Le droit est à la fois une technique, avec ses règles propres, et un système de valeurs qui sont formulées à travers le Droit. En cela, le droit ne peut pas ne pas être « dogmatique ». A la fois, c'est ce qui le rend grand mais c'est aussi ce qui le rend contestable et fragile. Ainsi, le droit français est construit sur la distinction du droit public et du droit privé, laquelle est présentée comme « naturelle », alors qu'elle est peu présente dans d'autres systèmes juridiques. Elle correspond en réalité à une conception française de l'État. La remise en cause dogmatique de celui-ci entraîne des bouleversements techniques dans le droit, comme la création des Autorités Administratives Indépendantes ou la soumission des personnes publiques au droit commun. On cherche à dépasser la distinction, par l'Europe ou les droits fondamentaux, dans ce qui serait une nouvelle unité, substantielle, du système juridique. L'autre dogmatisme juridique très puissant à l'oeuvre aujourd'hui est l'affirmation de l'absence de valeurs dans le droit, technique simplement « posée », le droit réduit à sa technicité : le « droit positif ». Ce positivisme a des conséquences considérables. Centrant toute l'attention sur la loi écrite, il détourne l'intérêt des pratiques d'application ou d'inapplication du droit. Le positivisme affirme une hiérarchie du droit sur le fait, ce qui conduit à insérer du droit partout, à une « passion du droit » et une indifférence par rapport aux faits. En outre, d'un point de vue moins sociologique et plus institutionnel, le positivisme identifie le droit et la loi, dans l'indifférence de la Constitution d'une part et du juge d'autre part. Cela ne correspond pas à la réalité. Pourtant, le positivisme ne recule guère. Quant à affirmer qu'un droit « naturel » existerait, les positivistes s'esclaffent…
© mafr
Figure
Doctrine
- Delvolvé, Pierre, La Cour d'appel de Paris, juridiction administrative, 1992
- Frison-Roche, Marie-Anne, Les Autorités Administratives Incomprises (A.A.I.), 2010
- Frison-Roche, Marie-Anne, Droit et Économie, 2010
- Guègan-Lécuyer, Anne, Vers une nomenclature des préjudices corporels enfin commune aux deux ordres de juridictions 2014
- Kantorowicz, Ernest, Les deux corps du roi (extraits)
- Vedel, Georges, Aspects généraux et théoriques, in L''unité du droit, 1996
Textes
- Article 5 du Code civil
- Article 1134 al. 1 du Code civil
- Article 1382 du Code Civil
- Lois des 16 et 26 août 1790 sur l'organisation judiciaire
- Décret-loi du 16 Fructidor An III (2 septembre 1795)
- Loi du 29 mars 2014 visant à reconquérir l'économie réelle
- Loi du 4 août 2014 sur l'égalité réelle entre hommes et femmes
Jurisprudence
- Tribunal des conflits, 8 février 1873, Blanco
- Conseil constitutionnel, 23 janvier 1987, Conseil de la concurrence
- Com. 8 avril 2014, Musée National des Arts Asiatiques – Guimet
____
Les Grandes Questions pouvant aussi être abordées non plus en synthèse mais par de multiples questions, cette leçon en ouvre un certain nombre, qu'il est loisible d'approfondir, suivant l'intérêt que l'on a pour l'une ou l'autre.
En ouvrant une question particulière par un clic sur son intitulé, on accède à un développement pour chacune d'elles, des accès à du droit positif – textes et jurisprudences, rapports administratifs, discours, ainsi qu'à des travaux de doctrine présentés.
On peut ainsi, dans le cheminement de cette leçon, se poser les question suivante :
- L'arrêt Blanco est-il encore d'actualité ?
- Qui pose ce qu'est un fait en droit ?
- Est-ce une erreur que d'affirmer qu'une loi est tombée en
désuétude ?