Il est essentiel de distinguer les personnes et les choses. C'est une distinction de base dans notre système juridique, les personnes étant « sujets de droits » et les choses étant « objets de droit ». Mais cette distinction est aujourd'hui très incertaine. En effet, la notion de « personne » paraît artificielle, créée par le droit et donc disponible. En effet, est une « personne » ce qui est désigné par le droit comme un « titulaire de droits et d'obligations » (sujet de droits), comme peut l'être tout groupe accédant à la personnalité morale. Il est vrai que le droit va essayer de dépasser cette abstraction pour rapprocher cette notion de personne des êtres humains concrets qui sont jeunes ou vieux, hommes ou femmes, malades, etc. Mais on en reste à la distinction. Or, il est si efficace d'être une « personne », ne serait-ce que pour disposer des phénomènes qui sont mis par le droit dans la catégorie « chose » qu'il y a aujourd'hui de multiples prétendants pour accéder au statut juridique de personne. C'est le cas des animaux, ayant déjà gravi l'échelon de « l'être sensible », mais aussi la nature, les organisations étant depuis très longtemps des personnes morales (Etats, entreprises, etc.). Paradoxalement, c'est l'être humain qui fait les frais de cette évolution qui brouille pour l'instant la distinction entre les personnes et les choses, sans arriver à la remplacer par une nouvelle. En effet, l'être humain n'apparaît que très difficilement comme une catégorie autonome et suffisante du droit. Le masque de la personnalité étant tombé, le corps humain apparaît et sont remis en cause l'identité puisque l'apparence devient un critère, pour être aussitôt contestée au titre de l'identité sexuelle. En outre, la personne cessant d'être son corps, le droit se la représente comme ayant un corps, lequel devient une chose, dont elle dispose à volonté. Il s'agit tout d'abord de sa volonté, la personne disposant de son corps comme elle le veut. Puis, son corps, distancié d'elle-même, devient disponible, dès l'instant que la personne y consent (le consentement n'étant pas une notion assimilable à la volonté). Autrui peut alors en disposer par le consentement qu'en fait le « titulaire du corps ». Le marché des corps s'organise ainsi. Les enjeux de l'avenir de ce qui fût la distinction entre les personnes et les choses sont donc cruciaux.
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Doctrine
- BAUD, Jean-Pierre, Le droit de vie et de mort. Archéologie de la Bioéthique (extrait), 2001
- CARBONNIER, Jean, Etre ou ne pas être. Sur les traces du non-sujet de droit, 1989
- COHEN, Dany, Le droit à, 1999
- COHEN-JONATHAN, Gérard, L’individu comme sujet de droit international – Droit international des contrats et droit international des droits de l’homme, 2005
- FRISON-ROCHE, Marie-Anne et SEVE, René, L’art législatif et la personne située dans la législation française relative aux femmes, 2004
- LYON-CAEN, Gérard, Une vieillesse sans droit, 1991
Textes
- Article 16 du Code civil
- Article 521-1 du Code pénal
- Loi du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe
- article R. 1232-1 du Code de la santé publique
Jurisprudence
- Civ., 2ième, 28 janvier 1954, Comité d’établissement Saint-chamond (réalité de la personnalité morale)
- Civ. 1ère, 21 mai 1990
- CEDH, 25 mars 1992 (violation par la France du droit du transsexuel à la vie privée)
- Ass. Plén., 11 décembre 1992 (admission de la modification de l’Etat-civil du transsexuel)
- Conseil d’État, 27 octobre 1995 dit du lancer de nains (nullité absolue du contrat de lancer de nains)
- Conseil constitutionnel, QPC, 25 novembre 2011 (validité constitutionnelle de la franchise fiscale sur le droit de plaidoirie)
- Civ. 1ère, 7 juin 2012, Axel X
- Conseil constitutionnel, QPC, 21 septembre 2012, Association Comité Radicalement Anti-Corrida Europe et autre (validité de l'immunité pénale implicite de la tauromachie),
- CEDH, 26 juin 2014, Mennesson c/ France (condamnation de la France pour non-respect du droit à l'identité de l'enfant issu d'un contrat de gestation pour autrui réalisé à l'étranger)
- Cour suprême des Etats-Unis, 30 juin 2014, Holly Hobby (conformité à la Constitution américaine de la non-prise en charge par l'entreprise de moyens contraceptifs féminins en raison des convictions religieuses de l'entreprise elle-même)
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Les Grandes Questions pouvant aussi être abordées non plus en synthèse mais par de multiples questions, cette leçon en ouvre un certain nombre, qu'il est loisible d'approfondir, suivant l'intérêt que l'on a pour l'une ou l'autre.
On peut ainsi, dans le cheminement de cette leçon, se poser les question suivante !