Les entreprises construisent le marché de l'humain, nouvel eldorado. Elles procèdent à la "création d'un
marché par l'offre" : dans un premier temps elles fabriquent d'abord une
offre, à savoir des bébés disponibles sur plan (GPA), du matériel génétique pour les fabriquer sur mesure (gamètes, ovocytes, etc.). Ensuite, elles suscitent la demande. Elles dépensent beaucoup d'argent en publicité, mettant en photo sur les sites des
personnes âgées qualifiées de « futurs parents », ce qui suscite effectivement une « demande » chez des personnes qui n'auraient pas songé à avoir des bébés, parce que trop âgés pour cela mais qui désormais y pensent, voire en rêvent, voire en souffrent
1Sur la sophistique consistant à faire ainsi passer pour "innocents" les adultes qui mettent en esclavage les femmes, mais qui sont "innocents" parce qu'ils ont eux-mêmes "tant souffert", leur souffrance mise en exergue par les agences effaçant ce qui aurait pu leur être reprocher comme comportement libre et dommageable sur un autre être humain : La sophistique de l'innocence. . Et la publicité, partition toute faite de notes de bonheur, de sourires, de joie de vivre et de vie privée réussie dans un cocon familial dans lequel l'extérieur ne saurait interférer (par exemple l’État, cette structure qui serait par essence « totalitaire ») construit ainsi dans un second temps la
demande. Puis dans un troisième temps, les entreprises conduisent cette demande artificiellement créée vers une offre que les entreprises avaient préalablement établie. Les entreprises dénient avoir exercé tout pouvoir : elles affirment "
suivre les pratiques", se contentant de « répondre à la demande ». L'effet sophistique est ici l'inversion de la chronologie
2Sur la sophistique juridique mise en place et développée avec méthode et discrétion par les entreprises pour construire le marché de l'humain, v. Frison-Roche, M.A., La sophistique juridique de la GPA, 2016.. Rien n'est plus puissant que ce qu'il convient d'appeler la sophistique du Fait
3Dans "l'ordre du discours", la maternité était un fait et l'on était d'accord sur le caractère historiquement construit du Marché. Une stratégie consiste aujourd'hui à transformer le marché en "fait", non discutable à ce titre, tandis que la maternité serait un "fait social", voire un "fait politique", et donc une construction, qu'il conviendrait de "déconstruire" et dont l'on pourrait disposer, par exemple si les femmes y "consentent". Ainsi, les femmes pourraient, par l'exercice de leur liberté individuelle disposer de cette "construction" qu'est la modernité pour aller sur ce fait dont nul ne pourrait disposer qu'est le Marché. Sur ce retournement de situation, proprement révolution, v. par ex., La Maternité face au Marché, 2014 ; Le Droit let le Marché : une épreuve humaine, 2015. : les entreprises présentent le « désir d'enfant », même quand on est seul, même quand on est vieux, comme un « fait acquis », auquel elles se conteraient de « répondre » d'une façon « neutre ». Alors qu'elles ont construit entièrement le marché par l'offre… Pourquoi pas. La construction des marchés par l'offre est une façon d'innover, sans doute la meilleure.
Mais les entreprises ont un problème : le Droit. En effet, le Droit s'oppose à ce dynamisme, pourtant si bien servi par cette stratégie qui ouvre la perspective de tant de revenus financiers pour les entreprises et leurs divers conseils. En effet, c'est l'être humain qui est la matière première de ce grand plan : c'est l'être humain qui constitue le nouvel « or noir ». Ce sont les femmes qui en sont les premières victimes : ovocytes à vendre, ventres à disposition. Ce projet qui sous des couleurs pastels et des sourires se met en place est au sens littéral inhumain. Le Droit s'y oppose. Il s'y oppose depuis toujours,
même sans texte de loi particulier. Il s'y oppose de plus en plus. Les pays dont la population est plus particulièrement victimes des entreprises vampires ont adopté des lois nouvelles pour interdire la pratique de la maternité de substitution (GPA). Les lois sont adoptées les unes après les autres, par l'Inde, par le Népal, par la Malaisie. Mais il ne s'agit pas que de défendre les pauvres, il s'agit de défendre l'idée même de personne. C'est pourquoi
la Suède bouge pour lutter contre cette pratique alors que les femmes suédoise sont suffisamment riches pour n'être pas réduites à être « porteuses », c'est-à-dire à n'être plus rien pour l'enfant. C'est aussi pourquoi le
Sénat français vient, le 11 février 2016, dans un rapport d'information commun à la gauche comme à la droite, de demander le renforcement de dispositif contre la GPA pour la raison simple que l'esclavage est exclu dans une société civilisée Comment dès lors convaincre ? Les entreprises tout d'accord
placent leurs propres conseillers comme « experts » auprès des organismes publics. Cela facilite. Ensuite, elles évitent d'aborder frontalement la question de la GPA. Car qui peut de bonne foi être favorable à cette mise en esclavage des femmes et à cette cession organisée par avance d'un enfant, même gratuitement ? Personne. La tactique de sophistique juridique ici mise en oeuvre consiste à faire un détour en allant du côté d'un mécanisme juridique que tout le monde approuve et veut développer : l'adoption. Puis à dire que finalement, l'adoption et la GPA, c'est un peu (un peu, beaucoup) pareil. Comme c'est habile …. Car, justement, comme cela tombe bien, la Conférence de la Haye est en train de réfléchir sur la question de la GPA. Et que disent les « experts » qui s'y connaissent dans des questions juridiques très techniques que le commun des mortels ne peut pas comprendre ? Ils proposent de « calquer » ce qui devrait être un nouveau régime de la « GPA internationale » sur le régime, déjà établi par une Convention internationale en vigueur, régissant « l'adoption internationale ». Car GPA et adoption, cela se ressembleraient et l'on pourrait donc prendre le régime de l'un pour l'appliquer à l'autre. Croyez-en les experts en Droit, ils sont neutres et savants ! Mais la GPA, c'est l'opposé de l'adoption. Ci-dessous d'une façon plus développée le rappel de la résistance de principe et accrue du Droit face à la pratique de la maternité de substitution (
I), face à quoi les entreprises diffusent une stratégie de sophistique juridique pour assimiler GPA et adoption (
II), alors même que la GPA et l'adoption sont deux mécanismes juridiques opposés
(III).