise en Ćuvre de celle-ci que la non-conformitĂ© quâil sâagit de sanctionner ou de rĂ©parer a Ă©tĂ© Ă©tablie.
6. Mieux comprendre la clause dâaudit parce quâelle est le « reflet objectif » de lâObligation lĂ©gale de Compliance : « dĂ©tecter » pour agir. Mais il est plus aisĂ© de comprendre la clause dâaudit de Compliance en partant de lâObligation lĂ©gale de Compliance : elle oblige les assujettis, principalement les grandes entreprises, Ă contribuer Ă prĂ©server les systĂšmes pour en assurer la durabilitĂ© et protĂ©ger les ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s.23đŽïžM.-A. Frison-Roche, đ« Concevoir lâObligation de Compliance : faire usage de sa position pour participer Ă la rĂ©alisation des Buts Monumentaux de la Compliance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLâobligation de compliance, prĂ©c., pp. 3-44. Adde, du mĂȘme auteur, đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026. Cela implique pour les assujettis, qui sont le plus souvent les grandes entreprises, lâobligation de « dĂ©tecter » les risques systĂ©miques, afin de remĂ©dier Ă des consĂ©quences nĂ©fastes qui se sont dĂ©jĂ rĂ©alisĂ©es ou, et surtout, Ă prĂ©venir leur concrĂ©tisation. La premiĂšre exigence, mĂȘme si elle ne se traduit pas forcĂ©ment par une obligation juridique identifiĂ©e, est donc dâĂȘtre informĂ©.
7. Pour agir, ĂȘtre informĂ© y compris sur le lointain : lâaudit, technique adĂ©quate et lâobligation dâĂȘtre puissant. Lâaudit devient alors la technique qui sâimpose afin de satisfaire les rĂ©glementations qui requiĂšrent expressĂ©ment de savoir. Lâon retrouve donc la technique, somme toute classique, du contrĂŽle interne et de lâaudit. Lâon pourrait mĂȘme soutenir que ces instruments ordinaires de gestion, aujourdâhui Ă©tendus Ă lâĂtat24Ces techniques ont gagnĂ© lâĂtat lui-mĂȘme : le dĂ©cret n° 2022-634 du 22 avril 2022 relatif au contrĂŽle et Ă lâaudit internes de lâĂtat, qui a abrogĂ© le dĂ©cret n° 2011-775 du 28 juin 2011 relatif Ă lâaudit interne dans lâadministration, impose Ă chaque ministre un systĂšme de contrĂŽle interne fondĂ© sur une analyse des risques, et confie Ă une mission ministĂ©rielle dâaudit interne, rapportant au ministre, le soin de vĂ©rifier la qualitĂ© et lâefficacitĂ© de ce systĂšme. Lâharmonisation des mĂ©thodes et des pratiques revient au comitĂ© interministĂ©riel du contrĂŽle et de lâaudit internes (CICAI), qui a succĂ©dĂ© au comitĂ© dâharmonisation de lâaudit interne de lâĂtat (CHAIE)., nâont rien de rĂ©volutionnaire. Ce nâest pas vrai. Car prĂ©cisĂ©ment, ce nâest en rien lâinterne qui est concernĂ©. Par exemple, lâarticle 17, II, 4°, de la loi dite « Sapin 2 » en ce quâil exige de lâentreprise assujettie « des procĂ©dures dâĂ©valuation de la situation des clients, fournisseurs de premier rang et intermĂ©diaires au regard de la cartographie des risques »25Sur les procĂ©dures dâĂ©valuation, outil majeur du Droit de la Compliance, N. Guillaume, « Cartographie des risques de compliance. Premiers aperçus des enjeux, des limites et des bonnes pratiques », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLes outils de la Compliance, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2021, pp. 63-70. Adde, sur la mise en Ćuvre de cette mesure, les travaux de lâAgence française anticorruption (AFA) : LâĂ©valuation des tiers en question : rĂ©sultats de notre derniĂšre enquĂȘte auprĂšs des entreprises, mai 2024, dâoĂč il ressort que 59 % des entreprises tiennent lâĂ©valuation des tiers pour la mesure anticorruption la plus difficile Ă dĂ©ployer, notamment en raison de la « difficultĂ© liĂ©e Ă lâaccĂšs et lâintĂ©gration des donnĂ©es ». Une clause dâaudit de Compliance peut venir en appui. V. aussi, sur les stipulations qui organisent cette Ă©valuation dans la chaĂźne de valeur, G. J. Martin, « Clauses et contrats, modalitĂ©s de lâobligation de vigilance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLâobligation de compliance, prĂ©c., pp. 663-678. est rĂ©volutionnaire car il impose dâaller mesurer les risques non plus seulement chez soi, mais chez les autres.
En cela, la clause dâaudit de Compliance valide lâobligation lĂ©gale dâĂȘtre puissant, puisque lâassujetti, en ce quâil a lâobligation dâĂȘtre informĂ©, a transitivement lâobligation dâobtenir, notamment par le contrat, la puissance lĂ©gitime dâobtenir lâinformation. La clause dâaudit illustre ainsi lâobligation lĂ©gale dâĂȘtre puissant quâimplique le Droit de la Compliance. Si les cocontractants sont dâĂ©gale puissance, et sâils sont dans la mĂȘme position, il est possible que le pouvoir dâaudit soit rĂ©ciproque.
8. Lâobligation lĂ©gale de Compliance de contrĂŽler les partenaires implique une information quĂ©rable, Ă dĂ©faut dâĂȘtre aisĂ©ment portable, ce que concrĂ©tise la clause dâaudit. Dans cette collecte dâinformations, le contractant peut demander que celle-ci lui soit apportĂ©e. Mais mĂȘme si une clause dâaudit fait peser le poids de la collecte de lâinformation sur lâentreprise qui en a besoin, la maĂźtrise26CoĂ»t qui peut dâailleurs contractuellement se rĂ©partir, voire se transfĂ©rer tant que cela nâest pas abusif. de lâinformation produite par la technique de lâaudit le justifie. Lâusage de la clause dâaudit dans lâĂ©valuation des tiers le montre. Ainsi, dans lâenquĂȘte menĂ©e par lâAgence française anticorruption (AFA) auprĂšs des entreprises assujetties Ă lâĂ©valuation des tiers, la clause dâaudit figure parmi les mesures de vigilance les plus frĂ©quemment stipulĂ©es, immĂ©diatement aprĂšs la clause anticorruption et la clause de conformitĂ©, et devant la clause de sous-traitance et la clause dâexternalisation27Agence française anticorruption, RĂ©sultats de lâenquĂȘte « évaluation des tiers au regard du risque de corruption » menĂ©e par lâAgence française anticorruption auprĂšs des entreprises, avril 2024, 72 p., Q22, p. 57. Questionnaire anonyme de 28 questions, diffusĂ© par les fĂ©dĂ©rations professionnelles du 10 octobre au 10 dĂ©cembre 2023 ; rĂ©ponses dĂ©claratives ; 72 rĂ©pondants Ă cette question. LâAFA prĂ©cise que les pratiques ainsi partagĂ©es nâont fait, au stade de cette publication, lâobjet dâaucune approbation de sa part.. Cette clause est dâautant plus requise que la mĂȘme enquĂȘte souligne Ă plusieurs reprises parmi les difficultĂ©s rencontrĂ©es pour exĂ©cuter lâobligation lĂ©gale dâĂ©valuation des tiers le manque de coopĂ©ration de ceux-ci. La vertu du contrat est alors de ramener de la force obligatoire28Sur la force obligatoire, v. dâune façon plus gĂ©nĂ©rale đŽïžM.-A. Frison-Roche, « Autonomie de la volontĂ© et compliance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đCompliance et Contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027..
Les engagements contractuels parmi les mesures de vigilance mises en Ćuvre
Extrait de la question n° 22 : les seules mesures qualifiĂ©es dâ« engagement contractuel ». AFA, enquĂȘte prĂ©c. ; 72 rĂ©pondants. Les autres mesures relevĂ©es relĂšvent du contrĂŽle interne (contrĂŽles comptables, 72,2 % ; notes de frais, 70,8 % ; conflits dâintĂ©rĂȘts, 61,1 %), de la communication ou de la formation ; les missions ponctuelles dâaudit y figurent pour 65,3 %. LâastĂ©risque signale la seule ligne soulignĂ©e par moi, celle de la clause dâaudit.
Clause anticorruption 100,0 %
Clause de sous-traitance 56,9 %
Clause de conformité 80,6 %
Encadrement des cadeaux et invitations 47,2 %
Clause dâaudit* 69,4 %
Clause dâexternalisation 25,0 %
Encadrement des conflits dâintĂ©rĂȘts 65,3 %
9. InsĂ©rer une clause dâaudit parce quâelle est le « reflet subjectif » de lâObligation lĂ©gale de Compliance : ĂȘtre en charge de ceux qui, notamment dans les chaĂźnes de valeur, sont des « tiers concernĂ©s ». La clause dâaudit permet ainsi de traiter techniquement comme des parties des entitĂ©s ou personnes qui sont Ă©conomiquement des tiers29Dans lâenquĂȘte prĂ©citĂ©e de lâAFA, il est mentionnĂ© que lâune des « difficultĂ©s » rencontrĂ©es pour lâĂ©valuation tient à « lâautonomie des filiales ». Il est certain quâune entitĂ© juridiquement autonome est moins ouverte⊠Sur lâeffet Ă©conomique dâintĂ©gration que produisent les clauses de Compliance, notamment dans une chaĂźne de valeur, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche et E. Maclouf, « Les stratĂ©gies dâentreprises dans lâorganisation contractuelle des chaĂźnes de valeur », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), Compliance et Contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027.. Par une sorte dâeffet dâonde, dans la mesure oĂč lâaudit amĂšne des informations sur des personnes liĂ©es au contractant, ce sont par cercles concentriques un ensemble de « tiers concernĂ©s » qui sont touchĂ©s par la clause premiĂšre dâaudit. Il peut sâagir des « tiers concernĂ©s » par la charge de conformitĂ© et de Compliance, notamment par lâinformation de leurs diligences ou de lâabsence de celles-ci. Il peut sâagir aussi des « tiers concernĂ©s » qui, parce quâils bĂ©nĂ©ficient des comportements favorisĂ©s par lâobligation de Compliance, peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă produire des informations utiles pour lâaudit.30Sur ces tiers bĂ©nĂ©ficiaires, V. infra § 42.
10. La clause dâaudit de Compliance : Vue de lâintĂ©rieur et vue de lâextĂ©rieur. Annonce de plan. La clause dâaudit est un instrument de lâObligation de Compliance quâil faut dĂ©ployer pour en regarder les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments qui la constituent, la voyant ainsi « de lâintĂ©rieur ». Mais elle est aussi un instrument qui ne joue jamais seul : elle prend son intĂ©rĂȘt dans son articulation avec les autres dispositifs contractuels de Compliance. Il faut donc aussi lâexaminer « de lâextĂ©rieur ». Lâon mesure ainsi comment la clause doit sâĂ©laborer : il faut y stipuler ce qui permet dâobtenir lâinformation pertinente de ceux qui la dĂ©tiennent â champ matĂ©riel et temporel de lâaudit, choix de celui qui le mĂšnera â et compter avec ce que le Droit commun oppose Ă cette Ă©laboration, lâombre toujours lĂ du dĂ©sĂ©quilibre significatif et lâobligation tacite de faire lâaudit que la stipulation engendre contre celui mĂȘme qui lâa exigĂ©e (I). Examinant du dehors, la clause sâadosse : parce quâelle a besoin dâautres clauses pour bien fonctionner et quâelle existe pour faire bien fonctionner dâautres clauses, elle ne se comprend que dans son articulation avec les autres stipulations de Compliance, quâelle appuie et dont elle reçoit appui (II).
I. Ă LâINTĂRIEUR DâUNE CLAUSE DâAUDIT INSĂRĂE POUR LâACCOMPLISSEMENT DE LâOBLIGATION DE COMPLIANCE DâUN DES CONTRACTANTS
11. Organiser contractuellement la recherche dâinformation, en intĂ©grant par avance les limites Ă poser Ă une telle ingĂ©rence. Annonce de plan. Deux perspectives, qui sont celles de celui qui manie lâart contractuel de la Compliance, doivent ĂȘtre adoptĂ©es et articulĂ©es. Il faut dâabord construire la stipulation pour quâelle produise lâinformation utile : en fixer le champ matĂ©riel et temporel, et dâabord lâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur â audits pĂ©riodiques, ou audits provoquĂ©s par un Ă©vĂšnement ou une autre information que celle que lâaudit fera apparaĂźtre, notamment le red flag â, dĂ©signer celui qui mĂšnera lâaudit, lâauditeur de lâassujetti ou un tiers choisi par les deux contractants, ce qui rapproche alors la clause dâune procĂ©dure de discovery, et arrĂȘter enfin les modalitĂ©s de son dĂ©roulement (A). Il faut ensuite, dans cette Ă©laboration mĂȘme, intĂ©grer par avance les risques et les limites dâun audit contractuellement imposĂ© Ă autrui pour satisfaire son obligation de Compliance : lâombre toujours lĂ du dĂ©sĂ©quilibre significatif, lâobligation tacite de faire lâaudit que la clause engendre contre celui qui lâa stipulĂ©e, et le fait que lâaudit demeure une mesure dâinstruction comme une autre, Ă laquelle sâopposent la libertĂ© du cocontractant et viennent sâimplanter les droits de la dĂ©fense (B).
A. ĂLABORER LA CLAUSE DâAUDIT POUR OBTENIR LâINFORMATION PERTINENTE DES PERSONNES QUI LA DĂTIENNENT ET LĂ OĂ ELLE SE SITUE
12. Le cĆur de la clause : lâinformation que lâaudit apportera pour la satisfaction de lâobligation de Compliance. Annonce de plan. Quatre questions se posent au rĂ©dacteur, et elles se posent dans cet ordre, parce que chacune commande la suivante. Quelle information lâaudit doit-il rapporter, et donc auprĂšs de qui, sur quels documents et en quels lieux ira-t-on la chercher (1) ? Ă quel moment, et sur la survenance de quel fait, lâaudit se dĂ©clenche-t-il (2) ? Qui le mĂšnera (3) ? Et selon quelles modalitĂ©s se dĂ©roulera-t-il (4) ? Lâordre nâest pas indiffĂ©rent : une clause qui dĂ©signe un auditeur avant dâavoir dit ce quâil doit chercher confie un pouvoir sans objet, et une clause qui rĂšgle les modalitĂ©s sans avoir fixĂ© le dĂ©clencheur organise une procĂ©dure qui ne se met jamais en marche.
1. Par la clause dâaudit, fixer contractuellement lâinformation qui va ĂȘtre cherchĂ©e par lâaudit de Compliance menĂ© chez le cocontractant
13. Lâinformation que lâaudit contractuel de Compliance doit permettre dâatteindre : celle qui permet Ă lâassujetti de dĂ©tecter et de prĂ©venir le manquement et le risque systĂ©mique. Lien entre lâobligation lĂ©gale et la stipulation. Lâaudit ne va pas chercher toute lâinformation disponible chez le cocontractant, mais celle dont le bĂ©nĂ©ficiaire de la clause a besoin pour tenir son Obligation lĂ©gale de Compliance31LâObligation de Compliance sâentend ici de lâobligation faite aux opĂ©rateurs cruciaux de contribuer Ă la prĂ©servation des systĂšmes et Ă la protection des ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s ; v. supra § 6.. Câest lâobligation lĂ©gale qui dessine, par ricochet, lâobjet de la stipulation, et non lâintĂ©rĂȘt quâa lâentreprise puissante Ă en savoir le plus possible sur son partenaire. La clause bien rĂ©digĂ©e part de lĂ Â : elle vise la rĂ©glementation au titre de laquelle son bĂ©nĂ©ficiaire doit rendre des comptes, elle en dĂ©duit ce qui doit ĂȘtre dĂ©tectĂ©, et elle nâadmet dans le champ de lâaudit que lâinformation qui sert cette dĂ©tection. Deux strates sây superposent, qui ne se confondent pas. La premiĂšre est celle de la conformité : il sâagit dâĂ©tablir si le cocontractant obĂ©it ou nâobĂ©it pas aux prescriptions qui lui sont applicables ou qui lui ont Ă©tĂ© contractuellement transfĂ©rĂ©es, lâinformation recherchĂ©e Ă©tant alors le manquement, constatĂ© ou probable, câest-Ă -dire le risque de non-conformitĂ©. La seconde est celle de la Compliance : il sâagit de mesurer ce qui, dans lâorganisation du partenaire, fait courir un risque au systĂšme lui-mĂȘme, et lâinformation recherchĂ©e nâest plus un manquement mais une vulnĂ©rabilitĂ©, qui nâest pas nĂ©cessairement une faute. La distinction est pratique autant que thĂ©orique, car la premiĂšre se prouve quand la seconde sâapprĂ©cie : une clause qui ne demanderait que la premiĂšre laisserait son bĂ©nĂ©ficiaire dĂ©muni pour la part proprement systĂ©mique de son obligation. Il en rĂ©sulte un critĂšre de rĂ©daction, qui est aussi un critĂšre de mesure : est pertinente lâinformation sans laquelle lâassujetti ne peut ni dĂ©tecter ni prĂ©venir, la stipulation devant demeurer proportionnĂ©e aux risques que la cartographie a identifiĂ©s32Le critĂšre de proportionnalitĂ© Ă la cartographie des risques est celui que retient lâAgence française anticorruption (AFA) pour lâĂ©valuation des tiers : Avis relatif aux recommandations de lâAgence française anticorruption destinĂ©es Ă aider les personnes morales de droit public et de droit privĂ© Ă prĂ©venir et Ă dĂ©tecter les faits de corruption, de trafic dâinfluence, de concussion, de prise illĂ©gale dâintĂ©rĂȘts, de dĂ©tournement de fonds publics et de favoritisme, JORF n° 0010 du 12 janvier 2021, texte n° 61, section « Ăvaluation de lâintĂ©gritĂ© des tiers », §§ 201 Ă 245, spĂ©c. § 207 : « La nature et la profondeur des Ă©valuations Ă rĂ©aliser et des informations Ă recueillir sont dĂ©terminĂ©es en fonction des diffĂ©rents groupes homogĂšnes de tiers prĂ©sentant des profils de risques comparables, tels que la cartographie des risques permet de les dresser ». V. supra § 17.. Ce qui excĂšde ce pĂ©rimĂštre nâest plus de la Compliance : câest de la captation dâinformation sur un partenaire, Ă quoi le Droit commun oppose ses propres instruments.
14. DĂ©signer par avance les personnes susceptibles de donner cette information. Lâinformation nâest pas dans les murs : elle est chez des personnes. La clause qui se borne Ă ouvrir un « droit dâaudit » sans dire qui pourra ĂȘtre vu ne donne Ă son bĂ©nĂ©ficiaire quâun pouvoir thĂ©orique, auquel le cocontractant satisfera en lui prĂ©sentant lâinterlocuteur le moins informĂ© de son entreprise. Trois techniques de dĂ©signation se rencontrent, qui se combinent. La dĂ©signation par catĂ©gorie fonctionnelle vise les personnes par la place quâelles occupent dans lâorganisation â responsable de la conformitĂ©, directeur des achats, responsable de site, rĂ©fĂ©rent alerte â, et prĂ©sente lâavantage de survivre aux mouvements de personnel. La dĂ©signation par lieu vise celles qui se trouvent lĂ oĂč le risque se loge : lâĂ©tablissement, lâusine, la filiale, le fournisseur de rang infĂ©rieur. La dĂ©signation nominative, enfin, nâa de sens que pour les fonctions dont lâidentitĂ© est stable et connue au jour du contrat ; elle est la plus fragile et appelle une stipulation dâactualisation. Le choix entre elles ne relĂšve pas de la commodité : il se fait au regard de ce que lâaudit doit produire, donc au regard des objectifs poursuivis et des rĂ©glementations de Compliance concernĂ©es, qui ne dĂ©signent pas les mĂȘmes dĂ©tenteurs dâinformation33LâĂ©valuation des tiers au titre de lâarticle 17 de la loi dite « Sapin 2 », prĂ©c., conduit aux fonctions achats et commerciales ; le devoir de vigilance, aux fonctions industrielles et sociales ; la protection des donnĂ©es, au responsable de traitement et au dĂ©lĂ©guĂ© Ă la protection des donnĂ©es.. De lĂ vient la tentation, Ă laquelle il faut rĂ©sister, dâĂ©crire que lâaudit pourra entendre « toutes personnes ». La formule paraĂźt tout donner et ne donne rien de sĂ»r : outre quâelle expose la stipulation au grief de dĂ©sĂ©quilibre significatif, elle prive le bĂ©nĂ©ficiaire du seul argument qui emporte lâexĂ©cution, celui de la nĂ©cessitĂ©, et elle laisse au cocontractant le choix de la personne quâil prĂ©sentera. La liste des personnes nâest donc pas une annexe technique de la clause : elle en est une piĂšce, et elle doit ĂȘtre rĂ©visable, car la cartographie des risques dont elle procĂšde lâest elle-mĂȘme.
15. DĂ©signer par avance les documents par lesquels lâinformation est atteignable. Duplication dâun audit interne. Le plus naturel est de viser les documents que le cocontractant Ă©tablit dĂ©jĂ pour lui-mĂȘme : les rapports de son contrĂŽle interne et de son audit interne, ses documents comptables et financiers, sa cartographie des risques, ses procĂ©dures dâĂ©valuation des tiers. La clause dâaudit de Compliance opĂšre alors moins une investigation nouvelle quâune duplication : elle fait passer dâune entreprise Ă lâautre le produit dâun contrĂŽle dĂ©jĂ organisĂ©, ce qui explique sa frĂ©quence et son faible coĂ»t. Encore faut-il que la stipulation le dise, car le rapport dâaudit interne nâest pas de soi communicable : il a Ă©tĂ© Ă©tabli pour lâorgane de direction du cocontractant, et non pour son partenaire34Câest le premier effet de la clause : elle rend contractuellement quĂ©rable un document qui, par sa destination, ne lâĂ©tait pas. La stipulation gagne donc Ă viser les rapports par leur objet et leur pĂ©riode, et non par leur seul intitulĂ©, que le cocontractant maĂźtrise.. Mais le document nâest quâun point de dĂ©part. Il dit ce qui a Ă©tĂ© regardĂ© par celui qui se regardait lui-mĂȘme ; il ne dit ni ce qui ne lâa pas Ă©tĂ©, ni ce que lâon a prĂ©fĂ©rĂ© ne pas Ă©crire. Câest pourquoi la clause doit rĂ©pondre Ă la question que le document fait naĂźtre : faut-il aller plus loin, et selon quelle mĂ©thode ? Trois degrĂ©s se succĂšdent, qui ne sont pas de mĂȘme nature. La communication de piĂšces laisse le cocontractant maĂźtre de ce quâil remet. Le dĂ©placement sur les lieux fait entrer lâauditeur dans lâentreprise et lui donne accĂšs Ă ce qui nâa pas Ă©tĂ© triĂ© pour lui. Lâentretien, enfin, ne porte plus sur des documents mais sur des personnes, et câest lĂ que lâaudit change de nature : il devient une enquĂȘte35Le droit souple confirme cet enchaĂźnement, mais du seul cĂŽtĂ© de lâentreprise qui sâexamine elle-mĂȘme : le guide pratique de lâAgence française anticorruption (AFA) et du Parquet national financier (PNF) retient que les rapports de contrĂŽle interne ou dâaudit interne, lorsquâils rĂ©vĂšlent des faits sâapparentant Ă de la corruption ou des manquements aux procĂ©dures de prĂ©vention et de dĂ©tection, peuvent servir de fondement Ă lâouverture dâune enquĂȘte interne. AFA et PNF, Les enquĂȘtes internes anticorruption. Guide pratique, mars 2023. Aucun texte, aucune ligne directrice ne saisit en revanche le mĂȘme enchaĂźnement lorsque lâaudit se dĂ©roule chez un tiers : câest la lacune que la clause doit combler.. Le mot nâest pas excessif, car les pouvoirs mis en Ćuvre sont ceux de lâenquĂȘte interne â recueil de dĂ©clarations, confrontation des versions, accĂšs aux messageries et aux traces â exercĂ©s cette fois hors de toute subordination, sur les salariĂ©s dâautrui, et au bĂ©nĂ©fice dâune entreprise qui nâest pas leur employeur. La clause doit donc prĂ©voir cette transformation, et la prĂ©voir comme telle : non par une formule dâextension (« et plus gĂ©nĂ©ralement tous actes nĂ©cessaires »), mais en nommant les actes, en dĂ©signant qui les accomplira, en fixant ce que la personne entendue sait avant de lâĂȘtre et ce quâelle peut opposer36Les limites viennent alors du Droit commun, et non du contrat : le secret des affaires (art. L. 151-1 s. du Code de commerce) ; la protection des donnĂ©es des personnes entendues, qui ne sont pas les salariĂ©s du bĂ©nĂ©ficiaire (RGPD, art. 14 ; rĂ©fĂ©rentiel CNIL du 18 juillet 2019 relatif aux alertes professionnelles) ; le secret professionnel de lâavocat lorsque lâauditeur en est un, que le Barreau de Paris a rappelĂ© en rĂ©ponse au guide prĂ©cité ; et, en aval, les articles 434-4 et 434-15 du Code pĂ©nal, que le guide vise lui-mĂȘme.. Si cela nâest pas prĂ©vu, le bĂ©nĂ©ficiaire se trouve devant lâalternative la moins bonne : ou bien il sâarrĂȘte aux documents et son obligation de dĂ©tection demeure inaccomplie, ou bien il passe outre, et les actes quâil accomplit alors sont sans titre â le contrat ne les couvre pas, aucun texte ne les autorise, et ce quâil aura recueilli risque de ne rien valoir le jour oĂč il faudra sâen servir. La mĂȘme raison condamne la tentation dâĂ©crire que lâaudit portera sur « tous documents » : la formule paraĂźt tout donner, mais elle dĂ©place la stipulation du terrain de la nĂ©cessitĂ© vers celui de la puissance, oĂč le Droit commun lâattend37v. infra § 24, sur lâombre du dĂ©sĂ©quilibre significatif (art. 1171 du Code civil ; art. L. 442-1, I, 2°, du Code de commerce)..
16. DĂ©signer par avance les lieux dans lesquels lâinformation est atteignable. Le lieu nâest pas un dĂ©tail dâexĂ©cution : il commande ce que lâaudit peut atteindre. Trois sĂ©ries de lieux doivent ĂȘtre nommĂ©es. Les lieux physiques dâabord â siĂšge, Ă©tablissements, sites de production, entrepĂŽts â, Ă©tant observĂ© que la clause qui vise le seul siĂšge social laisse hors du champ ce qui, prĂ©cisĂ©ment, y est le plus rarement : le risque se loge dans les usines et chez les fournisseurs, non dans les bureaux de la direction. Les lieux immatĂ©riels ensuite, qui sont aujourdâhui les premiers : systĂšmes dâinformation, messageries professionnelles, espaces dâhĂ©bergement, y compris lorsquâils sont confiĂ©s Ă un prestataire, de sorte que la clause doit prĂ©voir lâhypothĂšse oĂč lâinformation se trouve chez un tiers au contrat. Les lieux dâautrui enfin, ceux des fournisseurs de rang infĂ©rieur, que le bĂ©nĂ©ficiaire ne peut atteindre quâen exigeant de son cocontractant quâil obtienne lui-mĂȘme la stipulation correspondante : câest lâeffet de cascade, par lequel la clause dâaudit se propage le long de la chaĂźne de valeur sans que son bĂ©nĂ©ficiaire initial ait jamais de lien contractuel avec ceux quâelle finit par atteindre38Câest lâun des points oĂč la clause dâaudit fait le plus visiblement de tiers des quasi-parties : le fournisseur de rang infĂ©rieur subit un audit dont le bĂ©nĂ©ficiaire lui est contractuellement Ă©tranger. V. supra § 9, sur les « tiers concernĂ©s ».. Ă cela sâajoute la dimension gĂ©ographique, qui nâest pas seulement une question de distance : un audit qui se dĂ©place hors de France, ou qui fait sortir de lâUnion europĂ©enne les informations recueillies, rencontre des rĂšgles qui ne sont pas celles du contrat, et que le contrat ne peut pas Ă©carter39Notamment les rĂšgles de transfert hors de lâUnion europĂ©enne (RGPD, chap. V) et, en sens inverse, la loi n° 68-678 du 26 juillet 1968 relative Ă la communication de documents et renseignements dâordre Ă©conomique, commercial, industriel, financier ou technique Ă des personnes physiques ou morales Ă©trangĂšres, dite loi de blocage.. La clause doit donc dĂ©signer les lieux comme elle dĂ©signe les personnes : par catĂ©gorie plutĂŽt que par adresse, au regard du risque Ă dĂ©tecter, et avec la facultĂ© de rĂ©vision que suppose une cartographie qui se dĂ©place.
17. Le critĂšre de rĂ©daction : la proportionnalitĂ© entre lâampleur de lâinformation recherchĂ©e et lâobjectif lĂ©gal ou propre Ă lâentreprise. Les trois dĂ©signations qui prĂ©cĂšdent â personnes, documents, lieux â ne valent pas par elles-mĂȘmes. Elles ne sont ni des maxima ni des minima, et rien nâimpose a priori telle Ă©tendue plutĂŽt que telle autre : les rĂ©dactions varient, et doivent varier. Ce qui les tient est un raisonnement tĂ©lĂ©ologique, qui rapporte lâampleur de lâinformation captĂ©e Ă la finalitĂ© au nom de laquelle elle lâest. Or ces finalitĂ©s ne sont pas de mĂȘme force. Celle des rĂ©glementations est la plus solide, parce que le cocontractant est rĂ©putĂ© lâadmettre : nul ne conteste quâune entreprise assujettie doive Ă©valuer ses partenaires40Câest le mouvement que dĂ©crit Antoine Oumedjkane : les textes nâattribuent plus tant aux entreprises des pouvoirs de contrĂŽle quâils ne les obligent Ă en faire usage, lâĂ©valuation des tiers de lâarticle 17 de la loi dite « Sapin 2 », prĂ©c., en Ă©tant lâexemple. La finalitĂ© rĂ©glementaire nâa donc pas Ă ĂȘtre nĂ©gociĂ©e : elle est dĂ©jĂ dans la Loi (« Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises », D.2025, pp. 1636-1642).. Celle du Droit de la Compliance, que la rĂ©glementation met en Ćuvre, se tient derriĂšre la premiĂšre et lui donne son sens. Celle de lâentreprise elle-mĂȘme est dâune autre nature : lorsque lâaudit sert la raison dâĂȘtre du bĂ©nĂ©ficiaire plutĂŽt quâun texte, il ne se justifie plus par la Loi mais par lâaccord, et il doit donc ĂȘtre expressĂ©ment acceptĂ©. La consĂ©quence pratique est simple : plus lâinformation recherchĂ©e est propre au bĂ©nĂ©ficiaire, et plus la mĂ©thode employĂ©e pour lâatteindre est invasive, plus la stipulation doit ĂȘtre Ă©crite, motivĂ©e et acceptĂ©e41Câest aussi ce qui met la stipulation Ă lâabri du dĂ©sĂ©quilibre significatif : ce qui est censurĂ© est la dimension discrĂ©tionnaire et peu lisible du pouvoir rĂ©servĂ©, non son unilatĂ©ralitĂ©, de sorte que la clause qui reprend un texte clair y Ă©chappe, quand la clause type, indiffĂ©rente aux ressources de lâauditĂ© et Ă sa position dans la chaĂźne, y est exposĂ©e. V. M. DâAngelo Petrucci, « RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires », Revue internationale de la compliance et de lâĂ©thique des affaires, n° 1, 10 fĂ©vrier 2025, Ă©tude 18..
18. Un conseil de rĂ©daction : plus la captation de lâinformation par lâaudit de Compliance est Ă©loignĂ©e de la normalitĂ© juridique, et plus elle doit ĂȘtre dâune part justifiĂ©e et dâautre part acceptĂ©e par lâautre. La rĂšgle peut se formuler comme une Ă©chelle. Ce qui est dans la normalitĂ© juridique â demander les documents quâune entreprise Ă©tablit dĂ©jĂ pour elle-mĂȘme, vĂ©rifier une dĂ©claration chiffrĂ©e, contrĂŽler une fois lâan lâexĂ©cution dâune obligation prĂ©cise â se stipule briĂšvement et sâexĂ©cute sans discussion. Ce qui sâen Ă©loigne â entrer dans les locaux, accĂ©der aux systĂšmes dâinformation, entendre des personnes, atteindre des entitĂ©s qui ne sont pas parties au contrat, faire survivre lâaudit Ă la fin de la relation â ne sâobtient quâau prix dâune stipulation expresse, motivĂ©e par le risque quâelle sert Ă dĂ©tecter, et acceptĂ©e comme telle. Le rĂ©dacteur qui lâoublie croit gagner du temps en Ă©crivant large ; il obtient lâinverse, car câest lâimprĂ©cision, et non lâĂ©tendue, que le Droit commun sanctionne42Lâobservation est faite de longue date Ă propos de lâaudit de licence, dont lâefficacitĂ© dĂ©pend entiĂšrement de la clartĂ© prĂ©alable du rĂ©fĂ©rentiel : faute de prĂ©cision, la clause se transforme en instrument de pression et constitue en fait « un pouvoir de police exorbitant ». V. Mathieu Martin, « Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence », Communication Commerce Ă©lectronique, n° 3, mars 2015, pratique 4..
2. Par la clause dâaudit, fixer contractuellement lâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur de lâaudit de conformitĂ© ou de Compliance
19. Fixer une temporalitĂ© pĂ©riodique, câest permettre dâalimenter les documents par lesquels lâentreprise rend des comptes. La pĂ©riodicitĂ© a lâair dâune modalitĂ© dâexĂ©cution ; elle est une dĂ©cision de fond. Une fois par an, parfois Ă date fixe : le rythme nâest pas choisi au hasard, il est calĂ© sur celui auquel le bĂ©nĂ©ficiaire doit lui-mĂȘme rendre des comptes. Lâaudit doit avoir rendu son rĂ©sultat avant que ne soient arrĂȘtĂ©s le rapport de durabilitĂ©, le plan de vigilance et le rapport de gestion, faute de quoi lâinformation arrive aprĂšs le document quâelle devait nourrir. La clause dâaudit se rĂšgle ainsi sur le calendrier de la reddition de comptes, et non sur celui de la prestation43La pĂ©riodicitĂ© annuelle expresse se rencontre dans les clauses les mieux faites : lâarticle 13.4 du contrat de services en cause dans CA Paris, pĂŽle 1, ch. 3, 5 mars 2024, CoopĂ©rative U Enseigne c/ Carrefour France et Carrefour World Trade, RG n° 23/06899, ouvre le droit de faire contrĂŽler « une fois par an » la bonne application du contrat. Arnaud Lecourt, « La clause dâaudit », AJ Contrats dâaffaires â Concurrence â Distribution, 2014, pp. 271-272, recommande la mĂȘme limite de frĂ©quence, lâaudit Ă©tant coĂ»teux et perturbant, mais dĂ©conseille la date fixe..
20. Fixer une temporalitĂ© pĂ©riodique, câest aussi procĂ©der Ă une intĂ©gration du partenaire dans son obligation de Compliance. Ce que la pĂ©riodicitĂ© produit, au-delĂ de lâinformation quâelle rapporte, câest une habitude. Lâaudit cesse dâĂȘtre un Ă©vĂ©nement pour devenir une Ă©chĂ©ance ; le cocontractant lâinscrit Ă son calendrier, y affecte des ressources, dĂ©signe ses interlocuteurs, prĂ©pare ses piĂšces. Le tiers est alors traitĂ© comme un service interne du bĂ©nĂ©ficiaire, et câest prĂ©cisĂ©ment lâeffet recherchĂ© par lâObligation de Compliance, qui demande Ă lâentreprise assujettie de tenir la chaĂźne de valeur comme elle tient sa propre organisation. Lâavantage est rĂ©el : la coopĂ©ration remplace la contrainte, le coĂ»t se prĂ©voit, le refus devient plus difficile Ă justifier. Le prix lâest aussi, et il est double : une Ă©chĂ©ance connue sâanticipe, et un audit que lâon attend ne montre que ce que lâon a prĂ©parĂ© pour lui44Câest lâobjection formulĂ©e par Arnaud Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.), contre lâaudit Ă date fixe et contre le prĂ©avis, qui ruinent lâeffet de surprise et peuvent rĂ©duire lâaudit Ă une mise en scĂšne. Ce risque a Ă©tĂ© rapprochĂ© de celui qui existe dans le contrĂŽle exercĂ© par les entreprises pour le compte de la puissance publique, par Antoine Oumedjkane (« Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises », prĂ©c.) : un contrĂŽle qui se fonde sur les documents produits devient excessivement formel et porte alors sur la mĂ©thodologie plutĂŽt que sur lâefficacitĂ© rĂ©elle..
21. Lâautre dĂ©clencheur : lâĂ©vĂšnement, tranquille ou dĂ©jĂ source dâinquiĂ©tude (red flag). Ă cĂŽtĂ© de lâaudit pĂ©riodique, la clause doit prĂ©voir lâaudit provoquĂ©, celui que dĂ©clenche non le calendrier mais un fait. Ce fait peut venir de lâextĂ©rieur â un signalement, une enquĂȘte ouverte chez le partenaire, une information de presse, une alerte dâune organisation non gouvernementale â ou de lâintĂ©rieur du dispositif lui-mĂȘme : une anomalie relevĂ©e par lâĂ©valuation des tiers, un indicateur qui dĂ©croche, ce que la pratique nomme le red flag. Le rĂ©dacteur de la clause dâaudit de Compliance a ici un choix Ă faire. Ou bien il Ă©numĂšre les faits dĂ©clencheurs, et il gagne en sĂ©curitĂ© ce quâil perd en souplesse, car ce qui nâest pas dans la liste ne dĂ©clenche rien. Ou bien il retient une formule ouverte â tout fait de nature Ă faire soupçonner un manquement ou un risque â, et il gagne en couverture ce quâil perd en opposabilitĂ©, le cocontractant Ă©tant fondĂ© Ă discuter la rĂ©alitĂ© du soupçon. La solution praticable tient dans la combinaison des deux : une liste de faits qui dĂ©clenchent de plein droit, et une clause balai qui exige alors du bĂ©nĂ©ficiaire quâil motive par Ă©crit sa demande. Lâaudit se situe en effet Ă lâendroit exact oĂč le soupçon nâest pas encore un manquement : il est ce qui sâintercale entre lâun et lâautre, et câest pourquoi il ne peut ĂȘtre subordonnĂ© ni Ă la preuve de ce quâil a pour objet dâĂ©tablir, ni Ă la seule affirmation de celui qui le demande45La question de savoir si de simples soupçons suffisent, ou sâil faut attendre la violation caractĂ©risĂ©e, est par exemple laissĂ©e ouverte par Antoine Oumedjkane, « Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises » (prĂ©c.), Ă propos du moment de la rupture. Elle se rĂ©sout mieux si lâon voit que lâaudit est prĂ©cisĂ©ment lâĂ©tape qui sâintercale entre le soupçon et la sanction : il nâest pas la sanction, il est ce qui permet de savoir sâil y a lieu de sanctionner..
3. Par la clause dâaudit, dĂ©signer contractuellement celui qui fera lâaudit de conformitĂ© ou de Compliance
22. Faire endosser au bĂ©nĂ©ficiaire de lâaudit de Compliance la charge de lâorganiser ou/et transfĂ©rer tout ou partie de cette charge sur le cocontractant dans lâentreprise duquel lâaudit sera mené : les cercles concentriques de la charge de lâaudit contractuel de Compliance. Avant de dire qui mĂšnera lâaudit, la clause doit dire qui le portera : qui lâorganise, qui lâexĂ©cute matĂ©riellement, qui en supporte le coĂ»t. La rĂ©ponse nâest pas unique, et les configurations se disposent en cercles, dont le centre est lâentreprise lĂ©galement assujettie. Au centre, le bĂ©nĂ©ficiaire assume tout : il dĂ©clenche, il organise, il envoie ses Ă©quipes ou mandate son auditeur, il paie. Câest la configuration la plus coĂ»teuse et la plus fidĂšle, car lâobligation lĂ©gale est la sienne et rien nâen est dĂ©lĂ©guĂ©. Dans le premier cercle, la charge est transfĂ©rĂ©e en tout ou partie sur le cocontractant dans lâentreprise duquel lâaudit se dĂ©roule : questionnaires Ă remplir, auto-Ă©valuation, audit dĂ©claratif conduit sous sa propre responsabilitĂ©, certifications Ă produire, frais mis Ă sa charge. Le bĂ©nĂ©ficiaire ne fait plus lâaudit, il le reçoit. Le gain est Ă©vident, le risque lâest tout autant : lâinformation est alors produite par celui-lĂ mĂȘme quâil sâagit de contrĂŽler, et elle ne vaut que ce que vaut sa sincĂ©ritĂ©46M. Martin distingue utilement lâaudit dĂ©claratif, fait sous la responsabilitĂ© de lâauditĂ© et en principe opposable au crĂ©ancier sauf mauvaise foi, et lâaudit menĂ© par le crĂ©ancier, qui ne peut plus en contester ensuite le pĂ©rimĂštre. Le choix de la charge commande donc la valeur probatoire du rĂ©sultat (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence  », prĂ©c.).. Dans le deuxiĂšme cercle, la charge ne sâarrĂȘte pas au cocontractant : il la rĂ©percute Ă son tour sur ses propres fournisseurs, qui la rĂ©percutent encore, de sorte quâelle se propage le long de la chaĂźne de valeur en se dĂ©multipliant. Le fournisseur de dernier rang subit alors des audits en nombre, aux rĂ©fĂ©rentiels contradictoires, sans avoir les moyens dây rĂ©pondre : la charge sâest dĂ©placĂ©e vers celui qui est le moins capable de la porter, tandis que le risque systĂ©mique, lui, est restĂ© oĂč il Ă©tait47Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), relĂšve que certains fournisseurs subissent plus de cinquante audits par an, aux rĂ©fĂ©rentiels contradictoires, sans que cette accumulation amĂ©liore en rien la dĂ©tection. Sabrina Dupouy en tire la consĂ©quence juridique : le transfert de la vigilance en cascade vers un sous-contractant dĂ©muni nâexonĂšre pas le donneur dâordre (« Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance », prĂ©c.).. Trois exigences de rĂ©daction en dĂ©coulent. Dire qui organise, et non le laisser entendre. Dire qui paie, et selon quelle rĂšgle le coĂ»t se redistribue si lâaudit rĂ©vĂšle un manquement48Sur les trois modĂšles de charge des frais, v. infra note n° 55. La pratique amĂ©ricaine met, elle, lâintĂ©gralitĂ© des frais Ă la charge de lâauditĂ©, sans condition : J.-Ch. Roda, « Clause de compliance » (prĂ©c.). Dire enfin ce que vaut ce que lâauditĂ© produit lui-mĂȘme, faute de quoi le bĂ©nĂ©ficiaire dĂ©couvrira, au moment dâen faire Ă©tat, quâil ne dĂ©tient quâune dĂ©claration. Et une limite domine ces trois exigences : transfĂ©rer la charge nâest pas transfĂ©rer lâobligation. Lâentreprise assujettie demeure tenue de dĂ©tecter, et le fait dâavoir mis lâaudit Ă la charge dâautrui ne la dispense ni de le vĂ©rifier, ni dâen rĂ©pondre.
23. Le choix de lâexpert technique par celui qui bĂ©nĂ©ficie de lâaudit. Il peut arriver que ce soit les services internes du contractant bĂ©nĂ©ficiaire de la clause qui y procĂšdent, notamment si lâentreprise contractante dispose dâun important service de contrĂŽle interne, qui pourrait appliquer en externe ses compĂ©tences techniques49Sur lâanalogie entre le contrĂŽle interne et lâaudit, V. supra § 1. Le plus souvent, câest lâauditeur de lâassujetti qui procĂšdera Ă lâaudit. Dans un tel cas, soit il peut ĂȘtre dĂ©signĂ© par avance dans la clause, soit le contractant qui a le pouvoir contractuel de faire procĂ©der Ă lâaudit de Compliance se rĂ©serve le pouvoir de dĂ©signer cet expert technique au moment oĂč il actionne la clause et informe son cocontractant quâil veut faire procĂ©der Ă un audit de Compliance50Câest la pratique la plus frĂ©quente, et Arnaud Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.), la dĂ©conseille pour cette raison mĂȘme, recommandant de confier la mission par prioritĂ© Ă une profession rĂ©glementĂ©e dotĂ©e dâune dĂ©ontologie, dont le nom et la qualitĂ© figurent dans la clause..
24. Le risque de conflit dâintĂ©rĂȘts et la possibilitĂ© dâun expert technique extĂ©rieur au bĂ©nĂ©ficiaire de lâaudit pour procĂ©der Ă lâaudit. Le choix le plus frĂ©quent â les services du bĂ©nĂ©ficiaire lui-mĂȘme â est aussi le plus contestable, et trois objections dâinĂ©gale force lui sont opposĂ©es. La premiĂšre tient au conflit dâintĂ©rĂȘts : celui qui mĂšne lâaudit est le prĂ©posĂ© de celui qui en tirera les consĂ©quences, de sorte quâil est Ă la fois juge et partie. La deuxiĂšme tient au dĂ©sĂ©quilibre significatif : sous couvert de Compliance, lâentreprise bĂ©nĂ©ficiaire exercerait un pouvoir dont elle fixerait seule le dĂ©clenchement, lâobjet et le rĂ©sultat. La troisiĂšme, plus radicale, est celle de la potestativité : lâobligation dâun contractant dĂ©pendrait alors de la seule volontĂ© de lâautre. La parade est connue, et elle tient en deux Ă©lĂ©ments : lâobjectivitĂ© du rĂ©fĂ©rentiel au regard duquel lâaudit est conduit, et la qualitĂ© de celui qui le conduit. DĂšs lors que le rĂ©sultat de lâaudit ne dĂ©pend pas de la volontĂ© du bĂ©nĂ©ficiaire mais de rĂšgles dĂ©finies Ă lâavance, appliquĂ©es par une personne dont la dĂ©ontologie rĂ©pond de lâindĂ©pendance, le grief tombe51Câest le critĂšre retenu par CA Paris, 25e ch. B, 28 juin 2002, Fernandez c/ StĂ© Puissance 5, inĂ©dit, dont Jacques Mestre et Bertrand Fages rendent compte : la stipulation ne sâanalyse pas en une condition potestative dĂšs lors que le prix rĂ©sulte dâun audit du commissaire aux comptes soumis Ă des rĂšgles comptables strictement dĂ©finies, et non de la seule dĂ©cision du bĂ©nĂ©ficiaire (RTD civ. 2002, pp. 804-805). Lâexigence rejoint celle dâindĂ©pendance fonctionnelle de celui qui contrĂŽle â autoritĂ© suffisante, absence dâinstruction, non-participation aux activitĂ©s opĂ©rationnelles â exigence relevĂ©e par Antoine Oumedjkane, « Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises » (prĂ©c.). LâarrĂȘt commentĂ© est inĂ©dit et nâa pu ĂȘtre retrouvĂ©.. De lĂ les trois techniques que la pratique a dĂ©gagĂ©es : confier la mission Ă une profession rĂ©glementĂ©e ; enfermer le choix dans une liste fermĂ©e de cabinets arrĂȘtĂ©e au contrat ; ou sâen remettre Ă un tiers dĂ©signĂ© dâun commun accord â auquel cas la clause doit impĂ©rativement prĂ©voir son propre mĂ©canisme de dĂ©signation de secours, faute de quoi le dĂ©saccord suffit Ă la paralyser52Lâarticle 7 du contrat en cause dans lâaffaire CoopĂ©rative U, prĂ©c., enferme le choix dans une liste fermĂ©e â PwC, Deloitte, EY, KPMG, par leur bureau parisien â puis, Ă dĂ©faut dâaccord dans les cinq jours ouvrĂ©s, permet Ă la plus diligente des parties de faire dĂ©signer un tiers par le prĂ©sident du tribunal de commerce de Paris. Câest le meilleur modĂšle du dossier, et il a pourtant Ă©choué : la procĂ©dure visĂ©e â le prĂ©sident statuant en la forme des rĂ©fĂ©rĂ©s â avait Ă©tĂ© abrogĂ©e par lâordonnance du 17 juillet 2019, de sorte que le juge sâest dĂ©clarĂ© sans pouvoir. Le renvoi procĂ©dural dâune clause dâaudit doit donc ĂȘtre datĂ©, et vĂ©rifiĂ© Ă chaque renouvellement.. Cette derniĂšre voie rapproche la clause dâune procĂ©dure de discovery : les deux contractants sâaccordent sur celui qui ira chercher lâinformation, et acceptent par avance ce quâil trouvera.
4. Par la clause dâaudit, fixer les modalitĂ©s de lâaudit de Compliance
25. Fixer les modalitĂ©s de lâaudit. Les modalitĂ©s passent pour de lâintendance ; elles dĂ©cident en rĂ©alitĂ© de tout. Câest lĂ que se rĂšgle lâĂ©quilibre entre ce que lâaudit doit produire et lâingĂ©rence quâil reprĂ©sente, et câest lĂ que se joue la valeur de ce quâil rapportera : un audit dont le dĂ©roulement nâa pas Ă©tĂ© rĂ©glĂ© donne une information dont le cocontractant pourra toujours contester les conditions dâobtention. Sept points doivent ĂȘtre arrĂȘtĂ©s, dont aucun ne va de soi.
Le prĂ©avis dâabord, qui est le point le plus discuté : lâannonce prĂ©alable permet Ă lâauditĂ© de mobiliser ses ressources, mais elle lui laisse aussi le temps de prĂ©parer ce quâil montrera53Les auteurs se divisent. Arnaud Lecourt dĂ©conseille formellement toute stipulation de prĂ©avis, qui ruinerait lâeffet de surprise (« La clause dâaudit », prĂ©c.). A lâinverse, Mathieu Martin le juge nĂ©cessaire, lâaudit mobilisant des ressources considĂ©rables chez lâauditĂ© (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence », prĂ©c.). Le dĂ©saccord tient en rĂ©alitĂ© Ă lâobjet de lâaudit : la surprise est utile pour vĂ©rifier des dĂ©clarations chiffrĂ©es, la coopĂ©ration est indispensable pour reconstituer un dispositif que seul lâauditĂ© connaĂźt. La clause de Compliance, qui poursuit les deux, gagne Ă distinguer selon le dĂ©clencheur : prĂ©avis pour lâaudit pĂ©riodique, absence de prĂ©avis pour lâaudit provoquĂ© par un red flag.. La durĂ©e et les horaires ensuite, qui Ă©vitent que lâaudit ne devienne, par sa seule longueur, une perturbation de lâactivitĂ©. La coopĂ©ration de lâauditĂ©, qui doit ĂȘtre stipulĂ©e comme une obligation de faire et non supposĂ©e : mise Ă disposition des interlocuteurs, accĂšs aux locaux et aux systĂšmes, remise des piĂšces dans un dĂ©lai. Les frais, dont la charge admet plusieurs formules, et qui gagnent Ă ĂȘtre supportĂ©s par le bĂ©nĂ©ficiaire sauf si lâaudit rĂ©vĂšle un manquement54Trois modĂšles se rencontrent : les frais Ă la charge du crĂ©ancier, reportĂ©s sur lâauditĂ© si lâaudit rĂ©vĂšle un manquement, Ă©ventuellement au-delĂ dâun seuil chiffrĂ© (A. Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.)) ; les frais Ă la charge de lâauditĂ© sans condition, formule de la pratique amĂ©ricaine ; les frais avancĂ©s puis remboursĂ©s, le remboursement trouvant sa cause dans la facultĂ© rĂ©servĂ©e Ă lâautre partie (J. Mestre et B. Fages, « La clause dâaudit est-elle potestative ? » (prĂ©c.)).. La confidentialitĂ©, qui est le point oĂč la clause protĂšge lâaudité : cloisonnement des informations commercialement sensibles, sort des copies prises, sanction de la divulgation. Les entraves enfin â audit sabotĂ©, informations succinctes, dissimulation â dont la sanction doit ĂȘtre Ă©crite, sauf Ă laisser le bĂ©nĂ©ficiaire sans autre ressource que le juge. Et le rapport, qui clĂŽt lâopĂ©ration : remis aux deux parties, discutĂ© contradictoirement, ses conclusions Ă©noncĂ©es sans rĂ©serve55M. Martin exige la transparence des conclusions et proscrit les conclusions « sous rĂ©serve deâŠÂ », qui laissent lâauditĂ© sous une menace indĂ©finie. Il distingue utilement lâaudit dĂ©claratif, fait sous la responsabilitĂ© de lâauditĂ© et en principe opposable au crĂ©ancier sauf mauvaise foi, de lâaudit menĂ© par le crĂ©ancier, qui ne peut plus en contester ensuite le pĂ©rimĂštre (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence  », prĂ©c.). Sur les suites â assiette de la rĂ©gularisation, frais associĂ©s, dĂ©lais, appel en garantie â la clause gagne Ă ĂȘtre aussi prĂ©cise que sur le dĂ©roulement., avec le sort qui sera fait Ă ce quâil aura Ă©tabli.
B. INTĂGRER DANS LâĂLABORATION DE LA CLAUSE LES RISQUES ET LES LIMITES DE CET AUDIT CONTRACTUELLEMENT IMPOSĂ Ă AUTRUI POUR SATISFAIRE LA COMPLIANCE
26. La sagesse dâintĂ©grer dĂšs la rĂ©daction de la clause dâaudit de Compliance ses limites et ses risques. Annonce de plan. Une clause dâaudit bien faite ne se borne pas Ă organiser le pouvoir quâelle confĂšre : elle intĂšgre, dĂšs sa rĂ©daction, ce qui lui rĂ©sistera. Deux ordres de considĂ©rations sây prĂ©sentent, quâil ne faut pas confondre. Les limites dâabord, câest-Ă -dire ce que lâaudit ne pourra pas atteindre, et que le rĂ©dacteur a tout intĂ©rĂȘt Ă nommer plutĂŽt quâĂ ignorer, parce quâune limite Ă©crite devient une justification le jour oĂč le rĂ©sultat de lâaudit est discutĂ© (1). Les risques ensuite, câest-Ă -dire ce que lâaudit fait courir Ă celui-lĂ mĂȘme qui lâa stipulé : la charge tacite de lâexĂ©cuter, le reproche pris des droits de la dĂ©fense, et lâusage que dâautres feront de son rapport (2).
1. IntĂ©grer dans la clause dâaudit de Compliance les limites mĂȘmes de celui-ci
27. Se donner le pouvoir contractuel de mener un audit de Compliance, câest aussi se charger dâune obligation tacite de le mener. Le pouvoir se retourne en charge. Celui qui a exigĂ© la clause a par lĂ mĂȘme dĂ©clarĂ© que lâaudit Ă©tait nĂ©cessaire Ă lâexĂ©cution de son obligation lĂ©gale ; il ne peut plus soutenir ensuite quâil pouvait sâen dispenser. LâinexĂ©cution de la clause dâaudit nâest donc pas une simple abstention : elle est un manquement, et ce manquement est opposable non seulement par le cocontractant, mais par ceux qui ont souffert du risque que lâaudit aurait dĂ» dĂ©tecter. Le rĂ©dacteur qui mesure cela en tire deux consĂ©quences pratiques. La premiĂšre est quâil ne faut pas stipuler une clause dâaudit que lâon nâa ni lâintention ni les moyens de mettre en Ćuvre : mieux vaut une clause Ă©troite et exĂ©cutĂ©e quâune clause large et dormante56Le mĂ©canisme est formulĂ© par Maxime DâAngelo Petrucci, qui recommande de ne pas stipuler la clause si le crĂ©ancier nâa ni lâintention ni les ressources de la mettre en Ćuvre, le dĂ©faut de mise en Ćuvre pouvant ĂȘtre perçu comme une nĂ©gligence fautive (« RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires », prĂ©c.). Sabrina Dupouy prĂ©sente plus sĂ©vĂšrement la situation de lâentreprise « bĂ©nĂ©ficiaire » de la clause dâaudit : le tiers victime peut invoquer comme faute dĂ©lictuelle le seul manquement contractuel, sans autre preuve, ce qui vaut pour lâinexĂ©cution dâune clause dâaudit (« Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance », Droit des sociĂ©tĂ©s, n° 4, avril 2024, Ă©tude 5). Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain », Boston College Law Review, vol. 63, n° 8, 2022, pp. 2539-2620, le documente en relevant que les tĂȘtes de chaĂźne poursuivent rarement les manquements constatĂ©s, ce qui ruine lâeffet dissuasif de lâaudit.. La seconde est quâil faut stipuler que le non-exercice du droit dâaudit Ă une Ă©chĂ©ance donnĂ©e ne vaut pas renonciation Ă lâexercer ensuite57Câest la parade contractuelle des Model Contract Clauses : D. V. Snyder, S. A. Maslow et S. Dadush (Working Group to Draft Model Contract Clauses, ABA Business Law Section), « Balancing Buyer and Supplier Responsibilities: Model Contract Clauses to Protect Workers in International Supply Chains, Version 2.0 », The Business Lawyer, vol. 77, n° 1, 2021-2022, pp. 115-182, dont la section 5.1 stipule que le comportement des parties, y compris le dĂ©faut de lâacheteur dâexercer effectivement ses droits dâaudit, ne vaut ni renonciation ni Ă©lĂ©ment dâapprĂ©ciation de ses remĂšdes. Les MCC 2.0 ne comportent au demeurant pas de clause dâaudit autonome : ils prĂ©supposent des droits dâaudit stipulĂ©s ailleurs et en rĂšglent les effets..
28. Limiter le bĂ©nĂ©fice de lâaudit contractuel de Compliance au contractant en charge de lâobligation de Compliance pour que son cocontractant ne sâen prĂ©vale pas, voire les tiers concernĂ©s, extĂ©rieurs au contrat. La clause est stipulĂ©e dans lâintĂ©rĂȘt de celui qui porte lâobligation lĂ©gale, et il faut lâĂ©crire, car deux dĂ©tournements la guettent. Le premier vient du cocontractant lui-mĂȘme, qui serait tentĂ© de se prĂ©valoir de lâaudit subi comme dâun quitus : auditĂ© sans rĂ©serve, il se dirait conforme, et retournerait contre le bĂ©nĂ©ficiaire le silence de son propre rapport. Le second vient des tiers concernĂ©s, qui pourraient voir dans la clause une stipulation faite Ă leur profit et en rĂ©clamer lâexĂ©cution. Il faut donc Ă©crire que le rapport dâaudit ne vaut ni approbation, ni dĂ©charge, ni reconnaissance de conformitĂ©, quâil nâĂ©puise pas les autres voies de contrĂŽle, et que la clause ne crĂ©e aucun droit au profit dâun tiers. La prĂ©cision nâest pas de style : elle Ă©vite que lâinstrument de la dĂ©tection ne devienne lâinstrument de lâexonĂ©ration58Sabrina Dupouy relĂšve dans le mĂȘme sens que la communication dâune entreprise sur ses mĂ©canismes contractuels, clauses dâaudit comprises, est un signal envoyĂ© au marchĂ© qui nâest parfois que du greenwashing, et que le transfert de la vigilance en cascade vers un sous-contractant dĂ©muni nâexonĂšre pas le donneur dâordre (« Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance », prĂ©c.)..
29. Transformer les limites liĂ©es Ă lâautonomie juridique des personnes, Ă la confidentialitĂ© des informations, Ă lâinaccessibilitĂ© des lieux, en autant de justifications au regard du rĂ©sultat de lâaudit contractuel de Compliance. Trois limites sont irrĂ©ductibles, et il est vain de rĂ©diger comme si elles nâexistaient pas. Lâautonomie juridique des personnes dâabord : le cocontractant nâest maĂźtre ni de ses propres partenaires, ni de ses salariĂ©s, dont il ne peut ni livrer le consentement ni garantir la parole. La confidentialitĂ© ensuite, qui nâest pas un prĂ©texte mais un droit : secret des affaires, donnĂ©es Ă caractĂšre personnel, secret professionnel de ceux qui conseillent lâauditĂ©. LâinaccessibilitĂ© des lieux enfin, quâelle tienne Ă la loi Ă©trangĂšre, Ă la localisation des donnĂ©es ou au fait que lâinformation se trouve chez un tiers au contrat. Le retournement que le rĂ©dacteur doit opĂ©rer est le suivant : ces limites, nommĂ©es dans la clause, cessent dâĂȘtre des Ă©checs imputables Ă lâauditĂ© pour devenir les justifications du rĂ©sultat obtenu. Lâaudit qui nâa pas tout vu, mais qui dit pourquoi et dans quelles bornes, Ă©tablit la diligence de celui qui lâa mené ; lâaudit muet sur ses propres limites ne prouve rien59Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), recense les techniques dâĂ©vitement que rencontre lâaudit social : corruption de lâauditeur local, sĂ©lection et prĂ©paration des salariĂ©s interrogĂ©s, remise en Ă©tat des issues de secours et Ă©viction des enfants avant une inspection annoncĂ©e, sous-traitants non dĂ©clarĂ©s, usine vitrine, double comptabilitĂ©. Il en tire quatre exigences de rĂ©daction : rendre le contrĂŽle visible et ses suites connues, dĂ©finir concrĂštement lâobjet du contrĂŽle, assurer la lĂ©gitimitĂ© perçue du rĂ©fĂ©rentiel, limiter la complexitĂ© des standards. Faute de quoi lâaudit dĂ©gĂ©nĂšre en public relations vehicles, les auditeurs ayant intĂ©rĂȘt Ă rassurer pour conserver leur mandat..
30. Toujours rĂ©diger la description des limites au regard des finalitĂ©s prĂ©citĂ©es de la clause dâaudit de Compliance. La description des limites obĂ©it au mĂȘme critĂšre que la description du champ : la finalitĂ©. Une limite nâest opposable que si elle se comprend au regard de ce que lâaudit doit Ă©tablir. Ăcrire que le cocontractant peut refuser lâaccĂšs à « toute information sensible » ne protĂšge personne, car la formule est aussi large que celle qui, en sens inverse, ouvrirait lâaudit à « tous documents ». Ăcrire en revanche que lâauditeur nâaccĂšde pas aux donnĂ©es de tarification des autres clients, dĂšs lors que la dĂ©tection du risque de corruption nâen dĂ©pend pas, Ă©nonce une limite qui tient, parce quâelle se mesure Ă la finalitĂ©60V. supra § 17, sur le critĂšre de proportionnalitĂ© et le raisonnement tĂ©lĂ©ologique, dont la description des limites nâest que lâapplication inverse.. La symĂ©trie est ici la rĂšgle : ce qui vaut pour dĂ©limiter le pouvoir vaut pour dĂ©limiter ce qui lui Ă©chappe.
31. Organiser contractuellement les charges de preuve au regard des limites, posĂ©es comme des exceptions au principe dâaccessibilitĂ©. Restent les charges de preuve, que la clause doit rĂ©partir avant que le litige ne les fige. La technique est celle du principe et de lâexception : le principe est lâaccessibilitĂ© de lâinformation entrant dans le champ dĂ©fini, les limites en sont les exceptions, et il revient Ă celui qui les invoque de les Ă©tablir. Le cocontractant qui oppose le secret des affaires, lâimpossibilitĂ© matĂ©rielle ou le refus dâun tiers doit donc le dĂ©montrer, et non se borner Ă lâallĂ©guer. Ă dĂ©faut de cette rĂ©partition, la charge se retourne : câest le bĂ©nĂ©ficiaire qui devra prouver que lâinformation lui Ă©tait due, au moment mĂȘme oĂč il ne dispose pas de ce qui lui permettrait de le prouver, puisque câest prĂ©cisĂ©ment ce quâon lui refuse61DâoĂč lâintĂ©rĂȘt de stipuler aussi la sanction de lâentrave â audit sabotĂ©, informations succinctes, dissimulation â le plus souvent la rĂ©siliation et des dommages-intĂ©rĂȘts, assortis de la remise des piĂšces sous astreinte : A. Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.).
32. Toujours conserver trace, du temps de la rĂ©daction au temps de lâexĂ©cution de la clause dâaudit. La clause dâaudit a une dimension probatoire qui ne joue que si la trace a Ă©tĂ© gardĂ©e. Du temps de la rĂ©daction : ce que les parties ont voulu couvrir, la cartographie des risques Ă laquelle le champ renvoyait, les versions successives de la stipulation. Du temps de lâexĂ©cution : la demande dâaudit et sa motivation, la date Ă laquelle lâauditeur a Ă©tĂ© dĂ©signĂ©, la pĂ©riode sur laquelle il a travaillĂ©, les piĂšces remises et celles qui ont Ă©tĂ© refusĂ©es, les personnes entendues, les limites rencontrĂ©es. Ce nâest pas de lâarchivage : câest la matiĂšre mĂȘme de la dĂ©monstration que lâentreprise assujettie devra faire, non pas au cocontractant, mais Ă lâautoritĂ© ou au juge devant lesquels elle rendra compte de ses diligences62Le rapport de lâAudit Responses Committee, ABA Business Law Section, « Report on Audit Response Timing Issues », The Business Lawyer, vol. 77, n° 1, 2021-2022, pp. 183-190, quoique consacrĂ© aux lettres adressĂ©es aux commissaires aux comptes, offre une grammaire temporelle transposable : le pĂ©rimĂštre est fixĂ© par lâidentification des entitĂ©s et de lâexercice, la date dâeffet de la rĂ©ponse se distingue de sa date dâĂ©mission, lâobligation dâactualisation postĂ©rieure peut ĂȘtre licitement exclue, et la mĂ©thode de dĂ©limitation de la pĂ©riode â Entire Period Approach ou Snapshot Approach â doit ĂȘtre Ă©noncĂ©e..
2. IntĂ©grer dans la clause dâaudit de Compliance les risques de celui-ci
33. IntĂ©grer que lâaudit peut ĂȘtre qualifiĂ© de mesure dâinstruction comme une autre lorsquâil sâagit de repĂ©rer un manquement : le risque de reproche au regard des droits de la dĂ©fense. Tant que lâaudit vĂ©rifie des dĂ©clarations et rapproche des chiffres, il demeure un contrĂŽle. DĂšs quâil se donne pour objet de repĂ©rer un manquement et dâen identifier lâauteur, il devient, par son objet sinon par son nom, une mesure dâinstruction : on recherche des preuves, on entend des personnes, on impute. Le reproche est alors prĂ©visible, et il ne vient pas du droit des contrats : celui qui est mis en cause par un audit menĂ© chez son employeur, au bĂ©nĂ©fice dâune entreprise qui ne lâemploie pas, soutiendra quâil nâa pas su de quoi on le soupçonnait, quâil nâa pas Ă©tĂ© entendu utilement, quâil nâa pu faire valoir sa version. Le risque nâest pas seulement moral : il atteint le rĂ©sultat, car la preuve recueillie dans ces conditions peut ne rien valoir devant le juge qui aura, un jour, Ă en connaĂźtre63V. supra § 15, sur le point oĂč lâaudit change de nature en passant du document Ă la personne. Le vocabulaire de lâintrusion se rencontre dans la bouche mĂȘme des auditĂ©s : dans CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 14 janvier 2026, Centre VidĂ©o Distribution c/ RDM Video, RG n° 24/04702, le distributeur auquel Ă©tait imposĂ©e, sur simple demande Ă©crite, la remise de ses bilans dĂ©taillĂ©s des trois derniers exercices, parle dâ« inquisition » ; la cour relĂšve que lâaccĂšs Ă lâintĂ©gralitĂ© des documents comptables sans justification est reçu comme une immixtion dans la gestion..
34. Organiser par avance le respect minimal des droits de la dĂ©fense si les circonstances les appellent. Il nây a pas de procĂšs, donc pas de droits de la dĂ©fense au sens procĂ©dural ; il y a pourtant un minimum Ă organiser, et la clause est le seul lieu oĂč il puisse lâĂȘtre. Ce minimum tient en peu de choses : la personne entendue sait pourquoi elle lâest et Ă quel titre, elle nâest pas tenue de sâauto-incriminer, ses dĂ©clarations sont consignĂ©es et relues, elle peut ĂȘtre assistĂ©e, ce quâelle dit ne sort pas de lâobjet pour lequel lâaudit a Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©. Rien de tout cela ne ralentit lâaudit ; tout cela conditionne la valeur de ce quâil rapporte. Et ce qui est Ă©crit dans la clause vaut mieux que ce qui sera improvisĂ© sur place, car lâauditeur qui applique une procĂ©dure convenue Ă lâavance nâa pas Ă justifier la sienne64Le guide pratique AFA-PNF, prĂ©c., quoiquâil raisonne sur lâenquĂȘte menĂ©e par une entreprise sur ses propres salariĂ©s, fournit la matiĂšre de ces stipulations : information des personnes visĂ©es, conduite des entretiens, archivage et conservation des Ă©lĂ©ments recueillis, stricte confidentialitĂ©. Il nâexiste Ă ce jour aucun texte ni aucune ligne directrice qui rĂšgle la mĂȘme question lorsque lâenquĂȘte se dĂ©roule chez le cocontractant, sur les salariĂ©s dâautrui : la clause y supplĂ©e seule..
35. Organiser contractuellement la charge de preuve sur le dĂ©clenchement de droits processuels dans la menĂ©e dâune dĂ©marche avant tout comptable et financiĂšre. Encore faut-il savoir quand ce rĂ©gime sâapplique, car la dĂ©marche est avant tout comptable et financiĂšre et nâa pas vocation Ă sâalourdir de garanties procĂ©durales Ă chacun de ses pas. Le seuil doit donc ĂȘtre stipulĂ©, et la charge de le prouver rĂ©partie. Le plus simple est de faire du basculement une question dâobjet plutĂŽt que dâintensité : tant que lâaudit porte sur des documents et des procĂ©dures, il suit le rĂ©gime ordinaire ; dĂšs quâil porte sur le comportement dâune personne identifiĂ©e, il suit le rĂ©gime renforcĂ©. Celui qui soutient que le seuil a Ă©tĂ© franchi â la personne entendue, le plus souvent â doit lâĂ©tablir ; mais celui qui mĂšne lâaudit doit avoir conservĂ© de quoi dĂ©montrer lâinverse, ce qui ramĂšne Ă la trace.
36. IntĂ©grer le risque dâusage du rapport dâaudit contractuel de Compliance comme arme stratĂ©gique latĂ©rale ou ultĂ©rieure : le limiter par la confidentialitĂ© et/ou lâintĂ©grer dans la menĂ©e et les rĂ©dactions. Le rapport, une fois Ă©tabli, vit sa propre vie, et câest le dernier risque, le moins anticipĂ©. LatĂ©ralement, il peut servir dans un tout autre rapport que celui pour lequel il a Ă©tĂ© fait : renĂ©gociation du prix, litige commercial, communication vers le marchĂ©, remise Ă une autoritĂ©. UltĂ©rieurement, il peut ĂȘtre produit dans une instance oĂč celui qui lâa commandĂ© nâest pas partie, ou opposĂ© Ă lui-mĂȘme le jour oĂč il faudra expliquer ce quâil savait et nâa pas empĂȘchĂ©. Deux techniques rĂ©pondent Ă ce risque, et elles se cumulent plus quâelles ne sâexcluent. La premiĂšre est la confidentialité : destinataires limitativement Ă©numĂ©rĂ©s, interdiction de communication hors les cas prĂ©vus par la loi, sort des copies, durĂ©e. La seconde, plus exigeante, consiste Ă intĂ©grer le risque dans la conduite mĂȘme de lâaudit et dans la rĂ©daction du rapport : distinguer le constat de lâimputation, ne pas qualifier juridiquement ce qui nâest quâune anomalie, Ă©crire en sachant que le document sera lu par dâautres que son destinataire. Un rapport dâaudit est une piĂšce ; il faut lâĂ©crire comme telle65Lâaffaire CoopĂ©rative U, prĂ©c., en donne lâillustration inverse : la demande dâaudit formĂ©e aprĂšs la rupture du partenariat a Ă©tĂ© analysĂ©e comme une mesure purement probatoire destinĂ©e Ă prĂ©parer un litige plutĂŽt quâĂ conserver une preuve, et lâarticle 145 du Code de procĂ©dure civile a Ă©tĂ© Ă©cartĂ©. Le contrat prĂ©voyait dâailleurs que lâaudit sâexĂ©cute « dans des conditions excluant toute communication dâinformations commerciales sensibles » : le cloisonnement est la premiĂšre des techniques. Sur lâusage ultĂ©rieur, CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 16 juin 2021, SPI International c/ EuropaCorp, RG n° 17/05010, donne la chaĂźne complĂšte â lâaudit Ă©tablit le manquement, le manquement nourrit la mise en demeure, la mise en demeure dĂ©clenche la clause rĂ©solutoire â et le rĂ©gime probatoire : le rapport fait foi tant que lâauditĂ© ne produit rien..
II. Ă LâEXTĂRIEUR DâUNE CLAUSE DâAUDIT INSĂRĂE POUR REMPLIR SON OBLIGATION DE COMPLIANCEÂ : SON ADOSSEMENT AUX AUTRES STIPULATIONS
37. A besoin dâautres clauses pour bien fonctionner ; existe pour faire bien fonctionner dâautres clauses. Annonce de plan. Une clause dâaudit isolĂ©e ne produit rien. Elle donne Ă savoir, et le savoir nâest pas une fin : il nâa de valeur que par ce quâil permet dâexiger, de refuser, de corriger ou de rompre. Câest pourquoi lâexamen du dedans, auquel on vient de procĂ©der, ne suffit pas : il faut regarder la clause du dehors, dans le jeu des stipulations qui lâentourent. Ce jeu a deux sens. Dans le premier, la clause dâaudit est portĂ©e : elle sâadosse Ă ce qui la prĂ©cĂšde, la stipulation quâelle sert et la structure dans laquelle les parties sont dĂ©jĂ prises, et câest de cet appui quâelle tient sa mesure (A). Dans le second, elle porte : dâautres clauses sâadossent Ă elle, qui ne peuvent jouer que sur le fait quâelle aura Ă©tabli, et câest alors elle qui donne aux autres leur point dâapplication (B). Reçue et donnĂ©e, elle est le point de passage de lâinformation dans le contrat de Compliance.
38. Adossement plutĂŽt quâaccessoire : ce que le Droit commun oppose au vocabulaire de la hiĂ©rarchie entre clauses. On lâa dit : la formule dâ« accessoire nĂ©cessaire » dĂ©crit une fonction, non un rĂ©gime, et ce que le Droit commun saisit nâest pas la hiĂ©rarchie des clauses mais leur divisibilitĂ©. La question se rĂ©sout par la fonction que chacune remplit dans lâĂ©conomie voulue, non par la place quâelle occupe dans lâacte. Le dĂ©placement de vocabulaire nâest pas cosmĂ©tique : il commande la rĂ©ponse aux deux situations que la pratique rencontrera, celle de la clause de conformitĂ© annulĂ©e alors que lâaudit est dĂ©jĂ organisĂ©, et celle de la clause dâaudit privĂ©e dâeffet alors que lâobligation de conformitĂ© demeure.66Le Droit commun ne connaĂźt pas de catĂ©gorie nommĂ©e « clause accessoire » : la thĂ©orie de lâaccessoire joue entre biens, crĂ©ances et contrats, non entre stipulations dâun mĂȘme acte. Câest lâarticle 1184 du Code civil qui rĂšgle la divisibilitĂ©, et la doctrine consolidĂ©e retient une dualitĂ© hiĂ©rarchisĂ©e de critĂšres, tĂ©lĂ©ologique dâabord, subjectif ensuite : T. Genicon, « ConsĂ©quences de la nullitĂ© dâune clause sur le sort du contrat », et, du mĂȘme auteur, « De la nullitĂ© partielle Ă la clause rĂ©putĂ©e âpartiellementâ non Ă©crite » ; A. DâAdda, « NullitĂ© partielle, clause rĂ©putĂ©e non Ă©crite et intĂ©gration corrective du contrat », qui donne la lecture moderne du critĂšre : non plus la recherche dâune volontĂ© hypothĂ©tique, mais lâapprĂ©ciation objective du poids de la stipulation dans lâĂ©conomie de lâacte. Comparer, pour lâinterdĂ©pendance des contrats dâune mĂȘme opĂ©ration, Cass. ch. mixte, 17 mai 2013, n° 11-22.768 et n° 11-22.927. Aucune dĂ©cision ne statue Ă ce jour sur le sort dâune clause dâaudit aprĂšs la chute de la clause quâelle sert : le rapprochement est une construction, et il est assumĂ© comme tel.
A. LA CLAUSE DE COMPLIANCE RELATIVE Ă LâAUDIT ADOSSĂE Ă DâAUTRES CLAUSES DE COMPLIANCE
39. Ce sur quoi la clause dâaudit sâadosse : la stipulation quâelle sert, et la structure dans laquelle elle sâinscrit. Annonce de plan. La clause dâaudit ne se comprend jamais seule, et son premier appui est en amont dâelle-mĂȘme. Il est double. Elle sâadosse dâabord Ă la stipulation quâelle a pour office de rendre effective, et son rĂ©gime en dĂ©pend : accessoire dâune clause de conformitĂ©, elle nâest quâun instrument de vĂ©rification, dont la mesure est lâobĂ©issance du cocontractant Ă un texte ; accessoire dâune clause de Compliance, elle devient tout autre chose, puisquâil ne sâagit plus de constater une obĂ©issance mais de prĂ©server un systĂšme, ce qui lâouvre Ă des tiers avec lesquels lâentreprise nâa pas de lien contractuel (1). Elle sâadosse ensuite, et cette fois hors du contrat qui la porte, Ă la structure dans laquelle les parties se trouvent dĂ©jĂ prises : lorsque cette structure est intĂ©grĂ©e par la Loi ou par le marchĂ©, lâaudit nâa pas Ă crĂ©er la sujĂ©tion qui le rend possible, il la trouve, et sa justification sâen trouve allĂ©gĂ©e dâautant (2).
1. La clause dâaudit, suivant quâelle sâadosse Ă une clause de conformitĂ© ou Ă une clause de Compliance
40. La clause dâaudit, simple outil dâeffectivitĂ© pour une conformitĂ© accrue. AdossĂ©e Ă une clause de conformitĂ©, la clause dâaudit nâest quâun instrument de vĂ©rification, et tout son rĂ©gime sâen dĂ©duit. Ce quâelle cherche est binaire : le cocontractant a fait, ou nâa pas fait, ce quâun texte ou une stipulation lui commandait. Le rĂ©fĂ©rentiel est donnĂ© dâavance, extĂ©rieur aux parties, et lâaudit nâa quâĂ le confronter aux faits. De lĂ trois traits. Le champ est Ă©troit, parce quâil se borne Ă ce que la clause servie exige. La preuve est simple, parce quâun manquement se constate. Et le grief de dĂ©sĂ©quilibre sâĂ©teint presque de lui-mĂȘme, parce quâune stipulation qui ne fait que vĂ©rifier lâobĂ©issance Ă un texte clair ne confĂšre aucun pouvoir discrĂ©tionnaire. Câest la configuration la plus ancienne, celle des rĂ©seaux de distribution et des licences, oĂč lâaudit vĂ©rifie des dĂ©clarations chiffrĂ©es. Elle donne Ă la clause son efficacitĂ© maximale et son ambition minimale : elle accroĂźt la conformitĂ©, elle ne fait rien dâautre67Câest la configuration dĂ©crite par Arnaud Lecourt Ă propos des rĂ©seaux de distribution (« La clause dâaudit », prĂ©c.), ainsi que par M. Martin Ă propos des licences de logiciel, qui qualifie expressĂ©ment cet audit dâaudit de conformitĂ© de lâusage des licences (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence », prĂ©c.). Sur lâimmunitĂ© au regard de lâarticle L. 442-1, I, 2°, du Code de commerce, la clause qui se borne Ă reprendre un texte clair et prĂ©cis y Ă©chappe, ce qui est censurĂ© Ă©tant « la dimension discrĂ©tionnaire et peu lisible » de la mesure et non son unilatĂ©ralitĂ© (Cass. com., 28 fĂ©vrier 2024 et Cass. com., 4 septembre 2024, rapportĂ©s par Jean-Christophe Roda, « Clause de compliance », in F. Buy, J. Heinich, M. Lamoureux, J. Mestre et J.-Ch. Roda, Les principales clauses des contrats dâaffaires, Lextenso - LGDJ, coll. « Droit et pratique professionnelle », 3e Ă©d., 2025, chapitre 17)..
41. La clause dâaudit, adossĂ©e Ă une stratĂ©gie de Compliance : un nouveau dĂ©veloppement de lâaudit contractuel. AdossĂ©e Ă une clause de Compliance, la mĂȘme technique change de nature. Le rĂ©fĂ©rentiel nâest plus un texte Ă confronter mais un but Ă servir, et lâaudit ne cherche plus seulement un manquement : il cherche une vulnĂ©rabilitĂ©, dans une organisation dont le bĂ©nĂ©ficiaire nâa pas la maĂźtrise. Le champ sâĂ©largit, la durĂ©e sâallonge, les moyens sâalourdissent, et la stipulation quitte le registre de la vĂ©rification pour celui de la stratĂ©gie. La pratique amĂ©ricaine des monitoring clauses en donne la forme extrĂȘme, qui nâest plus une clause dâaudit mais un rĂ©gime de surveillance, et lâon y mesure en mĂȘme temps la puissance de lâinstrument et le point oĂč il bascule. Câest ici que se joue le dĂ©veloppement nouveau de lâaudit contractuel : non plus vĂ©rifier ce qui est dĂ», mais organiser une connaissance continue de lâautre, au nom dâun but qui dĂ©passe le contrat68Sur les monitoring clauses amĂ©ricaines, qui vont bien au-delĂ de la clause dâaudit classique â volume considĂ©rable dâinformations, transmission dâinformations confidentielles ensuite retransmises aux autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales avec perte des privileges, obligation de tenir livres et comptes ouverts plusieurs annĂ©es aprĂšs lâexĂ©cution, les clauses types audit right de Halliburton retenant quatre ans, vĂ©rification par le crĂ©ancier dans les locaux du dĂ©biteur ou par un monitor, frais intĂ©gralement Ă la charge de lâauditĂ©, rupture en cas de refus dâinspections pĂ©riodiques â v. J.-Ch. Roda, « Clause de compliance » (prĂ©c.). Sur les clauses types que la directive dite CS3D confie Ă la Commission, v. M. DâAngelo Petrucci, « RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires » (prĂ©c.).
42. La clause dâaudit dans la perspective du Droit de la Compliance : une voie contractuelle pour nouer des alliances avec des tiers Ă lâentreprise pour contribuer ensemble Ă une ambition collective. Il reste un troisiĂšme Ă©tat, qui est le plus intĂ©ressant et le plus appelĂ© Ă ĂȘtre dĂ©veloppĂ© en pratique. Si lâObligation de Compliance a pour objet de prĂ©server les systĂšmes et de protĂ©ger les ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s, alors lâaudit ne peut demeurer indĂ©finiment ce quâil est dans les deux premiers Ă©tats : le contrĂŽle de lâun sur lâautre. Il devient une voie par laquelle lâentreprise assujettie noue, avec ceux qui ne sont pas parties au contrat, quelque chose qui ressemble Ă une alliance. Les « tiers concernĂ©s » cessent alors dâĂȘtre seulement les objets de lâaudit pour en devenir des sources, et parfois des bĂ©nĂ©ficiaires : leurs conditions de travail, leur sĂ©curitĂ©, la rĂ©alitĂ© de ce quâils vivent entrent dans le champ parce que câest prĂ©cisĂ©ment ce que lâaudit doit dĂ©tecter. Les clauses types les plus avancĂ©es lâont compris, qui font peser des obligations sur lâacheteur lui-mĂȘme et abandonnent lâunilatĂ©ralitĂ© du contrĂŽle au profit dâune responsabilitĂ© partagĂ©e. Lâaudit devient alors moins une arme quâun lien, et câest, Ă long terme, la seule façon de le rendre efficace : un contrĂŽle subi produit de la dissimulation, un contrĂŽle partagĂ© produit de lâinformation. Or, en matiĂšre de compliance, la dissimulation sâassimile rapidement Ă un manquement.69Câest le dĂ©placement quâopĂšrent les MCC 2.0, prĂ©c., qui imposent des obligations Ă lâacheteur lui-mĂȘme et abandonnent le modĂšle du contrĂŽle unilatĂ©ral, et que thĂ©orise Kishanthi Parella, « Contractual Stakeholderism », Boston University Law Review. Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), en fournit la dĂ©monstration a contrario : lâaudit subi engendre les techniques dâĂ©vitement, et les auditeurs ayant intĂ©rĂȘt Ă rassurer pour conserver leur mandat, le contrĂŽle dĂ©gĂ©nĂšre lorsquâil nâest pas perçu comme lĂ©gitime.
Il faut mesurer ce que ce dĂ©placement engage. Dans la conformitĂ©, lâaudit est un signe de soumission : celui qui lâexige montre Ă lâautoritĂ© quâil tient ses partenaires, celui qui le subit montre quâil obĂ©it, et lâinstrument ne circule que de haut en bas, ne produisant au mieux que de la docilitĂ©. Dans la Compliance, lâaudit peut devenir le signe dâune collaboration : ce que les deux contractants organisent ensemble nâest plus la preuve de lâobĂ©issance de lâun, mais leur contribution commune Ă une ambition qui les dĂ©passe tous deux, la durabilitĂ© du systĂšme auquel ils appartiennent et le sort des ĂȘtres humains que ce systĂšme emporte. La stipulation cesse alors dâĂȘtre lâinstrument par lequel une entreprise puissante traite lâentreprise dâautrui comme si elle Ă©tait la sienne, pour devenir celui par lequel deux entreprises se reconnaissent une charge commune. Câest le mĂȘme humanisme qui est au principe de lâObligation de Compliance et au principe de cette lecture de la clause : le partenaire nây est plus un risque Ă mesurer, il y devient un alliĂ© Ă Ă©quiper.
Ce troisiĂšme Ă©tat nâest pas une variante parmi dâautres : il est lâexpression proprement europĂ©enne du Droit de la Compliance, et câest par lui que celui-ci se sĂ©pare des deux autres grandes constructions. Le Droit amĂ©ricain de la Compliance, dont les monitoring clauses donnent la forme contractuelle la plus achevĂ©e, tient lâentreprise pour un relais dâexĂ©cution : lâaudit y est lâinstrument par lequel lâautoritĂ©, Ă travers lâentreprise, atteint les partenaires de celle-ci, et la sanction en demeure lâhorizon. Le Droit chinois de la Compliance pousse plus loin encore dans le mĂȘme sens, lâentreprise y Ă©tant un instrument de contrĂŽle au service de la puissance politique et lâinformation recueillie chez le partenaire remontant vers un centre qui nâest pas celui du contrat. Dans lâun et lâautre cas, la clause dâaudit demeure un mĂ©canisme de soumission, et seule change lâidentitĂ© de celui Ă qui lâon se soumet. Le Droit europĂ©en de la Compliance repose sur une tout autre idĂ©e : les Buts Monumentaux ne sont pas les objectifs dâune autoritĂ© que lâentreprise servirait, ils sont une ambition systĂ©mique quâelle partage, parce que les ĂȘtres humains quâil sâagit de protĂ©ger sont aussi les siens. Câest pourquoi la clause dâaudit peut y prendre la forme de lâalliance, quand elle ne le peut pas ailleurs : elle nâest pas le bras dâun pouvoir, elle est le lien par lequel deux entreprises tiennent ensemble une charge quâaucune ne porterait seule70Sur la conception europĂ©enne qui est ici dĂ©fendue, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026. Sur la conception amĂ©ricaine, telle que la traduisent les stipulations contractuelles, v. J.-Ch. Roda, « Clause de compliance », prĂ©c., sur les monitoring clauses ; J. L. Short, M. W. Toffel et A. R. Hugill, « Monitoring Global Supply Chains », Strategic Management Journal, vol. 37, n° 9, 2016, pp. 1878-1897 ; R. C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain », prĂ©c. Les Model Contract Clauses 2.0 (D. V. Snyder, S. Maslow et S. Dadush, prĂ©c.) et K. Parella, « Contractual Stakeholderism », prĂ©c., marquent au sein mĂȘme de la doctrine amĂ©ricaine le dĂ©placement vers la responsabilitĂ© partagĂ©e. Sur la conception chinoise, qui emploie les mĂȘmes techniques Ă des fins inverses, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, entretien avec O. Dufour, đŹÂ«Â La nouvelle loi de protection des donnĂ©es en Chine est un âanti-RGPDâ », Actu-Juridique, 2 septembre 2021 : les mĂ©canismes de Compliance y servent Ă obtenir lâobĂ©issance, lâĂtat Ă©tant soustrait aux contraintes quâil impose aux entreprises, quand le Droit europĂ©en fait de la protection de la personne le but mĂȘme du dispositif..
43. La finalitĂ© poursuivie par les contractants : en application de la Loi, mais aussi en autonomie de celle-ci. Il faut en tirer une consĂ©quence que la pratique nâa pas encore mesurĂ©e. Si la clause dâaudit tire sa mesure de la finalitĂ© quâelle sert, cette finalitĂ© nâest pas toujours donnĂ©e par la Loi. Elle lâest lorsque la stipulation vient exĂ©cuter une obligation lĂ©gale dâĂ©valuation ou de vigilance, et le cocontractant ne peut guĂšre alors la discuter, puisquâelle ne fait que porter dans le contrat ce que le texte impose. Mais elle peut aussi ĂȘtre posĂ©e par les contractants eux-mĂȘmes, en autonomie de la Loi : deux entreprises peuvent convenir dâun audit que nul texte nâexige, parce quâelles estiment lâune et lâautre devoir rĂ©pondre de la durabilitĂ© dâun systĂšme auquel elles participent, ou du sort des ĂȘtres humains que leur chaĂźne de valeur emporte. La stipulation nâest plus alors la retombĂ©e contractuelle dâune contrainte publique : elle est un engagement propre, et câest le contrat lui-mĂȘme qui devient la source du But Monumental que lâaudit sert. Le rĂ©gime sâen trouve dĂ©placĂ© sur deux points. La justification dâabord : ce qui Ă©tait admis parce que la Loi le commandait doit ici ĂȘtre expressĂ©ment voulu et acceptĂ©, faute de quoi lâaudit volontaire sâexpose au grief quâaucune obligation lĂ©gale ne vient plus couvrir. La portĂ©e ensuite : ce que les contractants ont voulu en autonomie, ils lâont voulu pour de bon, et lâon voit mal comment celui qui a stipulĂ© un tel audit pourrait soutenir ensuite quâil nây Ă©tait pas tenu. Lâautonomie ne rend donc pas la clause plus faible : elle la rend plus exigeante.
2. La clause dâaudit, adossĂ©e Ă une structure dĂ©jĂ juridiquement intĂ©grĂ©e
44. La clause dâaudit adossĂ©e Ă des rapports de conformitĂ© et/ou de Compliance dans des rapports sociĂ©taires. Le premier cas dâadossement Ă une structure est celui oĂč lâintĂ©gration est capitalistique. Entre sociĂ©tĂ© mĂšre et filiales, lâinformation circule dĂ©jĂ Â : consolidation des comptes, contrĂŽle interne du groupe, remontĂ©e des risques, rapport de gestion et rapport de durabilitĂ©. La clause dâaudit y est presque superflue, puisque le pouvoir existe sans elle. Son utilitĂ© apparaĂźt aux marges du pĂ©rimĂštre : la filiale minoritaire, la coentreprise, la participation sans contrĂŽle, oĂč le pouvoir sociĂ©taire sâarrĂȘte et oĂč le contrat doit prendre le relais. Le rĂ©dacteur gagne alors Ă calquer la clause sur ce que le droit des sociĂ©tĂ©s organise dĂ©jĂ , plutĂŽt quâĂ inventer un rĂ©gime parallĂšle : mĂȘmes pĂ©riodicitĂ©s, mĂȘmes destinataires, mĂȘme vocabulaire. Il gagne surtout Ă se souvenir que lâaudit contractuel ne transporte pas avec lui les prĂ©rogatives du pouvoir sociĂ©taire : il nâen est que le substitut, et un substitut plus fragile71La figure de lâorganisme tiers indĂ©pendant de la sociĂ©tĂ© Ă mission (articles L. 210-10 et L. 210-11 du Code de commerce) fournit un point de comparaison utile pour le choix de lâauditeur : v. S. Dupouy, « Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance » (prĂ©c.).
45. La clause dâaudit adossĂ©e Ă des techniques juridiques de gouvernance. Le second cas est plus riche, parce que lâintĂ©gration nây doit rien au capital. Elle vient tantĂŽt de la Loi, tantĂŽt du marchĂ©. De la Loi, lorsque la rĂ©glementation impose elle-mĂȘme Ă lâentreprise assujettie de se mĂ©nager par contrat lâaccĂšs et le contrĂŽle sur celui Ă qui elle confie une part de son activité : lâexternalisation bancaire et financiĂšre en est lâexemple achevĂ©, oĂč la clause dâaudit nâest plus une libertĂ© contractuelle mais la condition du respect de ses propres obligations prudentielles. Du marchĂ©, lorsque les parties appartiennent dĂ©jĂ Ă un ensemble organisĂ© qui fait circuler lâinformation et normalise les pratiques : rĂ©seau de distribution, centrale de rĂ©fĂ©rencement, groupement, schĂ©ma de certification, accĂšs Ă une infrastructure ou Ă un systĂšme de place, financement conditionnĂ© Ă des critĂšres de durabilitĂ©. Dans tous ces cas, lâaudit ne crĂ©e pas la sujĂ©tion, il la trouve, et trois consĂ©quences en dĂ©coulent : la justification de la clause est allĂ©gĂ©e, puisque lâappartenance la porte ; le grief dâimmixtion dans la gestion perd de sa force, puisque le contrĂŽle est dans la nature du lien ; et le rĂ©fĂ©rentiel est extĂ©rieur aux parties, ce qui Ă©carte du mĂȘme coup la potestativitĂ©72Lâexemple achevĂ© est celui de lâexternalisation bancaire : sur le fondement des articles 238 et 239 de lâarrĂȘtĂ© du 3 novembre 2014, la Commission des sanctions de lâACPR a sanctionnĂ© lâĂ©tablissement qui nâavait Ă©valuĂ© le risque nĂ© de lâexternalisation pour aucune de ses prestations essentielles externalisĂ©es, Ă©cartant lâargument tirĂ© de ce que les contrats nâen prĂ©voyaient pas : ACPR, Commission des sanctions, dĂ©cision n° 2023-02 du 9 octobre 2024, Tunisian Foreign Bank. La clause dâaudit y est la condition du respect des obligations prudentielles, non lâexpression dâune libertĂ© contractuelle. V. Ă©gal. supra § 24 sur la potestativitĂ©..
B. LA CLAUSE DâAUDIT, SUR LAQUELLE DâAUTRES CLAUSES DE COMPLIANCE SâADOSSENT
46. Ce que la clause dâaudit rend contractuellement possible : frapper, ou rapprocher. Lâadossement joue aussi en sens inverse : dâautres stipulations de Compliance prennent appui sur la clause dâaudit, parce quâelles ne peuvent produire effet que sur ce que lâexĂ©cution de la clause dâaudit aura permis dâĂ©tablir. Toutes supposent en effet un fait connu, et câest lâaudit qui le fournit. Mais elles se partagent selon ce quâelles font de ce fait, et le partage nâest pas de degré : il est de sens. Les unes arment celui qui sait grĂące Ă lâaudit contractuel de Compliance, Ă travers la clause dâanticipation des diffĂ©rends et de leur rĂšglement, la clause de sanction, la clause rĂ©solutoire, qui transforment le constat en grief, le grief en mise en demeure, la mise en demeure en rupture. La clause dâaudit est alors ce qui donne les moyens de frapper (1). Les autres clauses qui sâadossent Ă la clause dâaudit font lâinverse : la clause de remĂ©diation, le plan de mesures correctives, lâaccompagnement du partenaire dĂ©faillant puisent dans lâaudit contractuellement exĂ©cutĂ© non pas le constat du manquement mais le fait dâune vulnĂ©rabilitĂ©, voire dâun besoin, et en tirent une obligation de faire ensemble ce qui nâa pas Ă©tĂ© fait. LâexĂ©cution de la clause dâaudit donne alors les moyens de rapprocher (2).
La mĂȘme information, le mĂȘme rapport, renvoie donc Ă deux Ă©conomies contractuelles opposĂ©es : câest dire que la clause dâaudit ne prend son sens que de celles qui la suivent, et que le rĂ©dacteur choisit, en les stipulant, pouvant intĂ©grer dans la clause dâaudit Ă quoi les rĂ©sultats de lâaudit ont vocation Ă servir. Les unes et les autres viendront enfin devant le juge, qui aura Ă interprĂ©ter la clause dâaudit au regard des offices quâelle remplit, et câest ce dont il faudra tenir compte dĂšs la rĂ©daction (3).
1. La clause dâaudit pour avoir les moyens de frapper ensuite
47. La clause dâaudit, sur laquelle sâadossent les clauses dâanticipation des disputes et de leur rĂšglement. La premiĂšre famille est celle des clauses qui organisent le diffĂ©rend avant quâil ne naisse : clause dâescalade, expertise, mĂ©diation prĂ©alable, attribution de compĂ©tence. Elles nâont dâobjet que sâil y a quelque chose Ă discuter, et ce quelque chose, câest lâaudit qui le produit. DâoĂč deux exigences dâarticulation, que la pratique nĂ©glige. La premiĂšre est que le rapport dâaudit soit qualifiĂ© dans le contrat : vaut-il constat opposable, simple avis, commencement de preuve ? Faute de le dire, les parties se disputeront dâabord sur la valeur du document avant de se disputer sur ce quâil Ă©tablit. La seconde est que la procĂ©dure stipulĂ©e soit praticable : la clause qui renvoie Ă un juge, Ă une dĂ©signation ou Ă une voie procĂ©durale doit ĂȘtre datĂ©e et vĂ©rifiĂ©e, car une procĂ©dure abrogĂ©e entre la signature et la mise en Ćuvre suffit Ă priver la clause de tout effet, et la partie la plus diligente se trouve alors sans juge73Câest exactement ce qui sâest produit dans lâaffaire CoopĂ©rative U, prĂ©c. : la clause renvoyait au prĂ©sident du tribunal de commerce statuant en la forme des rĂ©fĂ©rĂ©s, procĂ©dure abrogĂ©e par lâordonnance du 17 juillet 2019 ; le juge sâest dĂ©clarĂ© sans pouvoir et la demande a Ă©tĂ© jugĂ©e irrecevable, lâarticle 145 du Code de procĂ©dure civile Ă©tant au surplus Ă©cartĂ© faute de nature conservatoire de la mesure au sens de lâarticle 31 de la convention de Lugano. V. supra § 24..
48. La clause dâaudit, sur laquelle sâadossent la clause de sanction et/ou de rupture. La deuxiĂšme famille frappe. LâenchaĂźnement est connu et il est mĂ©canique : lâaudit Ă©tablit le manquement, le manquement nourrit la mise en demeure, la mise en demeure dĂ©clenche la clause rĂ©solutoire, laquelle peut sâĂ©tendre Ă lâensemble des contrats liant les parties. Trois prĂ©cautions sâimposent au rĂ©dacteur. Dâabord, le rĂ©gime probatoire : le rapport fait foi tant que lâauditĂ© ne produit rien, ce qui est considĂ©rable et doit ĂȘtre assumĂ© comme tel. Ensuite, la gradation : passer directement du constat Ă la rupture est rarement praticable, et les auteurs comme les textes rĂ©cents recommandent une Ă©chelle â remĂ©diation, avertissement, perte du statut de partenaire prĂ©fĂ©rĂ©, publicitĂ©, rĂ©siliation en dernier rang. Enfin, la mesure : une clause qui arme le contrĂŽle sans mĂ©nager de sortie autre que la rupture nâest pas seulement dure, elle est inefficace, car celui qui sait que tout constat le condamne nâa plus dâintĂ©rĂȘt Ă laisser voir quoi que ce soit74La chaĂźne complĂšte est donnĂ©e par CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 16 juin 2021, SPI International c/ EuropaCorp, RG n° 17/05010, prĂ©c., qui retient aussi que le rapport fait foi tant que lâauditĂ© ne produit rien. Sur la gradation, Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), plaide pour une Ă©chelle â formation et remĂ©diation, avertissement formel, perte du statut de fournisseur prĂ©fĂ©rĂ©, dĂ©nonciation publique, rĂ©siliation en dernier rang â et ajoute le pouvoir de rĂ©compense ; Maxime DâAngelo Petrucci raisonne de mĂȘme en termes de riposte graduĂ©e, la directive dite CS3D imposant au demeurant la rupture lorsque le plan de mesures correctives ne peut raisonnablement aboutir (« RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires », prĂ©c.). Sur la rupture, v. Ă©gal. Cass. com., 20 novembre 2019, Biomet, et CA Paris, 4 dĂ©cembre 2024, Carrefour, rapportĂ©s par Jean-Christophe Roda, « Clause de compliance » (prĂ©c.). Enfin, lâinsertion unilatĂ©rale dâune clause dâaudit sĂ©vĂšre peut coĂ»ter la relation sans ĂȘtre pour autant fautive : CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 14 janvier 2026, Centre VidĂ©o Distribution c/ RDM Video, RG n° 24/04702, prĂ©c..
49. Quand la sanction est au bout de lâaudit, le prĂ©avis change de nature : de lâeffet de surprise aux droits de la dĂ©fense. Il faut alors revenir sur une question qui paraissait de pure intendance : le prĂ©avis. Les auteurs se divisent, les uns le proscrivant parce quâil ruine lâeffet de surprise, les autres le jugeant nĂ©cessaire parce que lâaudit mobilise chez lâauditĂ© des ressources considĂ©rables (v. infra note n° 53). Le dĂ©saccord se dĂ©noue lorsque lâon regarde non plus lâaudit en lui-mĂȘme, mais la clause Ă laquelle il sâadosse. AdossĂ© Ă une simple vĂ©rification, lâaudit peut se passer dâannonce : la surprise est ce qui permet de constater lâĂ©tat rĂ©el des choses, et rien de plus ne se joue. AdossĂ© Ă une clause de sanction, il change de nature, car ce quâil Ă©tablira servira Ă frapper : celui qui sera sanctionnĂ© doit alors avoir Ă©tĂ© mis en mesure de sâexpliquer, et le prĂ©avis cesse dâĂȘtre une commoditĂ© offerte Ă lâauditĂ© pour devenir la premiĂšre des garanties. On mesure ici ce que lâObligation de Compliance fait aux droits de la dĂ©fense : parce que la sanction est anticipĂ©e dĂšs le stade du contrĂŽle, ces droits remontent dans le temps et viennent se loger dans la stipulation elle-mĂȘme, bien avant tout procĂšs75Sur cette remontĂ©e des droits de la dĂ©fense dans le temps, quâopĂšre lâanticipation de la sanction, et sur ce quâelle exige des dispositifs de Compliance, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, đ« Circuler dans le temps pour mettre en phase Compliance et droits de la dĂ©fense », in đŽïžM.-A. Frison-Roche et đŽïžM. Boissavy (dir.), đCompliance et droits de la dĂ©fense. EnquĂȘte interne â CJIP â CRPC, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2024, pp. 33-58.. La clause bien faite distingue donc selon ce Ă quoi lâaudit conduit : pas de prĂ©avis pour lâaudit provoquĂ© par un red flag qui ne porte que sur des documents ; prĂ©avis, et information de la personne visĂ©e, dĂšs que lâaudit porte sur le comportement dâune personne identifiĂ©e dont une sanction peut sortir. Câest le mĂȘme critĂšre que celui qui commande le basculement de rĂ©gime : non lâintensitĂ© de lâaudit, mais son objet.
2. Une clause dâaudit pour avoir les moyens de rapprocher ensuite
50. La clause dâaudit sur laquelle sâadosse la clause de remĂ©diation. La troisiĂšme famille rapproche, et câest celle que lâObligation de Compliance appelle. Du mĂȘme constat, la clause de remĂ©diation tire non un grief mais un programme : plan de mesures correctives, calendrier, indicateurs, nouvel audit de vĂ©rification, parfois partage du coĂ»t. LâĂ©conomie en est inverse de la prĂ©cĂ©dente, et la diffĂ©rence nâest pas seulement morale : elle est de rendement. Le partenaire qui sait que lâaudit ouvrira sur une remĂ©diation a intĂ©rĂȘt Ă montrer ce qui ne va pas ; celui qui sait quâil ouvrira sur une sanction a intĂ©rĂȘt Ă le cacher, et il en a les moyens. La rupture demeure au bout de la chaĂźne, et elle sâimpose parfois : mais elle ne doit venir quâaprĂšs, faute de quoi lâentreprise assujettie se prive de lâinformation dont son obligation lĂ©gale dĂ©pend, et dĂ©place le risque systĂ©mique au lieu de le traiter76Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), relĂšve que les tĂȘtes de chaĂźne poursuivent rarement les manquements quâelles constatent, ce qui ruine lâeffet dissuasif de lâaudit ; lâobservation vaut a fortiori pour la remĂ©diation, qui suppose un engagement dans la durĂ©e. Rompre avec le fournisseur dĂ©faillant peut soulager lâentreprise assujettie de son risque juridique sans rien changer Ă la situation des personnes que lâObligation de Compliance a pour objet de protĂ©ger.. Câest ici que la clause dâaudit cesse dâĂȘtre un instrument de puissance pour devenir un instrument de Compliance.
On retrouve ici, au dernier terme, ce qui sĂ©parait dĂšs lâorigine la clause dâaudit de conformitĂ© de la clause dâaudit de Compliance. La premiĂšre demande un signe de soumission et se satisfait de lâobtenir ; la seconde demande un signe de collaboration, et ne vaut quâautant quâelle lâobtient. La remĂ©diation nâest donc ni une attĂ©nuation de la sanction ni une faveur consentie au partenaire dĂ©faillant : elle est la forme que prend lâalliance lorsque lâaudit a montrĂ© quâelle Ă©tait nĂ©cessaire.
3. LâinterprĂ©tation par le juge de la clause dâaudit de Compliance en ce quâelle est un « accessoire nĂ©cessaire »
51. Ce dont le juge devra tenir compte : une clause qui ne sert pas seulement ceux qui lâont stipulĂ©e. Tout ce qui prĂ©cĂšde a un destinataire que le rĂ©dacteur ne doit jamais perdre de vue : le juge. Car la clause dâaudit viendra devant lui, et elle y viendra de trois façons. LâauditĂ© contestera la mise en Ćuvre de lâaudit quâil subit, son ampleur, ses conditions, lâusage fait de ce quâil a livrĂ©. Le bĂ©nĂ©ficiaire demandera que la clause soit exĂ©cutĂ©e, ou que son inexĂ©cution soit sanctionnĂ©e. Le tiers concernĂ©, enfin, reprochera Ă lâentreprise assujettie de nâavoir pas fait lâaudit quâelle sâĂ©tait donnĂ© le pouvoir de faire, et câest de loin lâhypothĂšse la plus neuve. Les dĂ©cisions dĂ©jĂ rendues montrent que le juge saisit la clause dâaudit, mais par le seul Droit commun : il y voit un pouvoir consenti par un contractant Ă lâautre, et il en mesure lâĂ©tendue avec les instruments qui servent Ă contenir les pouvoirs â le dĂ©sĂ©quilibre significatif, la potestativitĂ©, lâimmixtion dans la gestion, le caractĂšre conservatoire ou purement probatoire de la mesure. Cette lecture nâest pas fausse ; elle est incomplĂšte, car elle traite comme un avantage stipulĂ© ce qui est aussi, et parfois dâabord, lâexĂ©cution dâune obligation.
52. LâinterprĂ©tation par la finalité : ce que le juge doit rechercher dans une clause dâaudit de Compliance. Le contrat sâinterprĂšte dâaprĂšs la commune intention des parties plutĂŽt que dâaprĂšs le sens littĂ©ral (article 1188 du Code civil), et chaque clause sâinterprĂšte au regard de lâacte tout entier (article 1189 du Code civil). AppliquĂ©s Ă la clause dâaudit de Compliance, ces principes conduisent plus loin quâil nây paraĂźt. La commune intention ne sây Ă©puise pas dans lâĂ©change des avantages, puisque les contractants ont voulu, au-delĂ dâeux-mĂȘmes, servir un but dont ni lâun ni lâautre nâa la disposition ; et lâacte tout entier auquel la clause renvoie nâest pas seulement le contrat qui la porte, mais le dispositif de Compliance dans lequel ce contrat sâinsĂšre. Le juge devra donc rechercher ce que lâaudit devait dĂ©tecter, et mesurer la stipulation Ă cette finalité : une clause large mais motivĂ©e par le risque quâelle sert nâest pas le pouvoir discrĂ©tionnaire que lâon censure, quand une clause Ă©troite mais dormante nâest pas la retenue que lâon approuve. Il devra tenir compte aussi de ce que ce qui se joue dans cette stipulation ne concerne pas les seuls signataires : derriĂšre lâaudit, il y a les diffĂ©rents systĂšmes que lâObligation de Compliance a pour office de prĂ©server et les ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s. Câest Ă cette condition que le juge ne fera de la clause dâaudit ni une arme de plus dans la main du plus fort, ni une formalitĂ© que lâon Ă©carte, mais ce quâelle doit ĂȘtre : lâinstrument par lequel le contrat rend possible ce que la Loi seule ne peut atteindre.
53. LâinterprĂ©tation attendue lorsque la clause dâaudit est lâaccessoire de lâapplication efficace des corpus rĂ©glementaires. Le premier office de la clause dâaudit est de rendre effective lâobĂ©issance Ă des textes. Le rĂ©fĂ©rentiel est alors extĂ©rieur aux parties, et le juge nâa pas Ă rechercher entre elles un Ă©quilibre que la stipulation nâavait pas pour objet dâĂ©tablir : il a Ă vĂ©rifier que la clause permet Ă lâassujetti de faire ce que le corpus rĂ©glementaire lui commande. Trois consĂ©quences en dĂ©coulent. La clause qui ne fait que porter dans le contrat une exigence lĂ©gale claire Ă©chappe au grief du dĂ©sĂ©quilibre significatif, ce qui est dĂ©jĂ jugĂ©, puisque ce qui est censurĂ© est la dimension discrĂ©tionnaire du pouvoir rĂ©servĂ© et non son unilatĂ©ralitĂ©. LâĂ©tendue de lâaudit se mesure ensuite au pĂ©rimĂštre de lâobligation rĂ©glementaire : ce qui lâexcĂšde nâa plus de titre et redevient de la captation dâinformation sur un partenaire, que le Droit commun saisit. LâinexĂ©cution, enfin, ne sâapprĂ©cie pas entre les seules parties, puisque lâassujetti devra rendre compte de ses diligences devant lâautoritĂ© de contrĂŽle : le juge du contrat nâest pas le seul Ă lire la clause, et il doit le savoir. Le critĂšre est ici celui de lâefficacité : la clause vaut ce quâelle permet dâobtenir pour lâexĂ©cution du texte.
54. LâinterprĂ©tation attendue lorsque la clause dâaudit est lâaccessoire de lâapplication efficiente du Droit de la Compliance. Le deuxiĂšme office est dâun autre ordre, et il appelle un autre critĂšre. Le rĂ©fĂ©rentiel nâest plus un texte Ă confronter mais un but Ă servir, de sorte que lâefficacitĂ© ne suffit plus : câest lâefficience qui est en cause, câest-Ă -dire le rapport entre ce que lâaudit coĂ»te â Ă celui qui le subit, Ă la relation, Ă la chaĂźne tout entiĂšre â et ce quâil apporte rĂ©ellement Ă la prĂ©servation du systĂšme et Ă la protection des personnes qui y sont impliquĂ©es. Le juge aura donc Ă se demander non seulement si lâaudit pouvait ĂȘtre fait, mais sâil Ă©tait le moyen adĂ©quat : si lâinformation ne pouvait pas ĂȘtre obtenue autrement, si lâampleur de la captation Ă©tait proportionnĂ©e au risque cartographiĂ©, si la charge rĂ©percutĂ©e le long de la chaĂźne nâa pas abouti Ă faire peser lâaudit sur celui qui Ă©tait le moins capable de le porter, cependant que le risque systĂ©mique restait oĂč il Ă©tait. Un audit qui accable un fournisseur dĂ©muni sans rien amĂ©liorer nâest pas efficient, et le juge peut le dire ; inversement, lâaudit qui a dĂ©tectĂ© et permis de remĂ©dier mĂ©rite dâĂȘtre protĂ©gĂ©, fĂ»t-il intrusif, car câest Ă cela quâil servait.
55. LâinterprĂ©tation attendue lorsque la clause dâaudit est lâaccessoire de lâapplication coordonnĂ©e des autres clauses de Compliance. Le troisiĂšme office est celui qui a occupĂ© cette seconde partie : la clause dâaudit ne vaut que par les stipulations quâelle sert et par celles qui sâadossent Ă elle. Le juge devra donc lâinterprĂ©ter avec elles, comme lây invite lâinterprĂ©tation de chaque clause au regard de lâacte tout entier. Quatre directions sâen dĂ©duisent. La valeur probatoire du rapport dâaudit se rĂšgle dâabord par ce que les parties en ont dit, et Ă dĂ©faut par ce que la fonction de la clause commande, non par la seule force du document. Le choix entre frapper et rapprocher, ensuite, nâappartient pas au juge : il appartient Ă lâĂ©conomie que les contractants ont dessinĂ©e en stipulant une clause de sanction ou une clause de remĂ©diation, et le juge la respecte. La chute de la clause servie, en outre, ne se rĂ©sout pas par la hiĂ©rarchie entre stipulations, que le Droit commun ignore, mais par la divisibilitĂ©, câest-Ă -dire par la fonction que chacune remplit dans lâĂ©conomie voulue. Le juge veillera enfin Ă la cohĂ©rence de celui qui invoque la clause : celui qui a stipulĂ© lâaudit pour remĂ©dier ne peut sâen servir pour rompre sans avoir suivi la gradation quâil sâĂ©tait lui-mĂȘme donnĂ©e, et celui qui ne lâa jamais mis en Ćuvre ne peut reprocher Ă lâautre ce quâil nâa pas voulu voir.77Lâarticle 1189 du Code civil pose que « toutes les clauses dâun contrat sâinterprĂštent les unes par rapport aux autres, en donnant Ă chacune le sens qui respecte la cohĂ©rence de lâacte tout entier », son alinĂ©a 2 Ă©tendant la rĂšgle aux stipulations de plusieurs contrats concourant Ă une mĂȘme opĂ©ration ; lâarticle 1191 y ajoute lâeffet utile. Sur la cohĂ©rence prise comme principe directeur de la lecture du contrat, v. D. Houtcieff, Le principe de cohĂ©rence en matiĂšre contractuelle, prĂ©f. H. Muir Watt, Presses universitaires dâAix-Marseille, coll. « Institut de droit des affaires », 2001, 2 t. Sur lâarticulation des stipulations et des actes entre eux, v. Ă©gal. J.-B. Seube, LâindivisibilitĂ© et les actes juridiques, prĂ©c., et M. Cottet, Essai critique sur la thĂ©orie de lâaccessoire en droit privĂ©, prĂ©c., lâune et lâautre rapportant lâarticulation Ă la fonction que chaque Ă©lĂ©ment remplit dans lâopĂ©ration voulue, ce qui est exactement ce que la clause dâaudit de Compliance appelle.
CONCLUSIONÂ : LA CLAUSE DâAUDIT DE COMPLIANCE, CARROUSEL DE LA CONTRACTUALISATION DE LA COMPLIANCE
56. La clause dâaudit, lĂ oĂč la contractualisation de la Compliance se noue. La clause dâaudit apparaĂźt comme le point oĂč tout se noue. Elle reçoit dâen amont : de lâobligation lĂ©gale, qui lui donne son objet ; de la clause quâelle sert, qui lui donne sa mesure ; de la structure oĂč les parties se trouvent prises, qui lui donne sa lĂ©gitimitĂ©. Elle donne en aval : Ă la clause de sanction, Ă la clause rĂ©solutoire, Ă la clause de remĂ©diation, qui nâont dâapplication que sur ce quâelle a Ă©tabli. Et le mouvement recommence, car ce que lâaudit fait apparaĂźtre alimente la cartographie des risques, qui redĂ©finit le champ du prochain audit. Câest en cela quâelle est le carrousel de la contractualisation de la Compliance : non pas une piĂšce parmi dâautres, mais celle par laquelle lâinformation entre dans le contrat et par laquelle le contrat agit sur le monde. Reste que lâinstrument est ambivalent, et que lâarticle aura tentĂ© de le montrer : le mĂȘme pouvoir de savoir peut servir Ă frapper un partenaire ou Ă le redresser, Ă protĂ©ger un systĂšme ou Ă capter de lâinformation sur un concurrent. Ce qui dĂ©cide nâest pas la technique, qui est neutre, mais la finalitĂ© pour laquelle on la stipule â et câest pourquoi, dâun bout Ă lâautre, le critĂšre est demeurĂ© le mĂȘme : lâaudit ne vaut que par le But Monumental quâil sert.
57. La clause dâaudit, lĂ oĂč la conformitĂ© et la Compliance se distinguent. Reste ce vers quoi la clause dâaudit peut tendre lorsquâelle est pensĂ©e depuis le Droit de la Compliance et non depuis la seule conformitĂ©. Stipuler un audit, ce nâest pas nĂ©cessairement exiger dâun partenaire le signe de sa soumission ; ce peut ĂȘtre lui donner, par le contrat, les moyens dâune collaboration. Lâinformation qui remonte nâest alors plus le gage dâune obĂ©issance, elle est la matiĂšre dâune action commune, et les « tiers concernĂ©s » cessent dâĂȘtre les objets du contrĂŽle pour en devenir les bĂ©nĂ©ficiaires. Câest lĂ que la clause dâaudit rejoint ce qui fait lâunitĂ© du Droit de la Compliance : la prĂ©servation des systĂšmes nâa de sens que par les ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s, et un contrat qui organise le savoir de lâun sur lâautre ne sert cette ambition que sâil fait des deux contractants les alliĂ©s dâun mĂȘme humanisme.78Le rapport remis au garde des Sceaux dĂ©veloppe cette conception : đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026, not. sur la distinction entre la conformitĂ©, qui appelle lâobĂ©issance, et la Compliance, qui appelle la participation des opĂ©rateurs cruciaux Ă la prĂ©servation des systĂšmes et Ă la protection des ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s.
58. La clause dâaudit, lĂ oĂč le juge contribue au dĂ©ploiement du Droit de la Compliance. Et câest au juge quâil reviendra dâen dĂ©cider, puisque câest devant lui que la clause dâaudit sera discutĂ©e. De tout cela â de la finalitĂ© quâelle sert, quâelle tienne Ă la Loi ou Ă lâautonomie des contractants, comme des diffĂ©rents systĂšmes quâelle contribue Ă prĂ©server et des personnes qui y sont impliquĂ©es â, il devra tenir compte dans lâinterprĂ©tation de cette clause essentielle.79Sur cette conception dâensemble, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026, prĂ©c.
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- La « clause dâaudit » est dâune façon gĂ©nĂ©rale relativement peu dĂ©crite et commentĂ©e. V. cependant les intĂ©ressantes Ă©tudes dâArnaud Lecourt, « La clause dâaudit », AJ Contrats dâaffaires â Concurrence â Distribution (AJCA), 2014, pp. 271-272, ou de F.-L. Simon, « Les mystĂšres de la clause dâaudit : les Ă©cueils Ă Ă©viter », La Lettre des rĂ©seaux, 28 mars 2022. Sur la mention dâune technique dâaudit au sein dâune clause plus globale de conformitĂ© ou de Compliance, voir dans la doctrine française : đŽïžM.-A. Frison-Roche, đ« Contrat de Compliance, clauses de Compliance », D. 2022, chron., pp. 2115-2117 ; J.-Ch. Roda, « La clause de compliance », in F. Buy, J. Heinich, M. Lamoureux, J. Mestre et J.-Ch. Roda (dir.), Les principales clauses des contrats dâaffaires, 3e Ă©d., Lextenso - LGDJ, 2025, pp. âŠÂ ; L. Tenreira, « La rĂ©daction des clauses dâapplication du devoir de vigilance par les Global Lawyers : lâexemple des clauses de flow-down », Revue de droit des affaires internationales, n° 5, 2022, pp. 453-466 ; N. Ida, « Contrat et devoir de vigilance des sociĂ©tĂ©s », JCP E, juillet 2023, pp. 17-26 ; Y. Queinnec, « La clause RSE, levier incontournable de vigilance », Revue Lamy droit des affaires, juillet 2018, n° 139 ; Dans la doctrine anglophone : D. V. Snyder, S. Maslow et S. Dadush, « Balancing Buyer and Supplier Responsibilities: Model Contract Clauses to Protect Workers in International Supply Chains, Version 2.0 », The Business Lawyer, vol. 77, n° 1, 2021-2022, pp. 115-182 ; K. Parella, « Contractual Stakeholderism », Boston University Law Review, vol. 102, 2022, pp. 865 s. ; Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain », Boston College Law Review, vol. 63, 2022, pp. 2539 s. ; S. Dadush, « Prosocial Contracts: Making Relational Contracts More Relational », Law and Contemporary Problems, vol. 85, n° 2, 2022, pp. 153-175. J. L. Short, M. W. Toffel et A. R. Hugill, « Monitoring Global Supply Chains », Strategic Management Journal, vol. 37, n° 9, 2016, pp. 1878-1897.
- RĂšglement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, art. 28, § 3, h) ; rĂšglement (UE) 2022/2554 du 14 dĂ©cembre 2022, art. 30, § 3, e) ; arrĂȘtĂ© du 6 janvier 2021 relatif au dispositif et au contrĂŽle interne en matiĂšre de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de gel des avoirs, art. 10, 8° et 10° ; rĂšglement gĂ©nĂ©ral de lâAMF, art. 318-61 et 321-96, II ; Lieferkettensorgfaltspflichtengesetz du 16 juillet 2021, § 6 Abs. 4 Nr. 4.
- Audit interne qui peut dâailleurs ĂȘtre un « audit de Compliance ». V. A. Gutierrez-Crespin, « Lâaudit du dispositif de compliance : un outil clĂ© pour en vĂ©rifier la robustesse », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLes outils de la Compliance, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2021, pp. 133-140.
- Recommandations de lâAgence française anticorruption, avis publiĂ© au JORF n° 10 du 12 janvier 2021, texte n° 61, §§ 61 Ă 68 et §§ 69 Ă 74.
- Sur les techniques de lâenquĂȘte interne et leur dĂ©ploiement dans les groupes internationaux, O. Catherine, « La spĂ©cificitĂ© des enquĂȘtes internes pratiquĂ©es par les groupes internationaux », in đŽïžM.-A. Frison-Roche et đŽïžM. Boissavy (dir.), đCompliance et droits de la dĂ©fense. EnquĂȘte interne â CJIP â CRPC, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2024, pp. 141-155. Sur les risques et les limites de la clause dâaudit, V. infra §§ 26 Ă 36
- Sur les risques et les limites de la clause dâaudit, V. infra §§ 26 Ă 36
- Cela est dĂ©crit et assumĂ© comme tel. V. F.-L. Simon, « Les mystĂšres de la clause dâaudit : les Ă©cueils Ă Ă©viter », La Lettre des rĂ©seaux, 17 dĂ©cembre 2021, mis Ă jour le 28 mars 2022.
- Car elle répondra des manquements réglementaires commis par ses partenaires.
- Car elle peut ainsi sâassurer quâelle a les appuis nĂ©cessaires apportĂ©s par ses partenaires pour contribuer Ă la prĂ©servation et Ă la durabilitĂ© des systĂšmes. V. A. Oumedjkane, « Le devoir de vigilance est-il soluble dans le droit des contrats publics ? », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đCompliance et contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027.
- Loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, art. 17, II, 4° et 8° ; directive (UE) 2024/1760 du 13 juin 2024, art. 10, § 2, b) et § 5.
- Directive (UE) 2024/1760 du 13 juin 2024, art. 10, § 2, b), et § 4 ; Lieferkettensorgfaltspflichtengesetz du 16 juillet 2021, § 9 Abs. 3 ; Transparency International, Global Anti-Bribery Guidance, § 13.3.5.
- Cons. const., 23 mars 2017, n° 2017-750 DC, Loi relative au devoir de vigilance des sociĂ©tĂ©s mĂšres et des entreprises donneuses dâordre. La dĂ©cision pose dans son § 27 : « Les dispositions contestĂ©es nâinstaurent donc pas un rĂ©gime de responsabilitĂ© du fait dâautrui, ainsi que cela ressort, au demeurant, des travaux parlementaires. Par suite, et en tout Ă©tat de cause, ces dispositions ne mĂ©connaissent pas le principe de responsabilité ». Sur cette question de la responsabilitĂ© personnelle et de la responsabilitĂ© pour autrui, v. A. Danis-FatĂŽme et G. Viney, « La responsabilitĂ© civile dans la loi relative au devoir de vigilance des sociĂ©tĂ©s mĂšres et des entreprises donneuses dâordre », D. 2017, n° 28, pp. 1610-1618 ; T. Sachs et J. Tricot, « La loi sur le devoir de vigilance : un modĂšle pour (re)penser la responsabilitĂ© des entreprises », Droit & SociĂ©tĂ© 2020, n° 106, pp. 683-698 ; M. Mekki, « Peut-on repenser la responsabilitĂ© Ă lâaune du devoir de Vigilance, pointe avancĂ©e de la Compliance ? », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLâobligation de compliance, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2025, pp. 599-615. V. Ă©gal. M. Fabre-Magnan, « Critique de la convergence des responsabilitĂ©s contractuelle et dĂ©lictuelle. Lâexemple du devoir de vigilance », in MĂ©langes en lâhonneur du Professeur LoĂŻc Cadiet, LexisNexis, 2023, pp. 547-561.
- Sur lâintĂ©gration verticale ainsi produite par des « contrats de rĂ©gulation » exigĂ©s non seulement par des choix de gestion mais encore par des impĂ©ratifs de compliance,
- En cela, la clause dâaudit est associĂ©e Ă la « conformité », et non pas Ă lâobligation de Compliance.
- Sur la thĂ©orie de lâaccessoire appliquĂ©e aux stipulations contractuelles, v. J.-B. Seube, LâindivisibilitĂ© et les actes juridiques, prĂ©f. M. Cabrillac, Litec, coll. « BibliothĂšque de droit de lâentreprise », t. 40, 1999 ; M. Cottet, Essai critique sur la thĂ©orie de lâaccessoire en droit privĂ©, thĂšse, Paris-Sud, dir. J. Rochfeld, 2011, lâauteure montrant que la thĂ©orie repose sur la notion de fonction, entendue comme la contribution Ă lâaccomplissement dâune finalitĂ©, y compris sâagissant dâune clause contractuelle.
- Sur la dimension probatoire de la clause dâaudit, V. infra § 32
- Sur les limites de la clause dâaudit, V. infra §§ 27 Ă 32
- J.-Ch. Roda, « UtilitĂ© comparĂ©e des clauses de conformitĂ© et des clauses de Compliance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đCompliance et Contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027. V. infra §§ 40 Ă 42
- Le fait quâil sâagisse dâun audit contractuel nâĂ©carte pas forcĂ©ment une qualification juridique ou un rĂ©gime impliquant des droits de la dĂ©fense. Sâil doit en ĂȘtre un, autant organiser ce rĂ©gime Ă©galement contractuellement. Sur ce point, V. infra §§ 33 Ă 35
- La clause dâaudit change si elle vient en appui dâune « clause de conformité » ou dâune vĂ©ritable « clause de Compliance ». Sur lâadossement de la clause dâaudit aux autres stipulations, V. infra §§ 37 Ă 50
- L. Sautonie-Laguionie, « Les clauses de Compliance relatives aux sanctions », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), Compliance et Contrat, prĂ©c.
- M. Tirel, « Les clauses de Compliance relatives Ă la remĂ©diation », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), Compliance et Contrat, prĂ©c.
- đŽïžM.-A. Frison-Roche, đ« Concevoir lâObligation de Compliance : faire usage de sa position pour participer Ă la rĂ©alisation des Buts Monumentaux de la Compliance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLâobligation de compliance, prĂ©c., pp. 3-44. Adde, du mĂȘme auteur, đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026.
- Ces techniques ont gagnĂ© lâĂtat lui-mĂȘme : le dĂ©cret n° 2022-634 du 22 avril 2022 relatif au contrĂŽle et Ă lâaudit internes de lâĂtat, qui a abrogĂ© le dĂ©cret n° 2011-775 du 28 juin 2011 relatif Ă lâaudit interne dans lâadministration, impose Ă chaque ministre un systĂšme de contrĂŽle interne fondĂ© sur une analyse des risques, et confie Ă une mission ministĂ©rielle dâaudit interne, rapportant au ministre, le soin de vĂ©rifier la qualitĂ© et lâefficacitĂ© de ce systĂšme. Lâharmonisation des mĂ©thodes et des pratiques revient au comitĂ© interministĂ©riel du contrĂŽle et de lâaudit internes (CICAI), qui a succĂ©dĂ© au comitĂ© dâharmonisation de lâaudit interne de lâĂtat (CHAIE).
- Sur les procĂ©dures dâĂ©valuation, outil majeur du Droit de la Compliance, N. Guillaume, « Cartographie des risques de compliance. Premiers aperçus des enjeux, des limites et des bonnes pratiques », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLes outils de la Compliance, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2021, pp. 63-70. Adde, sur la mise en Ćuvre de cette mesure, les travaux de lâAgence française anticorruption (AFA) : LâĂ©valuation des tiers en question : rĂ©sultats de notre derniĂšre enquĂȘte auprĂšs des entreprises, mai 2024, dâoĂč il ressort que 59 % des entreprises tiennent lâĂ©valuation des tiers pour la mesure anticorruption la plus difficile Ă dĂ©ployer, notamment en raison de la « difficultĂ© liĂ©e Ă lâaccĂšs et lâintĂ©gration des donnĂ©es ». Une clause dâaudit de Compliance peut venir en appui. V. aussi, sur les stipulations qui organisent cette Ă©valuation dans la chaĂźne de valeur, G. J. Martin, « Clauses et contrats, modalitĂ©s de lâobligation de vigilance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đLâobligation de compliance, prĂ©c., pp. 663-678.
- CoĂ»t qui peut dâailleurs contractuellement se rĂ©partir, voire se transfĂ©rer tant que cela nâest pas abusif.
- Agence française anticorruption, RĂ©sultats de lâenquĂȘte « évaluation des tiers au regard du risque de corruption » menĂ©e par lâAgence française anticorruption auprĂšs des entreprises, avril 2024, 72 p., Q22, p. 57. Questionnaire anonyme de 28 questions, diffusĂ© par les fĂ©dĂ©rations professionnelles du 10 octobre au 10 dĂ©cembre 2023 ; rĂ©ponses dĂ©claratives ; 72 rĂ©pondants Ă cette question. LâAFA prĂ©cise que les pratiques ainsi partagĂ©es nâont fait, au stade de cette publication, lâobjet dâaucune approbation de sa part.
- Sur la force obligatoire, v. dâune façon plus gĂ©nĂ©rale đŽïžM.-A. Frison-Roche, « Autonomie de la volontĂ© et compliance », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), đCompliance et Contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027.
- Dans lâenquĂȘte prĂ©citĂ©e de lâAFA, il est mentionnĂ© que lâune des « difficultĂ©s » rencontrĂ©es pour lâĂ©valuation tient à « lâautonomie des filiales ». Il est certain quâune entitĂ© juridiquement autonome est moins ouverte⊠Sur lâeffet Ă©conomique dâintĂ©gration que produisent les clauses de Compliance, notamment dans une chaĂźne de valeur, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche et E. Maclouf, « Les stratĂ©gies dâentreprises dans lâorganisation contractuelle des chaĂźnes de valeur », in đŽïžM.-A. Frison-Roche (dir.), Compliance et Contrat, JoRC et Lefebvre-Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2027.
- Sur ces tiers bénéficiaires, V. infra § 42.
- LâObligation de Compliance sâentend ici de lâobligation faite aux opĂ©rateurs cruciaux de contribuer Ă la prĂ©servation des systĂšmes et Ă la protection des ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s ; v. supra § 6.
- Le critĂšre de proportionnalitĂ© Ă la cartographie des risques est celui que retient lâAgence française anticorruption (AFA) pour lâĂ©valuation des tiers : Avis relatif aux recommandations de lâAgence française anticorruption destinĂ©es Ă aider les personnes morales de droit public et de droit privĂ© Ă prĂ©venir et Ă dĂ©tecter les faits de corruption, de trafic dâinfluence, de concussion, de prise illĂ©gale dâintĂ©rĂȘts, de dĂ©tournement de fonds publics et de favoritisme, JORF n° 0010 du 12 janvier 2021, texte n° 61, section « Ăvaluation de lâintĂ©gritĂ© des tiers », §§ 201 Ă 245, spĂ©c. § 207 : « La nature et la profondeur des Ă©valuations Ă rĂ©aliser et des informations Ă recueillir sont dĂ©terminĂ©es en fonction des diffĂ©rents groupes homogĂšnes de tiers prĂ©sentant des profils de risques comparables, tels que la cartographie des risques permet de les dresser ». V. supra § 17.
- LâĂ©valuation des tiers au titre de lâarticle 17 de la loi dite « Sapin 2 », prĂ©c., conduit aux fonctions achats et commerciales ; le devoir de vigilance, aux fonctions industrielles et sociales ; la protection des donnĂ©es, au responsable de traitement et au dĂ©lĂ©guĂ© Ă la protection des donnĂ©es.
- Câest le premier effet de la clause : elle rend contractuellement quĂ©rable un document qui, par sa destination, ne lâĂ©tait pas. La stipulation gagne donc Ă viser les rapports par leur objet et leur pĂ©riode, et non par leur seul intitulĂ©, que le cocontractant maĂźtrise.
- Le droit souple confirme cet enchaĂźnement, mais du seul cĂŽtĂ© de lâentreprise qui sâexamine elle-mĂȘme : le guide pratique de lâAgence française anticorruption (AFA) et du Parquet national financier (PNF) retient que les rapports de contrĂŽle interne ou dâaudit interne, lorsquâils rĂ©vĂšlent des faits sâapparentant Ă de la corruption ou des manquements aux procĂ©dures de prĂ©vention et de dĂ©tection, peuvent servir de fondement Ă lâouverture dâune enquĂȘte interne. AFA et PNF, Les enquĂȘtes internes anticorruption. Guide pratique, mars 2023. Aucun texte, aucune ligne directrice ne saisit en revanche le mĂȘme enchaĂźnement lorsque lâaudit se dĂ©roule chez un tiers : câest la lacune que la clause doit combler.
- Les limites viennent alors du Droit commun, et non du contrat : le secret des affaires (art. L. 151-1 s. du Code de commerce) ; la protection des donnĂ©es des personnes entendues, qui ne sont pas les salariĂ©s du bĂ©nĂ©ficiaire (RGPD, art. 14 ; rĂ©fĂ©rentiel CNIL du 18 juillet 2019 relatif aux alertes professionnelles) ; le secret professionnel de lâavocat lorsque lâauditeur en est un, que le Barreau de Paris a rappelĂ© en rĂ©ponse au guide prĂ©cité ; et, en aval, les articles 434-4 et 434-15 du Code pĂ©nal, que le guide vise lui-mĂȘme.
- v. infra § 24, sur lâombre du dĂ©sĂ©quilibre significatif (art. 1171 du Code civil ; art. L. 442-1, I, 2°, du Code de commerce).
- Câest lâun des points oĂč la clause dâaudit fait le plus visiblement de tiers des quasi-parties : le fournisseur de rang infĂ©rieur subit un audit dont le bĂ©nĂ©ficiaire lui est contractuellement Ă©tranger. V. supra § 9, sur les « tiers concernĂ©s ».
- Notamment les rĂšgles de transfert hors de lâUnion europĂ©enne (RGPD, chap. V) et, en sens inverse, la loi n° 68-678 du 26 juillet 1968 relative Ă la communication de documents et renseignements dâordre Ă©conomique, commercial, industriel, financier ou technique Ă des personnes physiques ou morales Ă©trangĂšres, dite loi de blocage.
- Câest le mouvement que dĂ©crit Antoine Oumedjkane : les textes nâattribuent plus tant aux entreprises des pouvoirs de contrĂŽle quâils ne les obligent Ă en faire usage, lâĂ©valuation des tiers de lâarticle 17 de la loi dite « Sapin 2 », prĂ©c., en Ă©tant lâexemple. La finalitĂ© rĂ©glementaire nâa donc pas Ă ĂȘtre nĂ©gociĂ©e : elle est dĂ©jĂ dans la Loi (« Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises », D.2025, pp. 1636-1642).
- Câest aussi ce qui met la stipulation Ă lâabri du dĂ©sĂ©quilibre significatif : ce qui est censurĂ© est la dimension discrĂ©tionnaire et peu lisible du pouvoir rĂ©servĂ©, non son unilatĂ©ralitĂ©, de sorte que la clause qui reprend un texte clair y Ă©chappe, quand la clause type, indiffĂ©rente aux ressources de lâauditĂ© et Ă sa position dans la chaĂźne, y est exposĂ©e. V. M. DâAngelo Petrucci, « RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires », Revue internationale de la compliance et de lâĂ©thique des affaires, n° 1, 10 fĂ©vrier 2025, Ă©tude 18.
- Lâobservation est faite de longue date Ă propos de lâaudit de licence, dont lâefficacitĂ© dĂ©pend entiĂšrement de la clartĂ© prĂ©alable du rĂ©fĂ©rentiel : faute de prĂ©cision, la clause se transforme en instrument de pression et constitue en fait « un pouvoir de police exorbitant ». V. Mathieu Martin, « Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence », Communication Commerce Ă©lectronique, n° 3, mars 2015, pratique 4.
- La pĂ©riodicitĂ© annuelle expresse se rencontre dans les clauses les mieux faites : lâarticle 13.4 du contrat de services en cause dans CA Paris, pĂŽle 1, ch. 3, 5 mars 2024, CoopĂ©rative U Enseigne c/ Carrefour France et Carrefour World Trade, RG n° 23/06899, ouvre le droit de faire contrĂŽler « une fois par an » la bonne application du contrat. Arnaud Lecourt, « La clause dâaudit », AJ Contrats dâaffaires â Concurrence â Distribution, 2014, pp. 271-272, recommande la mĂȘme limite de frĂ©quence, lâaudit Ă©tant coĂ»teux et perturbant, mais dĂ©conseille la date fixe.
- Câest lâobjection formulĂ©e par Arnaud Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.), contre lâaudit Ă date fixe et contre le prĂ©avis, qui ruinent lâeffet de surprise et peuvent rĂ©duire lâaudit Ă une mise en scĂšne. Ce risque a Ă©tĂ© rapprochĂ© de celui qui existe dans le contrĂŽle exercĂ© par les entreprises pour le compte de la puissance publique, par Antoine Oumedjkane (« Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises », prĂ©c.) : un contrĂŽle qui se fonde sur les documents produits devient excessivement formel et porte alors sur la mĂ©thodologie plutĂŽt que sur lâefficacitĂ© rĂ©elle.
- La question de savoir si de simples soupçons suffisent, ou sâil faut attendre la violation caractĂ©risĂ©e, est par exemple laissĂ©e ouverte par Antoine Oumedjkane, « Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises » (prĂ©c.), Ă propos du moment de la rupture. Elle se rĂ©sout mieux si lâon voit que lâaudit est prĂ©cisĂ©ment lâĂ©tape qui sâintercale entre le soupçon et la sanction : il nâest pas la sanction, il est ce qui permet de savoir sâil y a lieu de sanctionner.
- M. Martin distingue utilement lâaudit dĂ©claratif, fait sous la responsabilitĂ© de lâauditĂ© et en principe opposable au crĂ©ancier sauf mauvaise foi, et lâaudit menĂ© par le crĂ©ancier, qui ne peut plus en contester ensuite le pĂ©rimĂštre. Le choix de la charge commande donc la valeur probatoire du rĂ©sultat (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence  », prĂ©c.).
- Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), relĂšve que certains fournisseurs subissent plus de cinquante audits par an, aux rĂ©fĂ©rentiels contradictoires, sans que cette accumulation amĂ©liore en rien la dĂ©tection. Sabrina Dupouy en tire la consĂ©quence juridique : le transfert de la vigilance en cascade vers un sous-contractant dĂ©muni nâexonĂšre pas le donneur dâordre (« Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance », prĂ©c.).
- Sur les trois modĂšles de charge des frais, v. infra note n° 55. La pratique amĂ©ricaine met, elle, lâintĂ©gralitĂ© des frais Ă la charge de lâauditĂ©, sans condition : J.-Ch. Roda, « Clause de compliance » (prĂ©c.)
- Sur lâanalogie entre le contrĂŽle interne et lâaudit, V. supra § 1
- Câest la pratique la plus frĂ©quente, et Arnaud Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.), la dĂ©conseille pour cette raison mĂȘme, recommandant de confier la mission par prioritĂ© Ă une profession rĂ©glementĂ©e dotĂ©e dâune dĂ©ontologie, dont le nom et la qualitĂ© figurent dans la clause.
- Câest le critĂšre retenu par CA Paris, 25e ch. B, 28 juin 2002, Fernandez c/ StĂ© Puissance 5, inĂ©dit, dont Jacques Mestre et Bertrand Fages rendent compte : la stipulation ne sâanalyse pas en une condition potestative dĂšs lors que le prix rĂ©sulte dâun audit du commissaire aux comptes soumis Ă des rĂšgles comptables strictement dĂ©finies, et non de la seule dĂ©cision du bĂ©nĂ©ficiaire (RTD civ. 2002, pp. 804-805). Lâexigence rejoint celle dâindĂ©pendance fonctionnelle de celui qui contrĂŽle â autoritĂ© suffisante, absence dâinstruction, non-participation aux activitĂ©s opĂ©rationnelles â exigence relevĂ©e par Antoine Oumedjkane, « Puissance publique et pouvoir de contrĂŽle des entreprises » (prĂ©c.). LâarrĂȘt commentĂ© est inĂ©dit et nâa pu ĂȘtre retrouvĂ©.
- Lâarticle 7 du contrat en cause dans lâaffaire CoopĂ©rative U, prĂ©c., enferme le choix dans une liste fermĂ©e â PwC, Deloitte, EY, KPMG, par leur bureau parisien â puis, Ă dĂ©faut dâaccord dans les cinq jours ouvrĂ©s, permet Ă la plus diligente des parties de faire dĂ©signer un tiers par le prĂ©sident du tribunal de commerce de Paris. Câest le meilleur modĂšle du dossier, et il a pourtant Ă©choué : la procĂ©dure visĂ©e â le prĂ©sident statuant en la forme des rĂ©fĂ©rĂ©s â avait Ă©tĂ© abrogĂ©e par lâordonnance du 17 juillet 2019, de sorte que le juge sâest dĂ©clarĂ© sans pouvoir. Le renvoi procĂ©dural dâune clause dâaudit doit donc ĂȘtre datĂ©, et vĂ©rifiĂ© Ă chaque renouvellement.
- Les auteurs se divisent. Arnaud Lecourt dĂ©conseille formellement toute stipulation de prĂ©avis, qui ruinerait lâeffet de surprise (« La clause dâaudit », prĂ©c.). A lâinverse, Mathieu Martin le juge nĂ©cessaire, lâaudit mobilisant des ressources considĂ©rables chez lâauditĂ© (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence », prĂ©c.). Le dĂ©saccord tient en rĂ©alitĂ© Ă lâobjet de lâaudit : la surprise est utile pour vĂ©rifier des dĂ©clarations chiffrĂ©es, la coopĂ©ration est indispensable pour reconstituer un dispositif que seul lâauditĂ© connaĂźt. La clause de Compliance, qui poursuit les deux, gagne Ă distinguer selon le dĂ©clencheur : prĂ©avis pour lâaudit pĂ©riodique, absence de prĂ©avis pour lâaudit provoquĂ© par un red flag.
- Trois modĂšles se rencontrent : les frais Ă la charge du crĂ©ancier, reportĂ©s sur lâauditĂ© si lâaudit rĂ©vĂšle un manquement, Ă©ventuellement au-delĂ dâun seuil chiffrĂ© (A. Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.)) ; les frais Ă la charge de lâauditĂ© sans condition, formule de la pratique amĂ©ricaine ; les frais avancĂ©s puis remboursĂ©s, le remboursement trouvant sa cause dans la facultĂ© rĂ©servĂ©e Ă lâautre partie (J. Mestre et B. Fages, « La clause dâaudit est-elle potestative ? » (prĂ©c.)).
- M. Martin exige la transparence des conclusions et proscrit les conclusions « sous rĂ©serve deâŠÂ », qui laissent lâauditĂ© sous une menace indĂ©finie. Il distingue utilement lâaudit dĂ©claratif, fait sous la responsabilitĂ© de lâauditĂ© et en principe opposable au crĂ©ancier sauf mauvaise foi, de lâaudit menĂ© par le crĂ©ancier, qui ne peut plus en contester ensuite le pĂ©rimĂštre (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence  », prĂ©c.). Sur les suites â assiette de la rĂ©gularisation, frais associĂ©s, dĂ©lais, appel en garantie â la clause gagne Ă ĂȘtre aussi prĂ©cise que sur le dĂ©roulement.
- Le mĂ©canisme est formulĂ© par Maxime DâAngelo Petrucci, qui recommande de ne pas stipuler la clause si le crĂ©ancier nâa ni lâintention ni les ressources de la mettre en Ćuvre, le dĂ©faut de mise en Ćuvre pouvant ĂȘtre perçu comme une nĂ©gligence fautive (« RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires », prĂ©c.). Sabrina Dupouy prĂ©sente plus sĂ©vĂšrement la situation de lâentreprise « bĂ©nĂ©ficiaire » de la clause dâaudit : le tiers victime peut invoquer comme faute dĂ©lictuelle le seul manquement contractuel, sans autre preuve, ce qui vaut pour lâinexĂ©cution dâune clause dâaudit (« Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance », Droit des sociĂ©tĂ©s, n° 4, avril 2024, Ă©tude 5). Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain », Boston College Law Review, vol. 63, n° 8, 2022, pp. 2539-2620, le documente en relevant que les tĂȘtes de chaĂźne poursuivent rarement les manquements constatĂ©s, ce qui ruine lâeffet dissuasif de lâaudit.
- Câest la parade contractuelle des Model Contract Clauses : D. V. Snyder, S. A. Maslow et S. Dadush (Working Group to Draft Model Contract Clauses, ABA Business Law Section), « Balancing Buyer and Supplier Responsibilities: Model Contract Clauses to Protect Workers in International Supply Chains, Version 2.0 », The Business Lawyer, vol. 77, n° 1, 2021-2022, pp. 115-182, dont la section 5.1 stipule que le comportement des parties, y compris le dĂ©faut de lâacheteur dâexercer effectivement ses droits dâaudit, ne vaut ni renonciation ni Ă©lĂ©ment dâapprĂ©ciation de ses remĂšdes. Les MCC 2.0 ne comportent au demeurant pas de clause dâaudit autonome : ils prĂ©supposent des droits dâaudit stipulĂ©s ailleurs et en rĂšglent les effets.
- Sabrina Dupouy relĂšve dans le mĂȘme sens que la communication dâune entreprise sur ses mĂ©canismes contractuels, clauses dâaudit comprises, est un signal envoyĂ© au marchĂ© qui nâest parfois que du greenwashing, et que le transfert de la vigilance en cascade vers un sous-contractant dĂ©muni nâexonĂšre pas le donneur dâordre (« Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance », prĂ©c.).
- Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), recense les techniques dâĂ©vitement que rencontre lâaudit social : corruption de lâauditeur local, sĂ©lection et prĂ©paration des salariĂ©s interrogĂ©s, remise en Ă©tat des issues de secours et Ă©viction des enfants avant une inspection annoncĂ©e, sous-traitants non dĂ©clarĂ©s, usine vitrine, double comptabilitĂ©. Il en tire quatre exigences de rĂ©daction : rendre le contrĂŽle visible et ses suites connues, dĂ©finir concrĂštement lâobjet du contrĂŽle, assurer la lĂ©gitimitĂ© perçue du rĂ©fĂ©rentiel, limiter la complexitĂ© des standards. Faute de quoi lâaudit dĂ©gĂ©nĂšre en public relations vehicles, les auditeurs ayant intĂ©rĂȘt Ă rassurer pour conserver leur mandat.
- V. supra § 17, sur le critĂšre de proportionnalitĂ© et le raisonnement tĂ©lĂ©ologique, dont la description des limites nâest que lâapplication inverse.
- DâoĂč lâintĂ©rĂȘt de stipuler aussi la sanction de lâentrave â audit sabotĂ©, informations succinctes, dissimulation â le plus souvent la rĂ©siliation et des dommages-intĂ©rĂȘts, assortis de la remise des piĂšces sous astreinte : A. Lecourt, « La clause dâaudit » (prĂ©c.)
- Le rapport de lâAudit Responses Committee, ABA Business Law Section, « Report on Audit Response Timing Issues », The Business Lawyer, vol. 77, n° 1, 2021-2022, pp. 183-190, quoique consacrĂ© aux lettres adressĂ©es aux commissaires aux comptes, offre une grammaire temporelle transposable : le pĂ©rimĂštre est fixĂ© par lâidentification des entitĂ©s et de lâexercice, la date dâeffet de la rĂ©ponse se distingue de sa date dâĂ©mission, lâobligation dâactualisation postĂ©rieure peut ĂȘtre licitement exclue, et la mĂ©thode de dĂ©limitation de la pĂ©riode â Entire Period Approach ou Snapshot Approach â doit ĂȘtre Ă©noncĂ©e.
- V. supra § 15, sur le point oĂč lâaudit change de nature en passant du document Ă la personne. Le vocabulaire de lâintrusion se rencontre dans la bouche mĂȘme des auditĂ©s : dans CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 14 janvier 2026, Centre VidĂ©o Distribution c/ RDM Video, RG n° 24/04702, le distributeur auquel Ă©tait imposĂ©e, sur simple demande Ă©crite, la remise de ses bilans dĂ©taillĂ©s des trois derniers exercices, parle dâ« inquisition » ; la cour relĂšve que lâaccĂšs Ă lâintĂ©gralitĂ© des documents comptables sans justification est reçu comme une immixtion dans la gestion.
- Le guide pratique AFA-PNF, prĂ©c., quoiquâil raisonne sur lâenquĂȘte menĂ©e par une entreprise sur ses propres salariĂ©s, fournit la matiĂšre de ces stipulations : information des personnes visĂ©es, conduite des entretiens, archivage et conservation des Ă©lĂ©ments recueillis, stricte confidentialitĂ©. Il nâexiste Ă ce jour aucun texte ni aucune ligne directrice qui rĂšgle la mĂȘme question lorsque lâenquĂȘte se dĂ©roule chez le cocontractant, sur les salariĂ©s dâautrui : la clause y supplĂ©e seule.
- Lâaffaire CoopĂ©rative U, prĂ©c., en donne lâillustration inverse : la demande dâaudit formĂ©e aprĂšs la rupture du partenariat a Ă©tĂ© analysĂ©e comme une mesure purement probatoire destinĂ©e Ă prĂ©parer un litige plutĂŽt quâĂ conserver une preuve, et lâarticle 145 du Code de procĂ©dure civile a Ă©tĂ© Ă©cartĂ©. Le contrat prĂ©voyait dâailleurs que lâaudit sâexĂ©cute « dans des conditions excluant toute communication dâinformations commerciales sensibles » : le cloisonnement est la premiĂšre des techniques. Sur lâusage ultĂ©rieur, CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 16 juin 2021, SPI International c/ EuropaCorp, RG n° 17/05010, donne la chaĂźne complĂšte â lâaudit Ă©tablit le manquement, le manquement nourrit la mise en demeure, la mise en demeure dĂ©clenche la clause rĂ©solutoire â et le rĂ©gime probatoire : le rapport fait foi tant que lâauditĂ© ne produit rien.
- Le Droit commun ne connaĂźt pas de catĂ©gorie nommĂ©e « clause accessoire » : la thĂ©orie de lâaccessoire joue entre biens, crĂ©ances et contrats, non entre stipulations dâun mĂȘme acte. Câest lâarticle 1184 du Code civil qui rĂšgle la divisibilitĂ©, et la doctrine consolidĂ©e retient une dualitĂ© hiĂ©rarchisĂ©e de critĂšres, tĂ©lĂ©ologique dâabord, subjectif ensuite : T. Genicon, « ConsĂ©quences de la nullitĂ© dâune clause sur le sort du contrat », et, du mĂȘme auteur, « De la nullitĂ© partielle Ă la clause rĂ©putĂ©e âpartiellementâ non Ă©crite » ; A. DâAdda, « NullitĂ© partielle, clause rĂ©putĂ©e non Ă©crite et intĂ©gration corrective du contrat », qui donne la lecture moderne du critĂšre : non plus la recherche dâune volontĂ© hypothĂ©tique, mais lâapprĂ©ciation objective du poids de la stipulation dans lâĂ©conomie de lâacte. Comparer, pour lâinterdĂ©pendance des contrats dâune mĂȘme opĂ©ration, Cass. ch. mixte, 17 mai 2013, n° 11-22.768 et n° 11-22.927. Aucune dĂ©cision ne statue Ă ce jour sur le sort dâune clause dâaudit aprĂšs la chute de la clause quâelle sert : le rapprochement est une construction, et il est assumĂ© comme tel.
- Câest la configuration dĂ©crite par Arnaud Lecourt Ă propos des rĂ©seaux de distribution (« La clause dâaudit », prĂ©c.), ainsi que par M. Martin Ă propos des licences de logiciel, qui qualifie expressĂ©ment cet audit dâaudit de conformitĂ© de lâusage des licences (« Pratique contractuelle. Contrats de lâinformatique. La clause dâaudit de licence », prĂ©c.). Sur lâimmunitĂ© au regard de lâarticle L. 442-1, I, 2°, du Code de commerce, la clause qui se borne Ă reprendre un texte clair et prĂ©cis y Ă©chappe, ce qui est censurĂ© Ă©tant « la dimension discrĂ©tionnaire et peu lisible » de la mesure et non son unilatĂ©ralitĂ© (Cass. com., 28 fĂ©vrier 2024 et Cass. com., 4 septembre 2024, rapportĂ©s par Jean-Christophe Roda, « Clause de compliance », in F. Buy, J. Heinich, M. Lamoureux, J. Mestre et J.-Ch. Roda, Les principales clauses des contrats dâaffaires, Lextenso - LGDJ, coll. « Droit et pratique professionnelle », 3e Ă©d., 2025, chapitre 17).
- Sur les monitoring clauses amĂ©ricaines, qui vont bien au-delĂ de la clause dâaudit classique â volume considĂ©rable dâinformations, transmission dâinformations confidentielles ensuite retransmises aux autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales avec perte des privileges, obligation de tenir livres et comptes ouverts plusieurs annĂ©es aprĂšs lâexĂ©cution, les clauses types audit right de Halliburton retenant quatre ans, vĂ©rification par le crĂ©ancier dans les locaux du dĂ©biteur ou par un monitor, frais intĂ©gralement Ă la charge de lâauditĂ©, rupture en cas de refus dâinspections pĂ©riodiques â v. J.-Ch. Roda, « Clause de compliance » (prĂ©c.). Sur les clauses types que la directive dite CS3D confie Ă la Commission, v. M. DâAngelo Petrucci, « RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires » (prĂ©c.)
- Câest le dĂ©placement quâopĂšrent les MCC 2.0, prĂ©c., qui imposent des obligations Ă lâacheteur lui-mĂȘme et abandonnent le modĂšle du contrĂŽle unilatĂ©ral, et que thĂ©orise Kishanthi Parella, « Contractual Stakeholderism », Boston University Law Review. Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), en fournit la dĂ©monstration a contrario : lâaudit subi engendre les techniques dâĂ©vitement, et les auditeurs ayant intĂ©rĂȘt Ă rassurer pour conserver leur mandat, le contrĂŽle dĂ©gĂ©nĂšre lorsquâil nâest pas perçu comme lĂ©gitime.
- Sur la conception europĂ©enne qui est ici dĂ©fendue, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026. Sur la conception amĂ©ricaine, telle que la traduisent les stipulations contractuelles, v. J.-Ch. Roda, « Clause de compliance », prĂ©c., sur les monitoring clauses ; J. L. Short, M. W. Toffel et A. R. Hugill, « Monitoring Global Supply Chains », Strategic Management Journal, vol. 37, n° 9, 2016, pp. 1878-1897 ; R. C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain », prĂ©c. Les Model Contract Clauses 2.0 (D. V. Snyder, S. Maslow et S. Dadush, prĂ©c.) et K. Parella, « Contractual Stakeholderism », prĂ©c., marquent au sein mĂȘme de la doctrine amĂ©ricaine le dĂ©placement vers la responsabilitĂ© partagĂ©e. Sur la conception chinoise, qui emploie les mĂȘmes techniques Ă des fins inverses, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, entretien avec O. Dufour, đŹÂ«Â La nouvelle loi de protection des donnĂ©es en Chine est un âanti-RGPDâ », Actu-Juridique, 2 septembre 2021 : les mĂ©canismes de Compliance y servent Ă obtenir lâobĂ©issance, lâĂtat Ă©tant soustrait aux contraintes quâil impose aux entreprises, quand le Droit europĂ©en fait de la protection de la personne le but mĂȘme du dispositif.
- La figure de lâorganisme tiers indĂ©pendant de la sociĂ©tĂ© Ă mission (articles L. 210-10 et L. 210-11 du Code de commerce) fournit un point de comparaison utile pour le choix de lâauditeur : v. S. Dupouy, « Le tiers face Ă la contractualisation de la compliance » (prĂ©c.)
- Lâexemple achevĂ© est celui de lâexternalisation bancaire : sur le fondement des articles 238 et 239 de lâarrĂȘtĂ© du 3 novembre 2014, la Commission des sanctions de lâACPR a sanctionnĂ© lâĂ©tablissement qui nâavait Ă©valuĂ© le risque nĂ© de lâexternalisation pour aucune de ses prestations essentielles externalisĂ©es, Ă©cartant lâargument tirĂ© de ce que les contrats nâen prĂ©voyaient pas : ACPR, Commission des sanctions, dĂ©cision n° 2023-02 du 9 octobre 2024, Tunisian Foreign Bank. La clause dâaudit y est la condition du respect des obligations prudentielles, non lâexpression dâune libertĂ© contractuelle. V. Ă©gal. supra § 24 sur la potestativitĂ©.
- Câest exactement ce qui sâest produit dans lâaffaire CoopĂ©rative U, prĂ©c. : la clause renvoyait au prĂ©sident du tribunal de commerce statuant en la forme des rĂ©fĂ©rĂ©s, procĂ©dure abrogĂ©e par lâordonnance du 17 juillet 2019 ; le juge sâest dĂ©clarĂ© sans pouvoir et la demande a Ă©tĂ© jugĂ©e irrecevable, lâarticle 145 du Code de procĂ©dure civile Ă©tant au surplus Ă©cartĂ© faute de nature conservatoire de la mesure au sens de lâarticle 31 de la convention de Lugano. V. supra § 24.
- La chaĂźne complĂšte est donnĂ©e par CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 16 juin 2021, SPI International c/ EuropaCorp, RG n° 17/05010, prĂ©c., qui retient aussi que le rapport fait foi tant que lâauditĂ© ne produit rien. Sur la gradation, Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), plaide pour une Ă©chelle â formation et remĂ©diation, avertissement formel, perte du statut de fournisseur prĂ©fĂ©rĂ©, dĂ©nonciation publique, rĂ©siliation en dernier rang â et ajoute le pouvoir de rĂ©compense ; Maxime DâAngelo Petrucci raisonne de mĂȘme en termes de riposte graduĂ©e, la directive dite CS3D imposant au demeurant la rupture lorsque le plan de mesures correctives ne peut raisonnablement aboutir (« RĂ©flexions sur lâessor des clauses de compliance dans les contrats dâaffaires », prĂ©c.). Sur la rupture, v. Ă©gal. Cass. com., 20 novembre 2019, Biomet, et CA Paris, 4 dĂ©cembre 2024, Carrefour, rapportĂ©s par Jean-Christophe Roda, « Clause de compliance » (prĂ©c.). Enfin, lâinsertion unilatĂ©rale dâune clause dâaudit sĂ©vĂšre peut coĂ»ter la relation sans ĂȘtre pour autant fautive : CA Paris, pĂŽle 5, ch. 4, 14 janvier 2026, Centre VidĂ©o Distribution c/ RDM Video, RG n° 24/04702, prĂ©c.
- Sur cette remontĂ©e des droits de la dĂ©fense dans le temps, quâopĂšre lâanticipation de la sanction, et sur ce quâelle exige des dispositifs de Compliance, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, đ« Circuler dans le temps pour mettre en phase Compliance et droits de la dĂ©fense », in đŽïžM.-A. Frison-Roche et đŽïžM. Boissavy (dir.), đCompliance et droits de la dĂ©fense. EnquĂȘte interne â CJIP â CRPC, JoRC et Dalloz, coll. « RĂ©gulations & Compliance », 2024, pp. 33-58.
- Robert C. Bird, « Contractual Deterrence and the Ethical Supply Chain » (prĂ©c.), relĂšve que les tĂȘtes de chaĂźne poursuivent rarement les manquements quâelles constatent, ce qui ruine lâeffet dissuasif de lâaudit ; lâobservation vaut a fortiori pour la remĂ©diation, qui suppose un engagement dans la durĂ©e. Rompre avec le fournisseur dĂ©faillant peut soulager lâentreprise assujettie de son risque juridique sans rien changer Ă la situation des personnes que lâObligation de Compliance a pour objet de protĂ©ger.
- Lâarticle 1189 du Code civil pose que « toutes les clauses dâun contrat sâinterprĂštent les unes par rapport aux autres, en donnant Ă chacune le sens qui respecte la cohĂ©rence de lâacte tout entier », son alinĂ©a 2 Ă©tendant la rĂšgle aux stipulations de plusieurs contrats concourant Ă une mĂȘme opĂ©ration ; lâarticle 1191 y ajoute lâeffet utile. Sur la cohĂ©rence prise comme principe directeur de la lecture du contrat, v. D. Houtcieff, Le principe de cohĂ©rence en matiĂšre contractuelle, prĂ©f. H. Muir Watt, Presses universitaires dâAix-Marseille, coll. « Institut de droit des affaires », 2001, 2 t. Sur lâarticulation des stipulations et des actes entre eux, v. Ă©gal. J.-B. Seube, LâindivisibilitĂ© et les actes juridiques, prĂ©c., et M. Cottet, Essai critique sur la thĂ©orie de lâaccessoire en droit privĂ©, prĂ©c., lâune et lâautre rapportant lâarticulation Ă la fonction que chaque Ă©lĂ©ment remplit dans lâopĂ©ration voulue, ce qui est exactement ce que la clause dâaudit de Compliance appelle.
- Le rapport remis au garde des Sceaux dĂ©veloppe cette conception : đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026, not. sur la distinction entre la conformitĂ©, qui appelle lâobĂ©issance, et la Compliance, qui appelle la participation des opĂ©rateurs cruciaux Ă la prĂ©servation des systĂšmes et Ă la protection des ĂȘtres humains qui y sont impliquĂ©s.
- Sur cette conception dâensemble, v. đŽïžM.-A. Frison-Roche, đïžDĂ©ployer le Droit de la Compliance pour renforcer la souverainetĂ© et accroĂźtre lâattractivitĂ© de la France avec lâEurope, Rapport au garde des Sceaux, ministre de la Justice, septembre 2026, prĂ©c.