âș RĂ©fĂ©rence complĂšte : A.-V. Le Fur, « Interest and âraison dâĂȘtreâ of the Company: How Does It Fit Together with the Compliance Monumental Goals?« , in M.-A. Frison-Roche (ed.), Compliance Monumental Goals, coll. « Compliance & Regulation« , 
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âș RĂ©sumĂ© de l’article (fait par l’auteure) : Les sociĂ©tĂ©s auraient une Ăąme. Le lĂ©gislateur le pense puisque la loi dite Pacte du 22 mai 2019 oblige les dirigeants Ă agir dans lâintĂ©rĂȘt social et permet aux sociĂ©tĂ©s de se doter d’une raison d’ĂȘtre. Quant au droit de la compliance, il compte sur les entreprises pour sauver le monde de la corruption, de lâesclavage, du terrorisme, du rĂ©chauffement climatiqueâŠ, pour atteindre ainsi des buts monumentaux.
De prime abord, les contours de lâintĂ©rĂȘt social et de la raison dâĂȘtre ne sont guĂšre Ă©loignĂ©s des buts monumentaux de la compliance. GuĂšre surprenant, puisque lâobjectif qui a prĂ©sidĂ© Ă leur introduction dans le Code civil est le mĂȘme que celui sous-jacent au droit de la compliance : repenser la place de lâentreprise dans la sociĂ©tĂ©, en affirmant des valeurs ou des prĂ©occupations de long terme. VoilĂ donc une raison de faire appel Ă ces notions du droit des sociĂ©tĂ©s dans le cadre dâune radioscopie de la notion mĂȘme de buts monumentaux.
Or, une premiĂšre approche, comparative, sâavĂšre dĂ©cevante. Les divergences entre les notions sociĂ©taires et la compliance conduisent Ă considĂ©rer que le droit des sociĂ©tĂ©s nâa pas vocation Ă imposer autre chose quâun ordre public sociĂ©taire. Notions plus philosophiques que juridiques, intĂ©rĂȘt social et raison dâĂȘtre se voient attribuer des fonctions qui limitent leur portĂ©e. LâimpĂ©rativitĂ© des rĂšgles sociĂ©taires, et câest une consĂ©quence de ce qui prĂ©cĂšde, nâest pas comparable avec celle de la compliance : incertaine, elle est Ă©galement relative lorsque quâon la compare avec la « violence » des rĂšgles de compliance. Lâimpact des notions dâintĂ©rĂȘt social et de raison dâĂȘtre reste donc principalement interne Ă la sociĂ©tĂ©.
Mais, selon une seconde approche, il nâest pas exclu quâintĂ©rĂȘt social et raison dâĂȘtre- autorisent une meilleure apprĂ©hension de valeurs supĂ©rieures et universelles par le droit des sociĂ©tĂ©s. LâintĂ©rĂȘt social peut intĂ©grer les buts monumentaux de la compliance tandis que la raison dâĂȘtre peut constituer une perspective de rĂ©alisation de ces buts.
Lâenjeu nâest pas des moindres : lorsque lâintĂ©rĂȘt de la sociĂ©tĂ©, en tant que personne morale et agent Ă©conomique autonome, rejoint les buts monumentaux, on dĂ©multiplie les moyens dâatteindre ceux-ci en les internalisant dans toutes les sociĂ©tĂ©s, et pas seulement celles de grande taille. Reste quâen dĂ©pit de toutes les bonnes intentions, une sociĂ©tĂ© n’est gouvernable que si la boussole ne devient pas une girouette insaisissable et indĂ©cise ; en dâautres termes, si la sĂ©curitĂ© juridique est respectĂ©e. Câest pourquoi, un ordonnancement juridique des notions en prĂ©sence sâimpose, ce qui conduit in fine à suggĂ©rer leur domaine, leur contenu et leur portĂ©e. Â
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