{"id":112041,"date":"2023-02-02T12:00:00","date_gmt":"2023-02-02T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mafr.fr\/actualites\/lignes-de-force-de-louvrage-la-juridictionnalisati-2\/"},"modified":"2026-09-23T12:16:22","modified_gmt":"2026-09-23T12:16:22","slug":"main-lines-jurisdictionalisation-of-compliance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mafr.fr\/en\/publications\/articles\/articles-jorc\/main-lines-jurisdictionalisation-of-compliance\/","title":{"rendered":"\ud83d\udcddLignes de force de l&#8217;ouvrage La juridictionnalisation de la Compliance, in \ud83d\udd74\ufe0fM.-A. Frison-Roche (ed.), \ud83d\udcd5La juridictionnalisation de la Compliance"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;ouvrage \ud83d\udcd5<em>La juridictionnalisation de la compliance&nbsp;<\/em>rel&egrave;ve un d&eacute;fi&nbsp;: comment comprendre, mettre en coh&eacute;rence et anticiper l&rsquo;&eacute;volution d&rsquo;un droit qui tout &agrave; la fois se caract&eacute;rise comme un ensemble de m&eacute;canismes qui se d&eacute;veloppent au sein des entreprises, en&nbsp;<em>ex&nbsp;ante<\/em>, ayant pour effet, voire pour objet, d&rsquo;&eacute;viter le juge, alors qu&rsquo;on ne cesse, jour apr&egrave;s jour, de lire de nouvelles d&eacute;cisions de justice en la mati&egrave;re&nbsp;? Sanctions, contr&ocirc;les, recours,&nbsp;<em>deals<\/em>&nbsp;: les juges et les avocats sont partout dans les m&eacute;canismes de compliance, cr&eacute;ant des situations in&eacute;dites, parfois sans solution encore disponible. Alors m&ecirc;me que la compliance avait &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue pour &eacute;viter le juge et produire de la s&eacute;curit&eacute; en &eacute;vitant le conflit.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette&nbsp;<em>juridictionnalisation&nbsp;<\/em>est donc nouvelle&nbsp;; est-elle signe d&rsquo;un &eacute;chec ou bien d&rsquo;une maturit&eacute; de cette nouvelle branche du Droit&nbsp;? L&rsquo;ouvrage montre que d&egrave;s l&rsquo;instant que l&rsquo;on ne con&ccedil;oit pas la compliance comme une m&eacute;canique sans &acirc;me d&rsquo;application automatique de r&eacute;glementations, mais comme un syst&egrave;me dont l&rsquo;esprit et la normativit&eacute; s&rsquo;ancrent dans les buts monumentaux vers lesquels tous convergent, la&nbsp;<em>juridictionnalisation de la compliance<\/em>&nbsp;est au contraire le signe de sa maturit&eacute;. Montrer cela malgr&eacute; les multiples difficult&eacute;s techniques et anticiper l&rsquo;avenir du droit de la compliance, dans lequel le juge et les auxiliaires de justice seront au contraire au centre, est le d&eacute;fi relev&eacute; par cet ouvrage. En cela, il s&rsquo;articule profond&eacute;ment avec l&rsquo;ouvrage pr&eacute;c&eacute;dent sur&nbsp;<em>Les buts monumentaux de la compliance<\/em>, car c&rsquo;est pour concr&eacute;tiser ceux-ci qu&rsquo;autorit&eacute;s publiques, entreprises et juges font alliance, de la m&ecirc;me fa&ccedil;on qu&rsquo;il s&rsquo;articule profond&eacute;ment avec les deux ouvrages qui suivront, en premier lieu&nbsp;<em>L&rsquo;obligation de compliance<\/em>, ouvrage qui vise principalement le contrat car celui-ci est une fa&ccedil;on de se contraindre pour atteindre ces buts, le juge &eacute;tant celui qui contr&ocirc;le cet instrument. En second lieu,&nbsp;<em>Le syst&egrave;me probatoire de la Compliance<\/em>, car la preuve est concr&egrave;tement le premier enjeu non seulement juridique mais encore financier, manag&eacute;rial et soci&eacute;tal de la compliance.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;ouvrage s&rsquo;ouvre sur un article de conception g&eacute;n&eacute;rale de<strong>&nbsp;<\/strong>\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Marie-Anne Frison-Roche :&nbsp;<\/strong>\ud83d\udcdd<strong>Conforter le r&ocirc;le du juge et de l<em>&rsquo;avocat pour imposer la compliance comme caract&eacute;ristique de l&rsquo;&Eacute;tat de droit.&nbsp;<\/em><\/strong>En effet, l&rsquo;on peut comprendre que les m&eacute;canismes de compliance sont per&ccedil;us par beaucoup avec hostilit&eacute; parce qu&rsquo;ils paraissent con&ccedil;us pour &eacute;loigner le juge, alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;&Eacute;tat de droit sans juge. Il est exact que des arguments solides pr&eacute;sentent les techniques de compliance comme convergeant vers l&rsquo;inutilit&eacute; du juge, la premi&egrave;re partie de cet article exposant la solidit&eacute; de ces arguments. Certes, on croise des magistrats, et de toutes sortes, et de tr&egrave;s puissants, mais cela peut &ecirc;tre signe d&rsquo;imperfection&nbsp;: lorsque sa logique&nbsp;<em>ex&nbsp;ante&nbsp;<\/em>se sera d&eacute;ploy&eacute;e dans toute son efficacit&eacute;, le juge ne sera plus requis&hellip; et l&rsquo;avocat dispara&icirc;tra donc avec lui. Cette perspective d&rsquo;un monde sans juge, sans avocat et finalement sans Droit, o&ugrave; des algorithmes pourraient organiser par de multiples&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;en&nbsp;<em>ex&nbsp;ante&nbsp;<\/em>la &laquo;&nbsp;conformit&eacute;&nbsp;&raquo; de tous nos comportements &agrave; toute la masse r&eacute;glementaire qui nous est applicable, suppose que l&rsquo;on d&eacute;finisse cette nouvelle branche du Droit comme la concentration des&nbsp;<em>process&nbsp;<\/em>qui donne pleine efficacit&eacute; &agrave; toutes les r&egrave;gles, sans consid&eacute;ration de leur teneur. &Agrave; supposer que ce r&ecirc;ve d&rsquo;ing&eacute;nieur soit m&ecirc;me r&eacute;alisable, l&rsquo;on ne peut faire ainsi l&rsquo;&eacute;conomie des juges et des avocats.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est pourquoi la seconde partie de l&rsquo;article montre qu&rsquo;il est imp&eacute;rieux de reconna&icirc;tre leurs apports au droit de la compliance, apports li&eacute;s et inestimables. Tout d&rsquo;abord parce qu&rsquo;un pur&nbsp;<em>ex&nbsp;ante&nbsp;<\/em>n&rsquo;a jamais exist&eacute; et que m&ecirc;me au temps des l&eacute;gistes, il fallait encore des personnes pour interpr&eacute;ter les r&egrave;glements, car un ordre juridique doit toujours &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute; en&nbsp;<em>ex&nbsp;post<\/em>&nbsp;par celui qui doit de toutes les fa&ccedil;ons r&eacute;pondre aux questions que lui posent les sujets de droit, d&egrave;s l&rsquo;instant que le syst&egrave;me politique admet d&rsquo;attribuer &agrave; ceux-ci le droit de former des pr&eacute;tentions devant un juge. Ensuite l&rsquo;avocat, dont l&rsquo;office bien qu&rsquo;articul&eacute; &agrave; celui du juge, est distinct de celui-ci, &agrave; la fois plus restreint et plus large, puisqu&rsquo;il doit appara&icirc;tre dans tous les cas o&ugrave; la figure juridictionnelle se met en place. Or, le droit de la compliance a multipli&eacute; celle-ci puisque non seulement, prolongeant en cela le droit de la r&eacute;gulation, il confie de nombreux pouvoirs aux autorit&eacute;s administratives, mais encore il transforme les entreprises en juge, ce &agrave; quoi l&rsquo;avocat doit faire face. Plus encore, le droit de la compliance ne prend son sens qu&rsquo;&agrave; partir des buts monumentaux qu&rsquo;il sert. C&rsquo;est en cela que cette branche du Droit pr&eacute;serve la libert&eacute; des &ecirc;tres humains, notamment dans l&rsquo;espace num&eacute;rique o&ugrave; les techniques de compliance les prot&egrave;gent de la puissance des entreprises par l&rsquo;usage que le Droit contraint ces entreprises de faire de cette puissance m&ecirc;me. Or, en premier lieu, ce sont les juges qui, dans leur diversit&eacute;, imposent comme r&eacute;f&eacute;rence la protection des &ecirc;tres humains, soit comme limite &agrave; la puissance des outils de compliance soit comme finalit&eacute; m&ecirc;me de ceux-ci. En second lieu, l&rsquo;avocat, l&agrave; encore se distinguant du juge, au besoin vient rappeler que toutes les parties dont les int&eacute;r&ecirc;ts sont impliqu&eacute;s doivent &ecirc;tre prises en consid&eacute;ration. Dans un Droit toujours plus souple et dialogal, chacun se pr&eacute;sente comme &laquo;&nbsp;l&rsquo;avocat&nbsp;&raquo; de tel ou tel but monumental&nbsp;: l&rsquo;avocat est l&eacute;gitime &agrave; &ecirc;tre le premier &agrave; occuper cette place.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">&Agrave; partir de l&agrave;, l&rsquo;ouvrage se d&eacute;ploie en<strong>&nbsp;4&nbsp;parties<\/strong>. La&nbsp;<strong>premi&egrave;re partie<\/strong>&nbsp;cst consacr&eacute; &agrave; ce qui est sp&eacute;cifique au droit de la compliance&nbsp;: la transformation des entreprises en procureur et juge d&rsquo;elles-m&ecirc;mes, voire des&nbsp;autres, le titre m&ecirc;me de ce chapitre montrant &agrave; tous l&rsquo;oxymore&nbsp;:&nbsp;<strong><em>L&rsquo;entreprise institu&eacute;e procureur et juge d&rsquo;elle-m&ecirc;me par le droit de la compliance<\/em><\/strong>. Puisque la figure du juge est donc pr&eacute;sente, la proc&eacute;dure ne peut que faire son apparition, de gr&eacute; ou de force.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est pourquoi la&nbsp;<strong>deuxi&egrave;me partie<\/strong>&nbsp;a pour objet d&rsquo;&eacute;tudier les interf&eacute;rences qui se d&eacute;veloppent entre le droit processuel et les techniques de compliance, sous le titre&nbsp;:&nbsp;<strong><em>Le droit processuel &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre dans le droit de la compliance.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">S&rsquo;appuyant sur les chapitres pr&eacute;c&eacute;dents, la&nbsp;<strong>troisi&egrave;me partie<\/strong>&nbsp;peut &eacute;largir le spectre de l&rsquo;analyse sur un th&egrave;me non seulement d&rsquo;actualit&eacute; mais surtout d&rsquo;avenir&nbsp;:&nbsp;<strong><em>L&rsquo;articulation de la compliance et de l&rsquo;arbitrage international<\/em><\/strong>. Ce chapitre y mesure l&rsquo;emprise des raisonnements et des exigences du droit de la compliance dans des modes de r&eacute;solution des litiges o&ugrave; il n&rsquo;&eacute;tait pas, sauf exception, pr&eacute;sent, mais o&ugrave; il a un grand avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cela permet &agrave; la&nbsp;<strong>quatri&egrave;me partie&nbsp;<\/strong>de revenir en boucle sur ce par quoi a d&eacute;but&eacute; l&rsquo;ouvrage&nbsp;:&nbsp;<strong><em>Le juge dans le droit de la compliance.&nbsp;<\/em><\/strong>Parce que proc&egrave;s et jugement sont indissociables, parce que techniques juridiques et &Eacute;tat de droit ne doivent pas l&rsquo;&ecirc;tre et que les techniques de compliance pourraient paradoxalement &ecirc;tre l&rsquo;arme de leur dissociation, parce que le pouvoir de juger et les proc&eacute;dures qui l&rsquo;entourent ne doivent pas &ecirc;tre dissoci&eacute;s, parce que compliance et &Eacute;tat de droit doivent &ecirc;tre pens&eacute;s et pratiqu&eacute;s ensuite, la mont&eacute;e en puissance de l&rsquo;un devant &ecirc;tre le signe de la mont&eacute;e en puissance de l&rsquo;autre, et non le prix de l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;&Eacute;tat de droit, ce qui implique de non seulement penser la place des diff&eacute;rents juges mais encore d&rsquo;ajuster leur office &agrave; ce que requiert par ailleurs le droit de la compliance des entreprises et des autorit&eacute;s publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align:center\">____<\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>Partie I.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>L&rsquo;entreprise institu&eacute;e procureur et juge d&rsquo;elle-m&ecirc;me et d&rsquo;autrui par le droit de la compliance<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Marie-Anne Frison-Roche<\/strong>&nbsp;traite directement l&rsquo;oxymore impos&eacute; &agrave; l&rsquo;entreprise par le droit de la compliance&nbsp;: \ud83d\udcdd<strong><em>Le &laquo;&nbsp;jugeant-jug&eacute;&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>, l&rsquo;enjeu &eacute;tant d&rsquo;<strong><em>Articuler les mots et les choses face &agrave; l&rsquo;&eacute;prouvant conflit d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts<\/em><\/strong>. Avant m&ecirc;me d&rsquo;aborder la situation de l&rsquo;entreprise, ainsi plac&eacute;e comme &laquo;&nbsp;jugeant-jug&eacute;e&nbsp;&raquo; par le droit de la compliance, parce que l&rsquo;enjeu est avant tout celui de la qualification ad&eacute;quate, l&rsquo;article pose en pr&eacute;alable qu&rsquo;il faut garder &agrave; l&rsquo;esprit trois principes&nbsp;: ce qu&rsquo;est le Droit dans sa corr&eacute;lation avec la r&eacute;alit&eacute;, lui confiant le soin de garder, m&ecirc;me par rapport &agrave; son propre pouvoir, de conserver un lien minimal avec la r&eacute;alit&eacute; ou de restaurer le lien entre les mots et les choses, gr&acirc;ce &agrave; la qualification&nbsp;; ce qu&rsquo;est l&rsquo;activit&eacute; de &laquo;&nbsp;juger&nbsp;&raquo; et son corollaire, la proc&eacute;dure, obligeant le Droit &agrave; travers ce qu&rsquo;en disent les tribunaux, &agrave; qualifier de &laquo;&nbsp;juge&nbsp;&raquo; celui qui juge pour mieux le contraindre par le droit processuel&nbsp;; ce qu&rsquo;est la personnalit&eacute; morale, notion qui permet &agrave; l&rsquo;entreprise de se d&eacute;doubler et para&icirc;t ainsi tr&egrave;s commode pour sanctionner un collaborateur, voire un mandataire social, mais qui va &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;hostilit&eacute; syst&eacute;mique du droit de la compliance &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de cette notion. Ayant cela en perspective, l&rsquo;article montre en premier lieu comment le Droit &laquo;&nbsp;d&eacute;masque&nbsp;&raquo; les entreprises qui jugent et sanctionnent en pr&eacute;tendant ne pas le faire, qualification impos&eacute;e pour contraindre les entreprises &agrave; respecter les principes processuels au b&eacute;n&eacute;fice de ceux qui sont poursuivis ou jug&eacute;s par elles. Cela devient acrobatique lorsque la personne morale se poursuit elle-m&ecirc;me, non seulement en application de la loi, mais aussi par exemple au nom du contrat ou au nom de l&rsquo;&eacute;thique ou de la raison d&rsquo;&ecirc;tre. Les juges le font n&eacute;anmoins, le droit de la compliance reprenant toutes les solutions que la jurisprudence a d&eacute;gag&eacute;es dans le droit de la r&eacute;gulation concernant les autorit&eacute;s administratives de r&eacute;gulation, selon un raisonnement fonctionnel, &agrave; reprendre ici, le droit de la compliance prolongeant encore une fois ici le droit de la r&eacute;gulation. Cette transposition permet de justifier le cumul des pouvoirs par les entreprises qui, devant admettre l&rsquo;ampleur de ces pouvoirs exerc&eacute;s, doivent donc s&rsquo;organiser pour que les conflits d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts structurels qu&rsquo;ils engendrent soient pourtant r&eacute;solus. Pour cela, la notion &agrave; la fois centrale et suffisante est l&rsquo;impartialit&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La seconde partie de l&rsquo;article expose la fa&ccedil;on dont les entreprises peuvent se poursuivre et se juger elles-m&ecirc;mes, d&rsquo;une fa&ccedil;on pourtant impartiale. Si l&rsquo;on consid&egrave;re que l&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sme &eacute;thique, consistant &agrave; se punir soi-m&ecirc;me avec impartialit&eacute; pour que pr&eacute;valent des int&eacute;r&ecirc;ts autres que le sien, ne peut suffire &agrave; b&acirc;tir un syst&egrave;me et &agrave; le soutenir dans la dur&eacute;e, tout est donc dans l&rsquo;art de la distance, qu&rsquo;il faut reconstituer au sein m&ecirc;me de l&rsquo;entreprise &laquo;&nbsp;jugeante-jug&eacute;e&nbsp;&raquo;. Pour ne pas sacrifier la coh&eacute;rence du droit de la compliance, qui ne peut plus donner de force &agrave; la personnalit&eacute;, il faut que l&rsquo;entreprise organise des distances entre qui juge et qui est jug&eacute; sans pour autant recourir &agrave; la personnalit&eacute; morale. Si l&rsquo;on ne pense pas que les &laquo;&nbsp;machines impartiales&nbsp;&raquo;, telles que les adeptes de l&rsquo;intelligence artificielle les promettent, puissent &ecirc;tre une perspective consistante, il faut davantage approfondir des perspectives comme celles des structures internes de m&eacute;diation, voire des structures externes dont l&rsquo;<em>Oversight Board<\/em>&nbsp;de Meta est la premi&egrave;re exp&eacute;rience. La perspective la plus riche demeure celle du recours &agrave; des tiers humains, en distinguant les diff&eacute;rents int&eacute;r&ecirc;ts, voire divergents, en cause dans la mise en &oelig;uvre des outils de la compliance, par exemple les enqu&ecirc;tes internes, chacun de ces int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;tant d&eacute;fendu par un conseil qui lui est propre, notamment un avocat.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Prenant la situation davantage en amont, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>C&eacute;cile Granier<\/strong>&nbsp;&eacute;tudie \ud83d\udcdd<strong><em>La jurisprudence des entreprises institu&eacute;es juges et procureurs d&rsquo;elles-m&ecirc;mes par le droit de la compliance<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Parce qu&rsquo;elle bouscule les cadres &eacute;tablis, la compliance oblige &agrave; envisager sous un jour nouveau certaines notions qui paraissaient pourtant jusqu&rsquo;alors bien apprivois&eacute;es. C&rsquo;est notamment le cas de la jurisprudence. Les d&eacute;veloppements r&eacute;cents de la compliance conduisent en effet &agrave; se demander s&rsquo;il n&rsquo;existerait pas une &laquo;&nbsp;jurisprudence&nbsp;&raquo; qui serait produite par les entreprises &agrave; l&rsquo;occasion de la mise en &oelig;uvre de proc&eacute;d&eacute;s de compliance. De prime abord, le concept de &laquo;&nbsp;jurisprudence des entreprises&nbsp;&raquo; peut appara&icirc;tre contre nature tant la jurisprudence est traditionnellement appr&eacute;hend&eacute;e comme le fruit de l&rsquo;office du juge et, plus particuli&egrave;rement, du juge &eacute;tatique. Pourtant, le constat selon lequel l&rsquo;entreprise peut se positionner comme un juge &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;elle-m&ecirc;me et des autres dans le cadre de la mise en &oelig;uvre de la compliance conduit l&eacute;gitimement &agrave; s&rsquo;interroger sur la possibilit&eacute; pour cette derni&egrave;re de produire de la jurisprudence. L&rsquo;exemple du conseil de surveillance de Facebook et des premi&egrave;res d&eacute;cisions rendues par cette instance accro&icirc;t la l&eacute;gitimit&eacute; de cette interrogation.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Penser le concept de &laquo;&nbsp;jurisprudence des entreprises&nbsp;&raquo; induit de comparer le processus d&rsquo;&eacute;mergence de la norme jurisprudentielle &eacute;manant du juge avec le processus d&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;une &laquo;&nbsp;norme jurisprudentielle&nbsp;&raquo; qui serait produite par les entreprises &agrave; l&rsquo;occasion de leurs fonctions &laquo;&nbsp;juridictionnelles&nbsp;&raquo;. Sur le plan mat&eacute;riel, une analogie entre la jurisprudence &eacute;tatique et une jurisprudence des entreprises semble concevable. Reste alors &agrave; surmonter un obstacle de nature organique&nbsp;: une institution autre que le juge peut-elle &ecirc;tre appr&eacute;hend&eacute;e comme produisant de la jurisprudence&nbsp;? Au regard des &eacute;volutions contemporaines du droit et de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pratique qu&rsquo;il existe &agrave; concevoir une jurisprudence des entreprises, il semble opportun d&rsquo;adopter une vision &eacute;largie de la jurisprudence, qui soit d&eacute;tach&eacute;e du traditionnel crit&egrave;re organique. Il semble donc qu&rsquo;il soit possible mais surtout qu&rsquo;il faille penser le concept de &laquo;&nbsp;jurisprudence des entreprises&nbsp;&raquo;, afin de mettre en lumi&egrave;re une nouvelle facette du pouvoir normatif des entreprises dans le cadre de la compliance en vue notamment de son encadrement.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette puissance des op&eacute;rateurs, venue notamment de l&rsquo;espace num&eacute;rique qu&rsquo;elles ont elles-m&ecirc;mes con&ccedil;u et construit, est aussi le point de d&eacute;part de \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Luc-Marie Augagneur<\/strong>, examinant \ud83d\udcdd<strong><em>Le traitement r&eacute;putationnel par et sur les plateformes<\/em><\/strong>. Il expose que les grandes plateformes se trouvent plac&eacute;es en arbitre de l&rsquo;&eacute;conomie de la r&eacute;putation (r&eacute;f&eacute;rencement, notori&eacute;t&eacute;) dans laquelle elles agissent elles-m&ecirc;mes. Malgr&eacute;, le plus souvent, de faibles enjeux unitaires, la juridictionnalit&eacute; de la r&eacute;putation repr&eacute;sente des enjeux agr&eacute;g&eacute;s importants. Les plateformes sont ainsi conduites &agrave; d&eacute;tecter et appr&eacute;cier les manipulations de r&eacute;putation (par les utilisateurs&nbsp;: SEO, faux avis, faux&nbsp;<em>followers<\/em>&nbsp;; ou par les plateformes elles-m&ecirc;mes, comme l&rsquo;a mis en lumi&egrave;re la d&eacute;cision&nbsp;<em>Google Shopping<\/em>&nbsp;rendue par la Commission europ&eacute;enne en 2017) qui sont mises en &oelig;uvre &agrave; grande &eacute;chelle avec des outils algorithmiques. L&rsquo;identification et le traitement des manipulations ne sont eux-m&ecirc;mes possibles qu&rsquo;au moyen d&rsquo;outils d&rsquo;intelligence artificielle, dont l&rsquo;article donne de nombreux exemples. Or, cette juridictionnalit&eacute; de la r&eacute;putation pr&eacute;sente peu de caract&egrave;res communs avec la proc&eacute;dure telle que le Droit la d&eacute;finit, se caract&eacute;risant plut&ocirc;t par l&rsquo;absence de transparence des r&egrave;gles et par un mod&egrave;le inductif probabiliste par l&rsquo;identification de comportements anormaux par rapport &agrave; des centro&iuml;des, la<em>&nbsp;Rule of Law<\/em>&nbsp;faisant place &agrave;&nbsp;<em>Data is Law<\/em>, c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; une gouvernance des nombres. Se met en outre en place une juridictionnalit&eacute; collective, la sanction provenant d&rsquo;une appr&eacute;hension computationnelle des ph&eacute;nom&egrave;nes de la multitude et non d&rsquo;une appr&eacute;ciation individuelle, dans une coop&eacute;ration homme-machine. Jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, l&rsquo;encadrement de ces processus repose essentiellement sur les m&eacute;canismes exig&eacute;s par des lois successives de transparence, d&rsquo;une exigence contradictoire limit&eacute;e et de l&rsquo;accessibilit&eacute; de voies de recours, mais cela demeure assez limit&eacute;. L&rsquo;auteur estime que les formes les plus efficientes de cette juridictionnalit&eacute; ressortent en d&eacute;finitive du r&ocirc;le jou&eacute; par les tiers dans une forme de r&eacute;solution de litiges participative, par exemple les signaleurs de confiance (<em>trusted flaggers<\/em>), qui identifient des contenus ill&eacute;gaux sur les plateformes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Dans ce mouvement, l&rsquo;auteur estime que cette configuration juridictionnelle singuli&egrave;re (plateforme juge et partie, situations massives, syst&egrave;mes algorithmiques de traitement des manipulations) am&egrave;ne ainsi &agrave; reconsid&eacute;rer la grammaire du processus juridictionnel et de ses caract&egrave;res. Si le droit est un langage, il en offre une nouvelle forme grammaticale qui serait celle de la voix moyenne (<em>m&eacute;sot&egrave;s<\/em>) d&eacute;crite par Benveniste. Entre la voix active et la voix passive se trouve une voix dans laquelle le sujet effectue une action o&ugrave; il s&rsquo;inclut lui-m&ecirc;me. Or, c&rsquo;est bien le propre de cette juridictionnalit&eacute; de la compliance que de poser des lois en s&rsquo;y incluant soi-m&ecirc;me (<em>nomos tithestai<\/em>). &Agrave; cet &eacute;gard, l&rsquo;irruption de l&rsquo;intelligence artificielle dans ce traitement juridictionnel t&eacute;moigne incontestablement du renouvellement du langage du droit.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Pour illustrer cela dans une activit&eacute; beaucoup plus ancienne, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Alain Bruneau<\/strong>&nbsp;montre \ud83d\udcdd<strong><em>La fa&ccedil;on dont les entreprises du secteur bancaire s&rsquo;organisent et se comportent pour assurer leur r&ocirc;le de &laquo;&nbsp;procureurs et juges d&rsquo;elles-m&ecirc;mes&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>. Il rappelle tout d&rsquo;abord que la fonction compliance est n&eacute;e au sein de la finance, et qu&rsquo;en se structurant, elle a &eacute;volu&eacute; pour accompagner le passage du droit de la r&eacute;gulation au droit de la compliance. Par le biais de ces mutations, la compliance est pass&eacute;e d&rsquo;une fonction contr&ocirc;lante&nbsp;<em>ex&nbsp;post<\/em>&nbsp;&agrave; une fonction contraignante&nbsp;<em>ex&nbsp;ante<\/em>. La crise du Libor illustre imparfaitement la primaut&eacute; de cette transition. L&rsquo;&eacute;volution de ce r&ocirc;le est illustr&eacute;e par des exemples concrets.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Dans un premier temps est &eacute;tudi&eacute;e la gestion du risque de r&eacute;putation, &eacute;l&eacute;ment fondamental de l&rsquo;entreprise procureur et juge d&rsquo;elle-m&ecirc;me. Le risque de r&eacute;putation est un &eacute;l&eacute;ment non n&eacute;gligeable pour un &eacute;tablissement financier, car il peut engendrer des cons&eacute;quences n&eacute;gatives sur sa capitalisation, voire culminer en crise syst&eacute;mique. L&rsquo;&eacute;vitement de la crise financi&egrave;re de grande ampleur s&rsquo;inscrit &eacute;galement dans les buts monumentaux de la compliance. Afin d&rsquo;&eacute;viter des sc&eacute;narios complexes et inopportuns, le droit de la compliance intervient le plus en amont possible et identifie les sujets susceptibles d&rsquo;impacter la r&eacute;putation. La r&eacute;glementation impose la mise en place de certains dispositifs&nbsp;<em>ex&nbsp;ante<\/em>. La loi Sapin&nbsp;2 exige la mise en place d&rsquo;outils qui concernent l&rsquo;ensemble des entreprises (et non pas seulement les banques). En effet, au-del&agrave; du risque de r&eacute;putation, il est essentiel de consid&eacute;rer le risque de corruption. La consid&eacute;ration du risque de r&eacute;putation peut justifier le refus d&rsquo;ex&eacute;cuter certaines op&eacute;rations. Dans cette optique, la compliance doit &eacute;valuer les potentielles cons&eacute;quences de l&rsquo;entr&eacute;e en relation avec un nouveau client en amont, pour parfois d&eacute;cliner la prestation de services. Ainsi, la fonction compliance juge de fa&ccedil;on unilat&eacute;rale la relation en vue de g&eacute;rer son risque de r&eacute;putation.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En second lieu, le m&eacute;canisme de sanction interne institu&eacute; par le droit de la compliance est &eacute;galement abord&eacute;, notamment les sanctions internes adopt&eacute;es par la compliance dans un &eacute;tablissement financier. La compliance peut agir en tant que procureur&nbsp;<em>via<\/em>&nbsp;des comit&eacute;s conduits mis en place au sein des m&eacute;tiers. En outre, la compliance peut d&eacute;terminer et appliquer des sanctions &agrave; l&rsquo;encontre des collaborateurs. De la sorte, on constate un double r&ocirc;le de procureur et juge pour la fonction compliance dans le cadre d&rsquo;un dispositif extraordinaire du droit commun. Enfin, l&rsquo;analyse traite du cas du jugeant-jug&eacute;&nbsp;: &agrave; la suite d&rsquo;une d&eacute;cision de la banque, le r&eacute;gulateur peut prendre une position d&rsquo;autant plus stricte qu&rsquo;il estime que la banque applique mal ses lignes directrices. Ainsi, le droit de la compliance, qui s&rsquo;installe au sein de l&rsquo;entreprise bancaire, se retrouve lui-m&ecirc;me sous le jugement de son propre r&eacute;gulateur. L&rsquo;entreprise se retrouve jug&eacute;e et est amen&eacute;e &agrave; &ecirc;tre procureur et juge d&rsquo;elle-m&ecirc;me, mais aussi de ses clients.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette m&ecirc;me vision, &agrave; la fois tr&egrave;s large et tr&egrave;s concr&egrave;te, est adopt&eacute;e par \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Jean-Marc Coulon<\/strong>&nbsp;&agrave; propos d&rsquo;un autre secteur, en abordant \ud83d\udcdd<strong><em>La fa&ccedil;on dont une entreprise fonctionne pour concr&eacute;tiser le droit de la compliance<\/em><\/strong>, prenant plus particuli&egrave;rement&nbsp;<strong><em>l&rsquo;exemple du secteur de la construction<\/em><\/strong>. Il rappelle que le secteur d&rsquo;activit&eacute; de la construction n&rsquo;est pas un secteur r&eacute;gul&eacute;. Son march&eacute; est constitu&eacute; d&rsquo;une superposition de strates territoriales qui sont autant de march&eacute;s pertinents, auxquels correspond &agrave; chaque fois un microcosme d&rsquo;entreprises sp&eacute;cifique. Enfin, l&rsquo;association temporaire entre entreprises pour les besoins de la r&eacute;alisation d&rsquo;un projet ou d&rsquo;un ouvrage est consubstantielle &agrave; ce secteur. L&rsquo;auteur souligne que la p&eacute;n&eacute;tration de la compliance dans ce secteur est in&eacute;vitablement tr&egrave;s h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne et r&eacute;sulte de facteurs tant exog&egrave;nes (autres partenaires au sein des associations temporaires, influence d&rsquo;op&eacute;rateurs &eacute;conomiques d&rsquo;autres secteurs d&rsquo;activit&eacute;, investisseurs et bailleurs de fonds, incitation des organisations professionnelles) qu&rsquo;endog&egrave;nes (soumission &agrave; un r&eacute;gulateur en raison du recours &agrave; l&rsquo;appel public &agrave; l&rsquo;&eacute;pargne, &agrave; la loi sur le devoir de vigilance, &agrave; la loi dite &laquo;&nbsp;Sapin&nbsp;2&nbsp;&raquo;). Par exemple, sujets &agrave; tous ces facteurs r&eacute;unis le groupe Bouygues est particuli&egrave;rement&nbsp;perm&eacute;able &agrave; la compliance.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Non seulement &laquo;&nbsp;l&eacute;gislateur&nbsp;&raquo; interne, le groupe Bouygues se retrouve tout &agrave; tour &laquo;&nbsp;procureur et juge&nbsp;&raquo; tant de lui-m&ecirc;me que des autres. En effet, conduisant une investigation, d&eacute;posant plainte, d&eacute;clenchant une alerte &eacute;thique, faisant usage du programme de cl&eacute;mence, il n&rsquo;est pourtant autre qu&rsquo;un auxiliaire du procureur. Par ailleurs, scrutant ses parties prenantes, sanctionnant ses salari&eacute;s, ayant recours &agrave; la convention judiciaire d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public ou n&eacute;gociant sa sanction dans le cadre d&rsquo;une proc&eacute;dure institu&eacute;e par une banque multilat&eacute;rale, il remplit la fonction d&rsquo;un juge. L&eacute;gislateur, procureur, juge, le groupe Bouygues est confront&eacute; &agrave; un paradoxe, en quelque sorte encourag&eacute; &agrave; exercer une &laquo;&nbsp;souverainet&eacute;&nbsp;&raquo;, il ne b&eacute;n&eacute;ficie pourtant ni des attributs qui y sont attach&eacute;s ni du soutien ind&eacute;fectible des autorit&eacute;s publiques comp&eacute;tentes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Christophe Lapp<\/strong>&nbsp;s&rsquo;appuie sur l&rsquo;article pr&eacute;c&eacute;dent pour analyser \ud83d\udcdd<strong><em>Les statuts du&nbsp;<\/em>process<em>.&nbsp;<\/em><\/strong>Il conclut en effet de l&rsquo;article pr&eacute;c&eacute;dent que l&rsquo;entreprise est prise en tenaille par le droit de la compliance, dont les m&acirc;choires sont celles de l&rsquo;incitation et de la sanction qu&rsquo;elle doit appliquer pour assurer l&rsquo;effectivit&eacute; de ses&nbsp;<em>process<\/em>, dont elle est elle-m&ecirc;me justiciable. Il en r&eacute;sulte en premier lieu, que l&rsquo;entreprise a re&ccedil;u d&eacute;l&eacute;gation de fabriquer les r&egrave;gles r&eacute;pr&eacute;hensibles qu&rsquo;elle doit appliquer &agrave; elle-m&ecirc;me ainsi qu&rsquo;aux tiers avec lesquels elle est en relation. &Agrave; cet effet, l&rsquo;entreprise met en place des &laquo;&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire des proc&eacute;d&eacute;s de v&eacute;rifications, de pr&eacute;vention, afin de donner &agrave; voir que les infractions qu&rsquo;elle est susceptible de commettre ne seront pas constitu&eacute;es. Les&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;constituent ainsi un standard de comportement pour pr&eacute;venir et &eacute;viter que les faits constitutifs des infractions ne soient pas eux-m&ecirc;mes r&eacute;alis&eacute;s. Ils sont ainsi l&rsquo;un des &eacute;l&eacute;ments de la r&egrave;gle de droit de la responsabilit&eacute; civile dans ses finalit&eacute;s pr&eacute;ventive ou r&eacute;paratrice.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&rsquo;auteur rel&egrave;ve en second lieu que la r&eacute;pression de l&rsquo;inobservation des&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;met l&rsquo;entreprise face &agrave; deux &eacute;cueils. En effet, le premier &eacute;cueil place l&rsquo;entreprise, &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de ses collaborateurs et de ses partenaires, dans l&rsquo;obligation de d&eacute;finir des&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;qui constituent &eacute;galement le r&egrave;glement quasi juridictionnel de leur inobservation, l&rsquo;entreprise devant concilier la sanction qu&rsquo;elle prononce avec les principes fondamentaux du droit p&eacute;nal classique, les principes constitutionnels et l&rsquo;ensemble des droits substantiels. Les&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;deviennent alors la r&egrave;gle processuelle. Le second &eacute;cueil est que l&rsquo;entreprise est justiciable de l&rsquo;effectivit&eacute; de l&rsquo;&eacute;vitement par ses&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;des faits constitutifs d&rsquo;infractions Par une inversion de la charge de la preuve, l&rsquo;entreprise est alors astreinte &agrave; prouver que ses&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;ont une efficience au moins &eacute;quivalente aux mesures d&eacute;finies par les lois et r&egrave;glements, l&rsquo;Agence fran&ccedil;aise anticorruption (AFA), les directives europ&eacute;ennes et les diverses communications sur les outils de lutte contre les infractions &agrave; la probit&eacute;, les atteintes environnementales et aux pr&eacute;occupations soci&eacute;tales actuelles. Les&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;deviennent alors l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment constitutif,&nbsp;<em>per&nbsp;se<\/em>, de l&rsquo;infraction. Ainsi, dans sa recherche de l&rsquo;&eacute;quilibre entre la pr&eacute;vention et la sanction &agrave; laquelle elle est elle-m&ecirc;me assujettie, l&rsquo;entreprise ne sera-t-elle pas alors tent&eacute;e de pr&eacute;f&eacute;rer l&rsquo;orthodoxie de ses&nbsp;<em>process<\/em>&nbsp;aux attentes de l&rsquo;AFA, des r&eacute;gulateurs et des juges, au d&eacute;triment de leur efficacit&eacute;&nbsp;? Ce faisant, ne va-t-on pas vers une compliance instrumentale et conformiste, paradoxalement d&eacute;responsabilisante par rapport aux buts monumentaux de la compliance&nbsp;? L&rsquo;auteur finit ainsi sa r&eacute;flexion sur un ensemble d&rsquo;interrogations sur le futur.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ce mode interrogatif est partag&eacute; par \ud83d\udd74\ufe0f<strong>J&eacute;r&eacute;my Heymann<\/strong>, qui se demande quelle est \ud83d\udcdd<strong><em>La nature juridique de la &laquo;&nbsp;Cour supr&ecirc;me&nbsp;&raquo; de Facebook.&nbsp;<\/em><\/strong>Cherchant &agrave; faire co&iuml;ncider les mots et les choses, sa r&eacute;flexion porte sur la nature de la pr&eacute;tendue &laquo;&nbsp;Cour supr&ecirc;me&nbsp;&raquo; institu&eacute;e par le groupe Facebook, en vue de conna&icirc;tre des appels des d&eacute;cisions relatives au contenu sur les r&eacute;seaux sociaux num&eacute;riques Facebook et Instagram. S&rsquo;agit-il v&eacute;ritablement d&rsquo;une Cour supr&ecirc;me, en charge de &laquo;&nbsp;juger&nbsp;&raquo; le groupe Facebook&nbsp;? Un examen attentif de l&rsquo;<em>Oversight Board<\/em>, soit le Conseil de surveillance cr&eacute;&eacute; par l&rsquo;entreprise Facebook, r&eacute;v&egrave;le que ce dernier, au-del&agrave; de son titre, peut pr&eacute;tendre, en compl&eacute;ment de son activit&eacute; de &laquo;&nbsp;conseil&nbsp;&raquo; (laquelle consiste &agrave; &eacute;mettre des &laquo;&nbsp;avis consultatifs sur les politiques en mati&egrave;re de contenu de Facebook&nbsp;&raquo;), exercer une forme d&rsquo;activit&eacute; juridictionnelle. Celle-ci se con&ccedil;oit essentiellement en termes de v&eacute;rification de conformit&eacute;, d&rsquo;une part des contenus publi&eacute;s sur les r&eacute;seaux sociaux Facebook ou Instagram aux standards &eacute;mis par ces deux soci&eacute;t&eacute;s, d&rsquo;autre part des d&eacute;cisions &ndash;&nbsp;de mod&eacute;ration ou d&rsquo;appr&eacute;ciation de cette mod&eacute;ration&nbsp;&ndash; au droit. Le cadre juridique de r&eacute;f&eacute;rence est cependant flou, et semble en outre pr&eacute;senter la particularit&eacute; d&rsquo;&eacute;voluer en fonction du cadre g&eacute;ographique dans lequel le cas examin&eacute; sera situ&eacute;. Une mission juridictionnelle semble donc bien pouvoir &ecirc;tre caract&eacute;ris&eacute;e, m&ecirc;me si l&rsquo;office du Conseil de surveillance est limit&eacute; et n&rsquo;a vocation &agrave; s&rsquo;exercer que dans un cadre restreint.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&rsquo;auteur propose donc de retenir, en vue de qualifier l&rsquo;<em>Oversight Board<\/em>, la nature d&rsquo;organe pr&eacute;ventif de r&egrave;glement des diff&eacute;rends &ndash;&nbsp;l&rsquo;objectif poursuivi paraissant &ecirc;tre d&rsquo;&eacute;viter la saisine de tribunaux &eacute;tatiques en statuant en amont d&rsquo;une d&eacute;cision judiciaire. Diff&eacute;rentes questions doivent subs&eacute;quemment &ecirc;tre soulev&eacute;es, tant sur le plan de la l&eacute;gitimit&eacute; que sur celui de l&rsquo;autorit&eacute; de pareil&nbsp;<em>Oversight Board<\/em>. Mais quelles que soient les r&eacute;ponses &agrave; ces questions, il reste que cette cr&eacute;ation d&rsquo;un Conseil de surveillance par une entreprise de droit priv&eacute; r&eacute;v&egrave;le d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; toute la vivacit&eacute; du pluralisme juridique contemporain.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette vivacit&eacute; de la pratique sur laquelle le Droit a du mal &agrave; mettre les mots ad&eacute;quats est particuli&egrave;rement remarquable dans \ud83d\udcdd<strong><em>Les enqu&ecirc;tes internes au sein des entreprises<\/em><\/strong>, d&eacute;crites par \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Daphn&eacute; Latour<\/strong>. Elle montre que l&rsquo;enqu&ecirc;te interne, notamment en mati&egrave;re de droit social, n&rsquo;est pas nouvelle, mais qu&rsquo;en mati&egrave;re de compliance son accroissement exponentiel est relativement r&eacute;cent, ayant &eacute;t&eacute; acc&eacute;l&eacute;r&eacute; par la loi dite &laquo;&nbsp;Sapin&nbsp;2&nbsp;&raquo; de 2016 et l&rsquo;introduction induite en droit fran&ccedil;ais de l&rsquo;outil transactionnel que repr&eacute;sente la Convention judiciaire d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public (CJIP)<em>.<\/em>&nbsp;En effet, m&ecirc;me si l&rsquo;enqu&ecirc;te interne n&rsquo;est pas, &agrave; proprement parler, une condition l&eacute;gale d&rsquo;ouverture au b&eacute;n&eacute;fice d&rsquo;une CJIP, il n&rsquo;en demeure pas moins que la n&eacute;gociation de celle-ci exige une forme d&rsquo;enqu&ecirc;te ou d&rsquo;audit approfondi, d&egrave;s lors que le parquet, pour ouvrir les discussions, attend de l&rsquo;entreprise b&eacute;n&eacute;ficiaire sa coop&eacute;ration active &agrave; la manifestation de la v&eacute;rit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des d&eacute;lits objets de la n&eacute;gociation. Cependant, malgr&eacute; l&rsquo;engouement, certes parfois forc&eacute;, des entreprises pour ce nouvel outil qu&rsquo;est l&rsquo;enqu&ecirc;te interne et les enjeux et risques qu&rsquo;elle induit, l&rsquo;auteur estime que le l&eacute;gislateur fran&ccedil;ais ne s&rsquo;est pas encore suffisamment pench&eacute; sur son encadrement, puisqu&rsquo;actuellement en droit fran&ccedil;ais aucune disposition l&eacute;gale sp&eacute;cifique et uniforme n&rsquo;en r&eacute;git l&rsquo;usage. Cela conduit les entreprises et leurs conseils &agrave; s&rsquo;inspirer dans leurs proc&eacute;dures d&rsquo;enqu&ecirc;te tout &agrave; la fois du droit anglo-saxon y aff&eacute;rent, des droits fondamentaux consacr&eacute;s notamment par la Convention europ&eacute;enne des droits de l&rsquo;homme, du droit p&eacute;nal et de la proc&eacute;dure p&eacute;nale fran&ccedil;aise, mais &eacute;galement du droit social et des jurisprudences parfois contradictoires qu&rsquo;il fait &eacute;merger en mati&egrave;re de d&eacute;fense des droits des salari&eacute;s.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette ins&eacute;curit&eacute; juridique, r&eacute;sultant de l&rsquo;incertitude et de l&rsquo;impr&eacute;visibilit&eacute; au regard de la r&egrave;gle applicable, est d&rsquo;autant plus pr&eacute;judiciable que, parall&egrave;lement, on demande aujourd&rsquo;hui &agrave; l&rsquo;entreprise d&rsquo;&ecirc;tre toujours plus responsable de son comportement et de celui de ses collaborateurs et de s&rsquo;&laquo;&nbsp;autor&eacute;guler&nbsp;&raquo;, assumant alors certaines fonctions r&eacute;galiennes. L&rsquo;on semble concevoir l&rsquo;entreprise priv&eacute;e comme omnisciente et capable de pr&eacute;venir la r&eacute;alisation de d&eacute;lits en son sein, alors m&ecirc;me que leur r&eacute;alisation est facilit&eacute;e par la modernisation des outils technologiques. &Agrave; d&eacute;faut et&nbsp;<em>a&nbsp;posteriori<\/em>, on lui enjoint de d&eacute;tecter ces infractions et\/ou manquements et d&rsquo;en &eacute;viter la r&eacute;it&eacute;ration, notamment par les enqu&ecirc;tes internes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette place de plus en plus importante que ces outils de compliance prennent dans l&rsquo;entreprise est aussi illustr&eacute;e par la Convention judiciaire d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public (CJIP), comme le montre&nbsp;\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Alexis Bavitot<\/strong>, qui d&eacute;crit \ud83d\udcdd<strong><em>Le fa&ccedil;onnage de l&rsquo;entreprise par les accords de justice p&eacute;nale&nbsp;<\/em>n&eacute;goci&eacute;s<\/strong>. L&rsquo;auteur rappelle que la justice n&eacute;goci&eacute;e est &laquo;&nbsp;la situation dans laquelle le conflit p&eacute;nal fait l&rsquo;objet d&rsquo;un commerce au sens &eacute;tymologique du terme&nbsp;<em>negotio<\/em>, c&rsquo;est-&agrave;-dire d&rsquo;un d&eacute;bat entre les parties pour aboutir &agrave; un accord&nbsp;&raquo;. Il se demande si le l&eacute;gislateur fran&ccedil;ais n&rsquo;a pas succomb&eacute; au mim&eacute;tisme mondialis&eacute; en cr&eacute;ant la Convention judiciaire d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public (CJIP), en mati&egrave;re de probit&eacute; puis d&rsquo;environnement, et s&rsquo;interroge plus largement sur la nature de cette &laquo;&nbsp;convention&nbsp;&raquo;. Valid&eacute;e par ordonnance d&rsquo;un juge, elle n&rsquo;emporte pour autant aucune d&eacute;claration de culpabilit&eacute;, n&rsquo;a ni la nature ni les effets d&rsquo;un jugement de condamnation et n&rsquo;est pas inscrite au casier judiciaire. Possible au stade de l&rsquo;enqu&ecirc;te comme de l&rsquo;instruction, la CJIP est originale en ce qu&rsquo;elle permet d&rsquo;&eacute;viter soit les poursuites du procureur, soit les foudres du juge.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&rsquo;&eacute;tude d&eacute;taill&eacute;e des accords sign&eacute;s permet de constater que pour n&eacute;gocier au mieux, l&rsquo;entreprise peut et doit se&nbsp;<em>fa&ccedil;onner.<\/em>&nbsp;L&rsquo;entreprise va fa&ccedil;onner les faits de son accord, fa&ccedil;onner son accusation et, enfin, fa&ccedil;onner sa peine. L&rsquo;article propose une analyse concr&egrave;te de ces trois dimensions du fa&ccedil;onnage de l&rsquo;entreprise pour mieux approcher la compr&eacute;hension de la nature juridique des accords de justice p&eacute;nale n&eacute;goci&eacute;e.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Mais s&rsquo;il est vrai que l&rsquo;entreprise change dans sa physionomie m&ecirc;me par ces activit&eacute;s nouvelles, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Samir Merabet<\/strong>&nbsp;examine plus particuli&egrave;rement le devoir de vigilance pour y voir une situation particuli&egrave;re o&ugrave; l&rsquo;entreprise pourrait&nbsp;: \ud83d\udcdd<strong><em>&Ecirc;tre juge et ne pas juger.&nbsp;<\/em><\/strong>Il estime que la vigilance pr&eacute;sente deux dangers, diam&eacute;tralement oppos&eacute;s. L&rsquo;entreprise est prise entre deux feux. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, il y a le risque qu&rsquo;elle exerce son r&ocirc;le&nbsp;<em>a&nbsp;minima<\/em>, de sorte que les obligations qui lui sont impos&eacute;es soient d&eacute;pourvues d&rsquo;effectivit&eacute;, risquant par l&agrave; m&ecirc;me d&rsquo;engager sa propre responsabilit&eacute;. De l&rsquo;autre, le danger consiste &agrave; ce que l&rsquo;entreprise exc&egrave;de le r&ocirc;le qui est le sien et se substitue au juge. La vigilance pr&eacute;sente-t-elle toujours les m&ecirc;mes dangers&nbsp;? Implique-t-elle syst&eacute;matiquement le m&ecirc;me r&ocirc;le de l&rsquo;entreprise&nbsp;? &Ecirc;tre vigilant, est-ce porter un jugement&nbsp;? La r&eacute;ponse &agrave; ces questions d&eacute;pend de la teneur des obligations que suppose la vigilance. Or, celles-ci semblent aujourd&rsquo;hui tr&egrave;s diversifi&eacute;es.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Comment distinguer les divers devoirs de vigilance&nbsp;? Une premi&egrave;re approche pourrait consister &agrave; envisager une identification formelle qui conduit &agrave; distinguer la vigilance&nbsp;<em>stricto sensu<\/em>, celle qui est envisag&eacute;e par la loi Sapin&nbsp;2 et identifi&eacute;e comme telle, et les obligations qui s&rsquo;y apparentent, par exemple le devoir de mod&eacute;ration des entreprises sur les r&eacute;seaux sociaux, qui, sans &ecirc;tre baptis&eacute; devoir de vigilance, s&rsquo;en rapproche n&eacute;anmoins. L&rsquo;extension des obligations de compliance conduit &agrave; brouiller la fronti&egrave;re entre ce qui rel&egrave;ve exactement de la vigilance ou non. Il convient de retenir une approche plus substantielle, pour envisager le degr&eacute; de contr&ocirc;le exerc&eacute; par l&rsquo;entreprise. Ainsi entendu, on peut alors envisager de distinguer deux cat&eacute;gories&nbsp;: la vigilance n&eacute;gative, qui implique l&rsquo;identification d&rsquo;un risque, et la vigilance positive, qui suppose plus encore la neutralisation du risque. La premi&egrave;re suppose un r&ocirc;le limit&eacute; de l&rsquo;entreprise, tandis que la seconde l&rsquo;incite &agrave; agir positivement, avant m&ecirc;me qu&rsquo;une autorit&eacute; ne se soit prononc&eacute;e. Cette fois, le r&ocirc;le de l&rsquo;entreprise se rapproche de celui du juge. On comprend que toutes les obligations de vigilance ne sauraient donc &ecirc;tre appr&eacute;hend&eacute;es de mani&egrave;re unitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">D&egrave;s lors que l&rsquo;entreprise est amen&eacute;e &ndash;&nbsp;si ce n&rsquo;est &agrave; se substituer au juge&nbsp;&ndash; &agrave; agir avant m&ecirc;me qu&rsquo;il n&rsquo;ait l&rsquo;occasion de se prononcer, alors il semble l&eacute;gitime d&rsquo;encadrer la mise en &oelig;uvre du devoir de vigilance de l&rsquo;entreprise par une forme de proc&eacute;duralisation de la compliance. L&rsquo;entreprise comme ses salari&eacute;s ou partenaires gagneraient &agrave; ce que la vigilance soit davantage encadr&eacute;e. Dans la mesure o&ugrave; toutes les obligations de vigilance n&rsquo;appellent pas le m&ecirc;me r&ocirc;le de l&rsquo;entreprise, il convient d&rsquo;envisager des principes directeurs de la vigilance, plus ou moins intenses selon qu&rsquo;il s&rsquo;agira de vigilance positive ou n&eacute;gative.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ce premier chapitre a permis de voir ce qui se passe dans les entreprises ainsi somm&eacute;es de poursuivre, d&rsquo;enqu&ecirc;ter, d&rsquo;instruire, d&rsquo;&eacute;couter et de juger. Il est alors souhaitable, et heureusement in&eacute;vitable que le droit processuel p&eacute;n&egrave;tre dans le droit de la compliance, qui est l&rsquo;objet du chapitre qui suit.<\/p>\n<p style=\"text-align:center\">____<\/p>\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>Partie II.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>Le droit processuel &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre&nbsp;<\/strong><\/span><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>dans le droit de&nbsp;la compliance<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Nicolas Cayrol<\/strong>&nbsp;ouvre ce chapitre en observant ce qu&rsquo;il en est \ud83d\udcdd<strong><em>Des principes processuels en droit de la compliance<\/em><\/strong>. L&rsquo;on pourrait certes se contenter d&rsquo;examiner la r&eacute;ception des principes de droit processuel dans les cas contentieux de compliance et la distorsion que les techniques de compliance justifient dans les m&eacute;canismes processuels. Mais l&rsquo;innovation que constitue cette branche du droit en &eacute;mergence qu&rsquo;est le droit de la compliance justifie d&rsquo;aller &agrave; plus fondamental. Dans cette perspective, l&rsquo;on doit se demander quelle est la l&eacute;gitimit&eacute; m&ecirc;me des principes processuels dans cette branche du droit, en ce que le droit processuel est construit sur la notion de &laquo;&nbsp;litige&nbsp;&raquo;, tandis que le droit de la compliance se saisit de situations si &eacute;normes, concernant par exemple le sort de la plan&egrave;te, que cette notion para&icirc;t inad&eacute;quate, et que d&egrave;s lors le droit processuel en serait d&eacute;pass&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Si l&rsquo;on maintient pourtant cette perspective d&rsquo;un droit de la compliance qui affronte, dans une optique presque guerri&egrave;re, les plus grands d&eacute;fis actuels, la pertinence d&rsquo;un droit processuel oblige &agrave; repenser le proc&egrave;s dans sa d&eacute;finition m&ecirc;me En effet, les proc&egrave;s de compliance mettent en cause l&rsquo;avenir des syst&egrave;mes et c&rsquo;est &agrave; ce titre qu&rsquo;ils demandent des comptes aux entit&eacute;s qui sont au c&oelig;ur de ces syst&egrave;mes. C&rsquo;est en cela que les proc&egrave;s en responsabilit&eacute; sont davantage des proc&egrave;s en &laquo;&nbsp;responsabilisation&nbsp;&raquo;, permettant au juge d&rsquo;exiger des actions pour l&rsquo;avenir, des proc&egrave;s par lesquels des engagements sont pris et les &laquo;&nbsp;intentions&nbsp;&raquo; des personnes en cause sont &eacute;prouv&eacute;es.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Dans une m&ecirc;me perspective tr&egrave;s innovante, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Fran&ccedil;ois Ancel<\/strong>&nbsp;soul&egrave;ve une question, qui est comme une proposition&nbsp;: \ud83d\udcdd<strong><em>Le principe processuel de compliance, un nouveau principe directeur du proc&egrave;s&nbsp;?<\/em><\/strong>&nbsp;Il s&rsquo;agit de hisser le principe de compliance au rang de principe directeur du proc&egrave;s. Pour soutenir cela dans une premi&egrave;re partie, l&rsquo;auteur souligne la convergence des buts de la compliance et de la finalit&eacute; du proc&egrave;s. En effet, rappelant que le droit de la compliance n&rsquo;&eacute;vince ni l&rsquo;&Eacute;tat ni le juge, d&egrave;s l&rsquo;instant que la compliance signifie que la personne doit tenir ses engagements et que le proc&egrave;s repose aussi sur ce principe comme quoi les parties doivent se conformer aux principes et &agrave; leur propre &laquo;&nbsp;discours&nbsp;&raquo;, la compliance devient ainsi un principe directeur du proc&egrave;s. Dans une seconde partie de l&rsquo;article, l&rsquo;auteur illustre son propos de fa&ccedil;on tr&egrave;s concr&egrave;te. En premier lieu, les protocoles de proc&eacute;dure qui sont &eacute;labor&eacute;s par les juridictions et les barreaux sont des engagements qui devraient justifier une forme de contrainte qui, si elle ne doit pas &ecirc;tre de m&ecirc;me forme et de m&ecirc;me nature que celle de la loi, doit tout de m&ecirc;me avoir des cons&eacute;quences lorsqu&rsquo;une partie s&rsquo;y d&eacute;robe, par exemple au regard de l&rsquo;article&nbsp;700 du Code de proc&eacute;dure civile. En second lieu, en s&rsquo;appuyant sur une jurisprudence qui sanctionne une partie qui avait accept&eacute; le principe de l&rsquo;arbitrage puis a entrav&eacute; syst&eacute;matiquement sa mise en &oelig;uvre, l&rsquo;auteur sugg&egrave;re que sous le principe de compliance puissent &ecirc;tre regroup&eacute;es les notions pour l&rsquo;instant &eacute;parses des principes de loyaut&eacute;, de coh&eacute;rence (estoppel) et d&rsquo;efficacit&eacute;. Ainsi, la pratique validerait d&eacute;j&agrave; cette proposition th&eacute;orique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ces proc&egrave;s d&rsquo;un type nouveau seront en tout cas certainement influenc&eacute;s par une conception am&eacute;ricaine du proc&egrave;s et du r&ocirc;le des juges et des procureurs. &Agrave; tout le moins, autant prendre en consid&eacute;ration leur fonctionnement pour bien comprendre le fonctionnement du droit de la compliance dont les objets sont souvent globaux (finance, num&eacute;rique, climat). Ainsi, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Bryan Sillaman<\/strong>&nbsp;souligne \ud83d\udcdd<strong><em>Les le&ccedil;ons de proc&eacute;dure tir&eacute;es de l&rsquo;exp&eacute;rience am&eacute;ricaine pour une application universelle&nbsp;<\/em><\/strong>concernant une question pratique essentielle&nbsp;:&nbsp;<strong><em>Secret professionnel et coop&eacute;ration<\/em><\/strong>. Il souligne que le syst&egrave;me juridique fran&ccedil;ais &eacute;volue, organisant des interactions entre les avocats, les r&eacute;gulateurs et les procureurs, plus particuli&egrave;rement dans les enqu&ecirc;tes en mati&egrave;re de corruption ou de faute dans la conduite des entreprises, adoptant en cela les m&eacute;thodes am&eacute;ricaines de r&eacute;solution, comme le montre la&nbsp;<em>Convention judiciaire d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public<\/em>&nbsp;qui encourage la &laquo;&nbsp;collaboration&nbsp;&raquo; entre eux. L&rsquo;auteur d&eacute;crit l&rsquo;&eacute;volution de la doctrine institutionnelle am&eacute;ricaine et demande que le droit fran&ccedil;ais soit inspir&eacute; de l&rsquo;exp&eacute;rience proc&eacute;durale am&eacute;ricaine d&rsquo;o&ugrave; vient ce m&eacute;canisme. En effet, le DOJ a publi&eacute; plusieurs m&eacute;morandums &agrave; propos de ce qu&rsquo;est la &laquo;&nbsp;collaboration&nbsp;&raquo;. Il en ressort en dernier lieu (2006) que, selon le DOJ lui-m&ecirc;me, le secret professionnel doit demeurer intact lorsque l&rsquo;information n&rsquo;est pas seulement &laquo;&nbsp;factuelle&nbsp;&raquo;, afin de maintenir la confiance entre les procureurs, les r&eacute;gulateurs et les avocats.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Les autorit&eacute;s fran&ccedil;aises ne suivent pas cette voie. L&rsquo;auteur le regrette et pense qu&rsquo;elles devraient adopter le m&ecirc;me raisonnement que les autorit&eacute;s am&eacute;ricaines sur le secret professionnel de l&rsquo;avocat, plus particuli&egrave;rement lorsqu&rsquo;il intervient dans les enqu&ecirc;tes internes au sein des entreprises.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Mais il faut tenir compte aussi de la perspective des autorit&eacute;s qui prononcent des injonctions ou des sanctions et qui &eacute;voluent dans leur cadre normatif, qui a davantage &eacute;volu&eacute; dans la phase ult&eacute;rieure de la proc&eacute;dure. Ainsi \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Alexandre Linden<\/strong>&nbsp;&eacute;tudie les r&egrave;gles gouvernant les \ud83d\udcdd<strong><em>Motivation et publicit&eacute; des d&eacute;cisions de la formation restreinte de la CNIL<\/em><\/strong>. Il rappelle qu&rsquo;en cas de manquement aux r&egrave;gles en mati&egrave;re de protection des donn&eacute;es &agrave; caract&egrave;re personnel, la formation restreinte de la CNIL prononce des amendes, des injonctions de &laquo;&nbsp;mise en conformit&eacute;&nbsp;&raquo; ou des rappels &agrave; l&rsquo;ordre. Elle peut ordonner la publication de ces mesures, qui peuvent &ecirc;tre contest&eacute;es devant le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat. Il est essentiel que ces d&eacute;cisions soient motiv&eacute;es, non seulement pour respecter ce principe de droit mais encore concr&egrave;tement pour que le public concern&eacute;, &eacute;tant tr&egrave;s h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne, les comprenne, le r&ocirc;le p&eacute;dagogique de la CNIL s&#39;appliquant aussi<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le principe de publicit&eacute; est mani&eacute; avec nuance, les responsables de traitement demandant souvent le huis clos et tr&egrave;s peu de public assistant &agrave; l&rsquo;audience. &Agrave; l&rsquo;inverse, la publicit&eacute; des d&eacute;cisions est en elle-m&ecirc;me une sanction. La publication peut d&rsquo;ailleurs n&rsquo;&ecirc;tre pas totale ou peut n&rsquo;avoir qu&rsquo;un temps, l&rsquo;anonymisation permettant souvent un &eacute;quilibre entre p&eacute;dagogie n&eacute;cessaire et pr&eacute;servation des int&eacute;r&ecirc;ts, la CNIL pr&ecirc;tant grande attention aux modalit&eacute;s m&ecirc;mes de la publication, m&ecirc;me si elle ne peut pas ma&icirc;triser la circulation et l&rsquo;usage m&eacute;diatique qui en sont ensuite faits.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&rsquo;avocat a par position une conception plus radicale de la place qui doit &ecirc;tre faite aux droits des personnes, notamment les droits de la d&eacute;fense, quel que soit le moment du&nbsp;<em>process<\/em>. Ainsi \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Sophie Scemla<\/strong>&nbsp;et \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Diane Paillot<\/strong>&nbsp;exposent ce qu&rsquo;elles qualifient de \ud83d\udcdd<strong><em>La difficile appr&eacute;hension des droits de la d&eacute;fense par les autorit&eacute;s de contr&ocirc;le en mati&egrave;re de compliance<\/em><\/strong>. Elles rappellent que depuis d&eacute;cembre&nbsp;2016, la loi &laquo;&nbsp;Sapin&nbsp;2&nbsp;&raquo; impose aux entreprises fran&ccedil;aises entrant dans son champ d&rsquo;application de mettre en place huit mesures tr&egrave;s contraignantes de lutte contre la corruption, telles qu&rsquo;une cartographie des risques, un syst&egrave;me de lancement d&rsquo;alertes, ou encore une proc&eacute;dure d&rsquo;&eacute;valuation des tiers. Afin de s&rsquo;assurer de la mise en &oelig;uvre de ces obligations, la loi Sapin&nbsp;2 a cr&eacute;&eacute; l&rsquo;Agence fran&ccedil;aise anticorruption (AFA), &agrave; laquelle elle a confi&eacute; trois missions&nbsp;: d&rsquo;abord celle d&rsquo;aider toute personne &agrave; pr&eacute;venir et &agrave; d&eacute;tecter les faits de corruption&nbsp;; ensuite, de contr&ocirc;ler la qualit&eacute; et l&rsquo;efficacit&eacute; des programmes anticorruptions d&eacute;ploy&eacute;s&nbsp;; enfin, de sanctionner, par sa Commission des sanctions, les &eacute;ventuels manquements constat&eacute;s.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Or, comme le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat l&rsquo;a relev&eacute;, les pouvoirs donn&eacute;s aux administrations se sont stratifi&eacute;s et multipli&eacute;s. Si le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat propose d&rsquo;am&eacute;liorer le d&eacute;roulement et l&rsquo;efficacit&eacute; des contr&ocirc;les des administrations en harmonisant les usages et en simplifiant leurs attributions et comp&eacute;tences, il nous semble &eacute;galement urgent de rem&eacute;dier aux nombreuses lacunes proc&eacute;durales fortement attentatoires aux droits de la d&eacute;fense. Dans le cadre de ses contr&ocirc;les, l&rsquo;AFA s&rsquo;arroge en effet divers pouvoirs qui, pour certains, ne sont pas pr&eacute;vus par la loi, et qui, pour la plupart, portent atteinte aux droits et libert&eacute;s fondamentaux au premier rang desquels se trouvent le principe du contradictoire et le droit de ne pas s&rsquo;auto-incriminer. &Agrave; titre d&rsquo;exemple, l&rsquo;AFA ne juge pas utile de r&eacute;diger un proc&egrave;s-verbal des auditions des personnes physiques qu&rsquo;elle entend, privant celles-ci de la possibilit&eacute; de se d&eacute;fendre contre des propos qui seraient rapport&eacute;s par l&rsquo;autorit&eacute; de contr&ocirc;le devant la Commission des sanctions.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Plus structurellement, le champ de la mission de l&rsquo;AFA est extr&ecirc;mement large, la loi lui permettant d&rsquo;exiger que lui soient communiqu&eacute;s &laquo;&nbsp;tout document professionnel ou toute information utile&nbsp;&raquo;, sans plus de pr&eacute;cisions sur la notion d&rsquo;utilit&eacute;. L&rsquo;AFA consid&egrave;re de plus que le secret professionnel ne lui est pas opposable et que la remise volontaire sans r&eacute;serve de documents entra&icirc;ne la renonciation de l&rsquo;entit&eacute; &agrave; se pr&eacute;valoir du secret professionnel. Outre de potentielles cons&eacute;quences graves si une proc&eacute;dure &eacute;tait aussi diligent&eacute;e par une autorit&eacute; &eacute;trang&egrave;re, le concept de &laquo;&nbsp;remise volontaire&nbsp;&raquo; ne refl&egrave;te aucunement la r&eacute;alit&eacute; de ces contr&ocirc;les. En effet, les entit&eacute;s contr&ocirc;l&eacute;es coop&egrave;rent sous la menace d&rsquo;une poursuite du chef de d&eacute;lit d&rsquo;entrave, qui les contraint &agrave; communiquer des documents au risque de contribuer &agrave; leur propre incrimination.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est sans doute une raison de plus pour ne pas monter l&rsquo;un contre l&rsquo;autre droit processuel et droit de la compliance. Pour tenter une meilleure articulation, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Marie-Anne Frison-Roche&nbsp;<\/strong>propose d&rsquo;\ud83d\udcdd<strong><em>Ajuster par la nature des choses le droit processuel au droit de la compliance<\/em><\/strong>. L&rsquo;article commence par rappeler que le droit processuel est une invention, essentiellement due &agrave; Motulsky, allant bien au-del&agrave; du gain que l&rsquo;on a toujours &agrave; comparer des types de proc&eacute;dures entre elles. Comme il l&rsquo;affirma, il y a du droit naturel dans le droit processuel, en ce que d&egrave;s l&rsquo;instant qu&rsquo;il y a un &Eacute;tat de droit il ne peut pas y avoir, quelle que soit la &laquo;&nbsp;proc&eacute;dure&nbsp;&raquo;, voire le &laquo;&nbsp;proc&eacute;d&eacute;&nbsp;&raquo;, telle et telle fa&ccedil;on de faire&nbsp;: par exemple de d&eacute;cider, de saisir celui qui d&eacute;cide, d&rsquo;&eacute;couter avant de d&eacute;cider, de contester celui qui d&eacute;cide.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La premi&egrave;re partie de l&rsquo;article tire les cons&eacute;quences du fait que le droit processuel tient donc &agrave; la nature des choses, mais quant &agrave; lui, le droit de la compliance organise les choses d&rsquo;une fa&ccedil;on nouvelle. C&rsquo;est pourquoi les principes simples et d&rsquo;airain du droit processuel se glissent l&agrave; o&ugrave; l&rsquo;on ne les attend pas de prime abord, notamment parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de juge, ce personnage autour duquel d&rsquo;ordinaire les proc&eacute;dures s&rsquo;agencent. Ils s&rsquo;imposent notamment dans les entreprises. M&ecirc;me si les r&eacute;glementations n&rsquo;en soufflent mot, c&rsquo;est aux juges, notamment aux Cours supr&ecirc;mes, de reconna&icirc;tre cette nature des choses car c&rsquo;est sur cet effet de nature que le droit processuel est construit&nbsp;: lorsque les m&eacute;canismes de compliance obligent les entreprises &agrave; frapper, le droit processuel doit obliger, m&ecirc;me dans le silence des textes, &agrave; armer ceux qui peuvent &ecirc;tre frapp&eacute;s, voire se dresse contre des dispositifs qui &eacute;carteraient trop ces d&eacute;fenses que l&rsquo;on estime facilement contraires &agrave; l&rsquo;efficacit&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Dans sa seconde partie, l&rsquo;article montre que, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de faire place &agrave; cette nature des choses dont l&rsquo;&Eacute;tat de droit confie la garde au juge et &agrave; l&rsquo;avocat, le droit processuel doit s&rsquo;ajuster lui aussi &agrave; ce qu&rsquo;est l&rsquo;extraordinaire droit de la compliance. En effet, le droit de la compliance est extraordinaire en ce qu&rsquo;il exprime la pr&eacute;tention politique d&rsquo;agir d&egrave;s maintenant pour que l&rsquo;avenir ne soit pas catastrophique, notamment en d&eacute;tectant et en pr&eacute;venant la r&eacute;alisation de risques syst&eacute;miques, voire qu&rsquo;il soit meilleur, en construisant notamment une &eacute;galit&eacute; effective ou un souci r&eacute;el d&rsquo;autrui. Parce que c&rsquo;est l&rsquo;enjeu qui d&eacute;finit cette nouvelle branche du Droit, enjeu syst&eacute;mique disput&eacute;, &eacute;ventuellement disput&eacute; par plusieurs parties devant un juge, les principes processuels doivent s&rsquo;&eacute;largir consid&eacute;rablement&nbsp;: ils doivent alors inclure la soci&eacute;t&eacute; civile et l&rsquo;avenir. Le droit processuel acquiert ainsi naturellement une place plus encore que dans les branches classiques du Droit, puisque d&rsquo;une part il s&rsquo;impose hors des proc&egrave;s, notamment dans les entreprises, et que d&rsquo;autre part devant les juridictions il implique des personnes qui n&rsquo;avaient gu&egrave;re leur mot &agrave; dire et qui entrent dans les &laquo;&nbsp;causes&nbsp;&raquo; de compliance d&eacute;sormais d&eacute;battues devant le juge.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ces &laquo;&nbsp;causes de compliance&nbsp;&raquo; vont &ecirc;tre de plus en plus port&eacute;es devant toutes sortes de juges, des juges que tous vont regarder parce que les cas concerneront de plus en plus de personnes, des juges de plus en plus globaux parce que les questions seront elles-m&ecirc;mes de plus en plus globales. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;arbitrage international, par nature juridiction globale, a vocation &agrave; jouer un tr&egrave;s grand r&ocirc;le dans le droit de la compliance &agrave; l&rsquo;avenir. C&rsquo;est pourquoi le chapitre suivant lui est consacr&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align:center\">____<\/p>\n<p style=\"text-align:center\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>Partie&nbsp;III.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>L&rsquo;articulation de la compliance et de l&rsquo;arbitrage international<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Jean-Baptiste Racine<\/strong>&nbsp;pose la \ud83d\udcdd<strong><em>Probl&eacute;matisation&nbsp;<\/em><\/strong>des rapports entre&nbsp;<strong><em>Compliance et arbitrage<\/em><\/strong>. Il rappelle que l&rsquo;arbitre est un juge, c&rsquo;est m&ecirc;me le juge naturel du commerce international. L&rsquo;arbitrage est donc naturellement destin&eacute; &agrave; rencontrer la compliance qui transforme l&rsquo;action des entreprises dans un contexte international. Pour autant, les liens entre compliance et arbitrage ne sont pas &eacute;vidents. Il n&rsquo;est pas ici question d&rsquo;apporter des r&eacute;ponses fermes et d&eacute;finitives, mais plut&ocirc;t, et avant tout, de poser des questions. Nous sommes au d&eacute;but de la r&eacute;flexion sur ce th&egrave;me, ce qui explique qu&rsquo;il y ait, pour l&rsquo;heure, peu de litt&eacute;rature juridique sur le sujet des rapports entre compliance et arbitrage. Cela ne veut pas dire qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de connexions. Tout simplement, ces rapports n&rsquo;ont peut-&ecirc;tre pas &eacute;t&eacute; mis au jour, ou ils sont en devenir. Il convient de s&rsquo;interroger sur les ponts existants ou potentiels entre deux mondes qui ont longtemps gravit&eacute; de mani&egrave;re s&eacute;par&eacute;e&nbsp;: la compliance d&rsquo;une part, l&rsquo;arbitrage d&rsquo;autre part. L&rsquo;auteur formule ainsi ce qui lui appara&icirc;t &ecirc;tre la question centrale&nbsp;: l&rsquo;arbitre est-il ou peut-il &ecirc;tre un juge de la compliance et, si oui, comment&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En toute hypoth&egrave;se, l&rsquo;arbitre se trouve ainsi au contact de mati&egrave;res sollicitant les m&eacute;thodes, les outils et les logiques de la compliance. Outre la pr&eacute;vention et la r&eacute;pression de la corruption, trois exemples peuvent en &ecirc;tre donn&eacute;s. En premier lieu, l&rsquo;arbitrage est confront&eacute; depuis plusieurs ann&eacute;es aux sanctions &eacute;conomiques (embargos notamment). Le lien avec la compliance est &eacute;vident, dans la mesure o&ugrave; les textes pr&eacute;voyant des sanctions &eacute;conomiques sont souvent accompagn&eacute;s de dispositifs de compliance, comme aux &Eacute;tats-Unis. L&rsquo;arbitre est concern&eacute; quant au sort qu&rsquo;il r&eacute;serve dans le traitement du litige aux mesures de sanctions &eacute;conomiques. En deuxi&egrave;me lieu, le droit de la concurrence est une mati&egrave;re qui est entr&eacute;e au contact de l&rsquo;arbitrage &agrave; partir de la fin des ann&eacute;es&nbsp;1980. L&rsquo;arbitrabilit&eacute; de ce type de litige est d&eacute;sormais acquise et les arbitres en font r&eacute;guli&egrave;rement application. Parall&egrave;lement, la compliance a aussi fait son entr&eacute;e en droit de la concurrence, certes de mani&egrave;re plus vivace aux &Eacute;tats-Unis qu&rsquo;en France. L&rsquo;existence, l&rsquo;absence ou l&rsquo;insuffisance d&rsquo;un programme de conformit&eacute; portant sur la pr&eacute;vention des violations des r&egrave;gles de la concurrence sont ainsi des circonstances susceptibles d&rsquo;aider l&rsquo;arbitre dans l&rsquo;appr&eacute;ciation d&rsquo;un comportement anticoncurrentiel. En troisi&egrave;me lieu, le droit de l&rsquo;environnement est &eacute;galement concern&eacute;. Il existe une compliance environnementale, au regard par exemple de la loi du 27&nbsp;mars 2017 sur le devoir de vigilance. Les entreprises sont ainsi charg&eacute;es de participer &agrave; la protection de l&rsquo;environnement, par une internalisation de ces pr&eacute;occupations dans leur fonctionnement interne et externe (dans leur sph&egrave;re d&rsquo;influence). D&egrave;s lors qu&rsquo;un arbitre est charg&eacute; de trancher un litige en lien avec le droit de l&rsquo;environnement, la question du rapport &agrave; la compliance, sous cet angle, se pose naturellement. L&rsquo;auteur en conclut que ce sont donc les multiples interactions entre compliance et arbitrage, av&eacute;r&eacute;es ou potentielles, qui sont ainsi ouvertes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Eduardo Silva-Romero<\/strong>&nbsp;et \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Rapha&euml;lle Legru<\/strong>&nbsp;illustrent cette proposition g&eacute;n&eacute;rale en cernant les \ud83d\udcdd<strong><em>places pour la compliance dans l&rsquo;arbitrage d&rsquo;investissement<\/em><\/strong>. Les auteurs soulignent la place nouvelle et grandissante de la compliance dans l&rsquo;arbitrage international, notamment dans l&rsquo;exigence de respect des valeurs &eacute;thiques, puisque les arbitres peuvent y implanter une morale qui manque parfois dans le commerce international, voire ne doivent mettre leur pouvoir qu&rsquo;au service d&rsquo;investisseurs qui respectent la loi.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ainsi, la compliance se d&eacute;ploie &agrave; travers le contr&ocirc;le classique par les arbitres de la l&eacute;galit&eacute; de l&rsquo;investissement, ce qui vaut &agrave; la fois pour l&rsquo;&eacute;tablissement du trait&eacute; lui-m&ecirc;me et pour l&rsquo;investisseur. Plus r&eacute;cemment l&rsquo;arbitre peut exercer un contr&ocirc;le sur un projet d&rsquo;investissement d&rsquo;une&nbsp;<em>social licence to operate&nbsp;<\/em>de l&rsquo;investisseur, notion li&eacute;e &agrave; la responsabilit&eacute; sociale des entreprises et apparue notamment pour la protection des peuples autochtones. Plus encore, la compliance peut justifier une appr&eacute;ciation substantielle par l&rsquo;arbitre du respect effectif des droits des personnes et de l&rsquo;environnement&nbsp;<em>via<\/em>&nbsp;un trait&eacute; d&rsquo;investissement, l&rsquo;&Eacute;tat partie pouvant agir pour l&rsquo;effectivit&eacute; de ces droits.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Catherine Kessedjian<\/strong>&nbsp;exprime une ambition de m&ecirc;me ampleur en d&eacute;signant \ud83d\udcdd<strong><em>L&rsquo;arbitrage au service de la lutte contre la violation des droits humains<\/em><\/strong>. En choisissant d&rsquo;inclure dans le titre de l&rsquo;article l&rsquo;expression &laquo;&nbsp;violation des droits humains par les entreprises&nbsp;&raquo;, l&rsquo;auteur prend le parti d&rsquo;une orientation qui pose difficult&eacute;, dans la mesure o&ugrave; de tr&egrave;s nombreux intitul&eacute;s militent pour le privil&egrave;ge de &laquo;&nbsp;repr&eacute;senter&nbsp;&raquo; la mati&egrave;re souvent r&eacute;duite &agrave; des acronymes&nbsp;: RBC (<em>responsible business conduct<\/em>), RSE (responsabilit&eacute; soci&eacute;tale des entreprises), ESG (environnement, social et gouvernance), pour ne citer que les trois principaux. La pr&eacute;f&eacute;rence de l&rsquo;auteur irait, de tr&egrave;s loin, &agrave; RBC, la RSE ayant &eacute;t&eacute; discr&eacute;dit&eacute;e aux dires de nombreuses ONG et l&rsquo;ESG &eacute;tant trop connot&eacute; &laquo;&nbsp;finance&nbsp;&raquo;. En tout &eacute;tat de cause, il s&rsquo;agit de traiter de l&rsquo;attitude des entreprises qui, dans la conduite de leurs activit&eacute;s, vont engendrer des dommages envers les parties prenantes, qu&rsquo;elles soient &laquo;&nbsp;internes&nbsp;&raquo; (salari&eacute;s, clients, partenaires, sous-traitants&hellip;) ou externes (soci&eacute;t&eacute; civile locale, communaut&eacute;s dans lesquelles l&rsquo;activit&eacute; prendra place, environnement,&nbsp;etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Juridiquement, chaque cas peut &ecirc;tre qualifi&eacute; diff&eacute;remment et engendrer l&rsquo;application de r&egrave;gles de proc&eacute;dure et substantielles diff&eacute;rentes. Quand ces contentieux sont soumis &agrave; des arbitres, de multiples questions se posent, dont la plus d&eacute;licate a trait &agrave; la d&eacute;limitation du pouvoir du tribunal arbitral, notamment si l&rsquo;on part de l&rsquo;id&eacute;e que la compliance vise une attitude proactive de l&rsquo;entreprise dans un but clair de pr&eacute;vention. L&rsquo;objectif de pr&eacute;vention va entra&icirc;ner des modifications dans la conduite de l&rsquo;arbitrage qui, par exemple, ne pourra pas demeurer confidentiel, la confidentialit&eacute; &eacute;tant un frein &agrave; l&rsquo;effet pr&eacute;ventif de la d&eacute;cision rendue.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le chapitre continue en d&eacute;composant plus techniquement l&rsquo;arbitrage international, en commen&ccedil;ant par son acteur principal. Ainsi, \ud83d\udd74&nbsp;<strong>Mathias Audit<\/strong>&nbsp;examine \ud83d\udcdd<strong><em>La position de l&rsquo;arbitre en mati&egrave;re de compliance<\/em><\/strong>. En effet, pour que l&rsquo;arbitre intervienne en mati&egrave;re de compliance, encore faut-il qu&rsquo;il existe une &laquo;&nbsp;obligation de compliance&nbsp;&raquo;. L&rsquo;identification de celle-ci est d&eacute;licate car elle ne peut g&eacute;n&eacute;ralement pas &ecirc;tre cern&eacute;e&nbsp;<em>per&nbsp;se<\/em>, si l&rsquo;on ne la saisit qu&rsquo;&agrave; travers le droit p&eacute;nal, qui n&rsquo;entre pas directement dans le champ de l&rsquo;arbitrage, qui a d&eacute;velopp&eacute; une conception autonome des faits, notamment de corruption, par ailleurs reprochables p&eacute;nalement. Mais parce que l&rsquo;obligation de compliance est elle-m&ecirc;me autonome, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de d&eacute;tecter et de pr&eacute;venir divers d&eacute;lits et manquements, les arbitres s&rsquo;appuient sur les m&eacute;canismes de d&eacute;tection et de pr&eacute;vention en tant que tels, distincts de la commission &eacute;ventuelle des faits dont on ne voulait pas qu&rsquo;ils adviennent.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Mais la question de la source de cette obligation de compliance est centrale, car celle-ci doit prendre naissance dans une norme qui puisse mener &agrave; un arbitrage. C&rsquo;est le cas du contrat, par exemple un contrat d&rsquo;interm&eacute;diaire qui non seulement interdit toute pratique corruptive mais encore pr&eacute;voit audit ou contr&ocirc;le, ou encore la loi nationale, notamment le&nbsp;<em>U.K. Bribery Act&nbsp;<\/em>ou la loi dite &laquo;&nbsp;Sapin&nbsp;2&nbsp;&raquo;, ou encore des d&eacute;cisions imposant des programmes de compliance ou l&rsquo;adoption non contrainte de ceux-ci par l&rsquo;entreprise. Selon sa source, l&rsquo;arbitre la prendra en compte. Si une obligation de compliance, ayant une source qui lui donne de la port&eacute;e dans une proc&eacute;dure arbitrale, est consid&eacute;r&eacute;e par l&rsquo;arbitre comme m&eacute;connue, les cons&eacute;quences d&eacute;pendent souvent de la source. La solution est classique s&rsquo;il s&rsquo;agit de la&nbsp;<em>lex contractus<\/em>, plus difficile si c&rsquo;est une loi qui a ins&eacute;r&eacute; l&rsquo;obligation dans la&nbsp;<em>lex societatis<\/em>, les exigences de compliance &eacute;tant g&eacute;n&eacute;ralement consid&eacute;r&eacute;es comme des lois de police. Si les arbitres ne peuvent appliquer les sanctions attach&eacute;es par la loi r&eacute;pressive, ils peuvent &eacute;tayer leur d&eacute;cision en consid&eacute;ration du manquement constat&eacute; pour appr&eacute;cier la lic&eacute;it&eacute; d&rsquo;un comportement ou la validit&eacute; d&rsquo;un contrat, les&nbsp;<em>R&egrave;gles ICC pour combattre la corruption&nbsp;<\/em>pouvant leur servir de guide d&rsquo;analyse.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>J&eacute;r&eacute;my Jourdan-Marques<\/strong>&nbsp;se joint &agrave; ces r&eacute;flexions en se demandant si l&rsquo;on peut qualifier \ud83d\udcdd<strong><em>L&rsquo;arbitre&nbsp;<\/em><\/strong>comme&nbsp;<strong><em>juge&nbsp;<\/em>ex&nbsp;ante<em>&nbsp;de la compliance<\/em><\/strong>. S&rsquo;appuyant sur l&rsquo;analyse de Jean-Baptiste Racine, l&rsquo;article d&eacute;bute par une longue introduction relative aux rapports g&eacute;n&eacute;raux entre la compliance et l&rsquo;arbitrage. Puis l&rsquo;auteur traite dans une premi&egrave;re partie l&rsquo;arbitrage en amont de la survenance du litige, visant les rapports de l&rsquo;entreprise dans son organisation avec d&rsquo;autres entreprises pour ses activit&eacute;s &eacute;conomiques, par exemple des agents commerciaux. L&rsquo;auteur examine la fa&ccedil;on dont l&rsquo;arbitrage peut r&eacute;gler des difficult&eacute;s qui surviennent entre eux, y compris lorsque celles-ci sont par ailleurs appr&eacute;hend&eacute;es par le droit de la compliance et les institutions en charge de celui-ci, notamment parce que des faits de corruption sont all&eacute;gu&eacute;s et que le fait est all&eacute;gu&eacute; par le d&eacute;biteur lui-m&ecirc;me alors que le paiement n&rsquo;est pas encore demand&eacute;. La question juridique est alors de savoir s&rsquo;il existe un &laquo;&nbsp;litige&nbsp;&raquo; ou non. Se situant plus encore en amont, l&rsquo;auteur envisage l&rsquo;adoption d&rsquo;un programme de compliance dans lequel le recours &agrave; l&rsquo;arbitrage serait ins&eacute;r&eacute;, pouvant alors &ecirc;tre &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une irresponsabilit&eacute; p&eacute;nale, telle que l&rsquo;article&nbsp;L.&nbsp;122-4 du Code p&eacute;nal la pr&eacute;voit, une sentence arbitrale pouvant produire un tel effet si elle est reconnue dans l&rsquo;ordre juridique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La seconde partie de l&rsquo;article envisage l&rsquo;arbitrage en l&rsquo;absence de pluralit&eacute; de parties, ce &agrave; quoi pourraient correspondre les actes &eacute;mis par l&rsquo;<em>Oversight Board&nbsp;<\/em>de Facebook, cette sorte de juge n&rsquo;&eacute;tant pas saisi par des parties &agrave; un litige. Il pourrait &ecirc;tre judicieux de qualifier ce m&eacute;canisme d&rsquo;arbitrage, m&ecirc;me si cette qualification est difficile &agrave; retenir. En tout cas, si on le faisait en admettant qu&rsquo;une volont&eacute; unilat&eacute;rale fasse na&icirc;tre une mission juridictionnelle, il conviendrait que des garanties entourent une telle institutionnalisation. Elles peuvent passer par des organismes sp&eacute;cifiques en mati&egrave;re de compliance, en dehors ou au sein des institutions d&rsquo;arbitrage existantes, lesquelles doivent alors devenir moteur en la mati&egrave;re. En outre, le choix des arbitres devrait sans doute passer par l&rsquo;institution m&ecirc;me pour que l&rsquo;impartialit&eacute; demeure incontestable et que le profit soit vari&eacute;. La proc&eacute;dure aurait &eacute;galement vocation &agrave; &ecirc;tre infl&eacute;chie du fait de l&rsquo;absence de v&eacute;ritable litige, justifiant l&rsquo;am&eacute;nagement du contradictoire (au sens &eacute;troit de celui-ci, li&eacute; au d&eacute;bat) notamment par l&rsquo;intervention d&rsquo;<em>amicus curiae&nbsp;<\/em>et pour &eacute;viter les fraudes par l&rsquo;arbitrage et dans la proc&eacute;dure. En l&rsquo;absence d&rsquo;adversaire, l&rsquo;office proc&eacute;dural de l&rsquo;arbitre pourrait &ecirc;tre reconsid&eacute;r&eacute;&nbsp;: sans modifier les termes de la question, il serait ad&eacute;quat qu&rsquo;il ait davantage de facult&eacute;s pour d&eacute;cider des mesures ad&eacute;quates &agrave; prendre pour pallier le non-respect des exigences de compliance. Enfin, la publicit&eacute; para&icirc;t &agrave; l&rsquo;auteur indispensable pour que l&rsquo;arbitrage ne soit pas instrumentalis&eacute; par des parties, publicit&eacute; qui pourrait concerner les d&eacute;bats et les pi&egrave;ces produits. Ces exigences certes tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;es donneraient en contrepartie une grande cr&eacute;dibilit&eacute; &agrave; la sentence qui en r&eacute;sulte, justifiant la port&eacute;e de celle-ci, et l&rsquo;on pourrait songer &agrave; labelliser un tel r&eacute;sultat, label dont l&rsquo;entreprise pourrait se pr&eacute;valoir. L&rsquo;auteur en conclut que ces transformations s&rsquo;eloignent tellement de l&rsquo;arbitrage qu&rsquo;on jouxte la d&eacute;naturation, du fait notamment de l&rsquo;absence de litige, mais cela permet aux entreprises d&rsquo;externaliser la gestion de plus en plus lourde de la responsabilit&eacute; engendr&eacute;e par la compliance en lui offrant l&rsquo;assistance d&rsquo;une autorit&eacute; juridictionnelle, d&egrave;s l&rsquo;instant que les garanties proc&eacute;durales en sont renforc&eacute;es.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Suivant le tempo de l&rsquo;arbitrage et les strat&eacute;gies des l&eacute;gislateurs, des contractants et des parties, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Elie Kleiman<\/strong>&nbsp;analyse \ud83d\udcdd<strong><em>Les objectifs de la compliance confront&eacute;s aux acteurs de l&rsquo;arbitrage<\/em><\/strong>. Il rappelle que l&rsquo;arbitrage international, qui demeure le mode de r&egrave;glement privil&eacute;gi&eacute; des diff&eacute;rends n&eacute;s des relations commerciales internationales, est rattrap&eacute; par la compliance dont les manifestations sont partout&nbsp;: centres d&rsquo;arbitrage, arbitres et juridictions de contr&ocirc;le de la r&eacute;gularit&eacute; internationale des sentences sont r&eacute;guli&egrave;rement appel&eacute;s &agrave; prendre en consid&eacute;ration les r&egrave;gles de la compliance.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&rsquo;auteur constate que la compliance a ind&eacute;niablement saisi les acteurs de l&rsquo;arbitrage. En tant qu&rsquo;acteurs d&rsquo;une activit&eacute; non r&eacute;gul&eacute;e, les institutions d&rsquo;arbitrage et les arbitres doivent g&eacute;n&eacute;rer de la confiance&nbsp;; leur aptitude &agrave; une autor&eacute;gulation efficace conditionne le succ&egrave;s de l&rsquo;arbitrage et passe par la transparence et l&rsquo;exemplarit&eacute;. Cette compliance auto-impos&eacute;e est aujourd&rsquo;hui consubstantielle de l&rsquo;arbitrage et s&rsquo;illustre notamment dans les domaines classiques de la pr&eacute;vention des conflits d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts et du contr&ocirc;le de la disponibilit&eacute; des arbitres, mais aussi dans ceux, plus nouveaux, de la parit&eacute; et de la diversit&eacute; ainsi que de la r&eacute;duction de l&rsquo;empreinte carbone. De plus, l&rsquo;activit&eacute; arbitrale et notamment le contr&ocirc;le de la r&eacute;gularit&eacute; internationale des sentences n&rsquo;&eacute;chappent pas &agrave; une application&nbsp;<em>ex&nbsp;post<\/em>&nbsp;des crit&egrave;res issus de la compliance, particuli&egrave;rement en mati&egrave;re de lutte contre la corruption et le blanchiment&nbsp;: il y a alors place pour le d&eacute;bat, notamment en France, en raison de la porosit&eacute; des fronti&egrave;res entre les m&eacute;thodes propres aux r&egrave;gles de compliance imp&eacute;ratives cens&eacute;es pr&eacute;venir les infractions les plus graves, et celles qui sont propres &agrave; la constatation des &eacute;l&eacute;ments constitutifs de celles-ci en mati&egrave;re p&eacute;nale. La question est d&rsquo;importance, d&rsquo;autant que l&rsquo;imp&eacute;rativit&eacute; croissante des prescriptions en mati&egrave;re de changement climatique et de droits humains viendra &eacute;tendre le champ de ces t&eacute;lescopages entre m&eacute;thodes de la compliance et contr&ocirc;le des sentences arbitrales.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Mais l&rsquo;arbitrage s&rsquo;empare &agrave; son tour de la compliance. Ainsi, les arbitres sont amen&eacute;s &agrave; statuer &agrave; l&rsquo;occasion de controverses issues d&rsquo;activit&eacute;s &eacute;conomiques qui sont n&eacute;es de la compliance&nbsp;: contrats relatifs &agrave; la mise en place des dispositifs anticorruption et antiblanchiment comme des obligations de vigilance, op&eacute;rations relatives &agrave; la r&eacute;duction de l&rsquo;empreinte carbone et au changement climatique,&nbsp;etc. En outre, la compliance est &eacute;galement une mati&egrave;re arbitrable, les arbitres &eacute;tant conduits &agrave; appliquer ou prendre en consid&eacute;ration les r&egrave;gles de compliance dans le r&egrave;glement de litiges commerciaux ou d&rsquo;investissement, notamment au titre des cons&eacute;quences que l&rsquo;on peut tirer de leur m&eacute;connaissance ou de leur observation.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette prise en consid&eacute;ration peut prendre bien des formes. &Agrave; ce titre, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Fran&ccedil;ois-Xavier Train&nbsp;<\/strong>analyse les rapports entre \ud83d\udcdd<strong><em>Arbitrage et proc&eacute;dures parall&egrave;les exerc&eacute;es au titre de la compliance<\/em><\/strong>. L&rsquo;article insiste tout d&rsquo;abord sur le principe de l&rsquo;autonomie de la proc&eacute;dure d&rsquo;arbitrage internationale par rapport &agrave; laquelle les proc&eacute;dures parall&egrave;les demeurent &eacute;tanches, qu&rsquo;elles soient p&eacute;nales ou d&eacute;clench&eacute;es au titre du droit de la compliance. Dans la proc&eacute;dure arbitrale qui se d&eacute;roule d&rsquo;une fa&ccedil;on autonome, les arbitres devant lesquels des faits par ailleurs &eacute;voqu&eacute;s dans ces proc&eacute;dures parall&egrave;les, notamment les faits de corruption, apparaissent devant eux comme des faits dont le caract&egrave;re illicite est all&eacute;gu&eacute;, et c&rsquo;est &agrave; ce titre qu&rsquo;ils peuvent et doivent les appr&eacute;hender, en utilisant le standard de preuve qu&rsquo;est le faisceau d&rsquo;indices.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Dans un second temps, l&rsquo;article met en lumi&egrave;re les limites de l&rsquo;autonomie de l&rsquo;arbitrage international. Il peut s&rsquo;agir de limites de fait, car dans sa recherche des preuves les&nbsp;<em>red flags&nbsp;<\/em>sont souvent des preuves trop peu consistantes pour asseoir une sentence, d&rsquo;autant plus que celle-ci peut subir le contr&ocirc;le par le juge de sa conformit&eacute; &agrave; l&rsquo;ordre public international, l&rsquo;annulation par le juge pouvant s&rsquo;appuyer sur des &eacute;l&eacute;ments ext&eacute;rieurs, voire ult&eacute;rieurs &agrave; la proc&eacute;dure d&rsquo;arbitrage. Il peut alors &ecirc;tre sage pour les arbitres, qui n&rsquo;y sont pas contraints, de suspendre leur proc&eacute;dure pour attendre les r&eacute;sultats des proc&eacute;dures parall&egrave;les entam&eacute;es au titre de la compliance, pour que les cours en soient harmonieux.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Enfin, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Claire Debourg<\/strong>&nbsp;examine \ud83d\udcdd<strong><em>La compliance au stade du contr&ocirc;le des sentences arbitrales<\/em><\/strong>. L&rsquo;article analyse le r&ocirc;le de la compliance une fois la sentence arbitrale rendue, &agrave; l&rsquo;occasion du contr&ocirc;le de celle-ci par le juge &eacute;tatique. L&rsquo;auteur souligne d&rsquo;une fa&ccedil;on g&eacute;n&eacute;rale que le juge peut &agrave; cette occasion contr&ocirc;ler l&rsquo;application par l&rsquo;arbitre des r&egrave;gles de compliance, le conduisant &agrave; d&eacute;finir celles-ci comme un ensemble de techniques de d&eacute;tection et de pr&eacute;vention de pratiques r&eacute;pr&eacute;hensibles, notamment par de la&nbsp;<em>Soft Law&nbsp;<\/em>mise en place par les entreprises et s&rsquo;articulant avec des r&egrave;gles imp&eacute;ratives, comme la loi dite &laquo;&nbsp;Sapin&nbsp;2&nbsp;&raquo; de 2016 ou la loi dite &laquo;&nbsp;Vigilance&nbsp;&raquo; de 2017, qui fait s&rsquo;interp&eacute;n&eacute;trer compliance et arbitrage. Dans un litige soumis &agrave; un arbitrage, la violation d&rsquo;une r&egrave;gle de compliance peut &ecirc;tre all&eacute;gu&eacute;e par l&rsquo;une des parties, parce qu&rsquo;une obligation de compliance aura &eacute;t&eacute; contractualis&eacute;e, par exemple mettant &agrave; la charge d&rsquo;une partie la pr&eacute;vention de la corruption ou le devoir contractualis&eacute; de vigilance, dont le manquement justifiera une r&eacute;siliation, le d&eacute;clenchement de p&eacute;nalit&eacute;s ou une responsabilit&eacute; contractuelle, voire une annulation en cas d&rsquo;obligation pr&eacute;contractuelle de transfert d&rsquo;information.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le juge &eacute;tatique intervient alors &agrave; ce titre, avec le pouvoir d&rsquo;annuler la sentence ou d&rsquo;en refuser l&rsquo;<em>exequatur<\/em>&nbsp;en France en cas de violation de l&rsquo;ordre public international, la compliance pouvant aussi &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e dans le contr&ocirc;le fait par le juge du respect par l&rsquo;arbitre de sa mission et des principes d&rsquo;ind&eacute;pendance et d&rsquo;impartialit&eacute;. L&rsquo;article d&eacute;veloppe plus particuli&egrave;rement le contr&ocirc;le d&eacute;sormais renforc&eacute; au titre de l&rsquo;ordre public international. L&rsquo;auteur doute que l&rsquo;on puisse &eacute;lever les r&egrave;gles de compliance au rang d&rsquo;ordre public international pouvant fonder une annulation de sentence. Mais sa consid&eacute;ration joue un r&ocirc;le indirect en ce que ses outils permettent d&rsquo;&eacute;tablir des violations de r&egrave;gles d&rsquo;ordre public international, conduisant &agrave; faire jouer &agrave; la compliance un r&ocirc;le probatoire d&eacute;cisif pour l&rsquo;effectivit&eacute; de l&rsquo;ordre public international dont le juge est le gardien.<\/p>\n<p style=\"text-align:center\">____<\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>Partie&nbsp;IV.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:center\"><span style=\"color:rgb(178, 34, 34)\"><strong>Le juge dans le droit de&nbsp;la compliance<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Pas plus que pour le reste du Droit, le juge n&rsquo;est l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment pathologique du droit de la compliance&nbsp;: il est au contraire celui qui fait le lien entre l&rsquo;entreprise et les obligations de compliance que celle-ci prend &agrave; sa charge, sur ordre des l&eacute;gislateurs ou parce qu&rsquo;elle partage leur volont&eacute; de servir des int&eacute;r&ecirc;ts communs, ce lien &eacute;tant &eacute;prouv&eacute; et confort&eacute; &agrave; travers les proc&egrave;s. C&rsquo;est pourquoi, plus le droit de la compliance va gagner en maturit&eacute; et plus il va laisser une part de plus en plus restreinte au juge p&eacute;nal, pour avoir une conception plus g&eacute;n&eacute;rale de l&rsquo;office du juge, celui-ci &eacute;tant lui-m&ecirc;me renouvel&eacute; par le droit de la compliance en ce qu&rsquo;il va se situer en&nbsp;<em>ex&nbsp;ante<\/em>, notamment en mati&egrave;re num&eacute;rique et climatique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est dans cette perspective que \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Marie-Anne Frison-Roche<\/strong>&nbsp;ouvre ce chapitre&nbsp;IV en examinant \ud83d\udcdd<strong><em>Le juge, l&rsquo;obligation de compliance et l&rsquo;entreprise&nbsp;: le syst&egrave;me probatoire<\/em><\/strong>. Devant le juge, l&rsquo;entreprise doit prouver qu&rsquo;elle a mis en &oelig;uvre son obligation de compliance, la preuve op&eacute;rant ainsi le lien qui doit effectuer entre l&rsquo;entreprise dans son rapport avec les obligations de compliance qu&rsquo;elle assume et les juges devant lesquels elle rend compte &agrave; ce titre&nbsp;: ce lien est op&eacute;r&eacute; par le jeu des preuves. Or le syst&egrave;me probatoire de la preuve est encore &agrave; construire, ce dont la contribution pose les prol&eacute;gom&egrave;nes. &Agrave; cette fin, l&rsquo;article d&eacute;bute par une description de ce qui est d&eacute;sign&eacute; comme le &laquo;&nbsp;carr&eacute; probatoire&nbsp;&raquo; dans un &laquo;&nbsp;syst&egrave;me probatoire&nbsp;&raquo; qui se superpose au syst&egrave;me des r&egrave;gles de droit substantiel. Cela est d&rsquo;autant plus important que la compliance semble &ecirc;tre en choc frontal dans ses principes m&ecirc;mes avec les principes g&eacute;n&eacute;raux du syst&egrave;me probatoire, notamment parce qu&rsquo;il semble que l&rsquo;entreprise doive prouver l&rsquo;existence du Droit ou qu&rsquo;elle doive supporter d&rsquo;une fa&ccedil;on d&eacute;finitive la charge de prouver l&rsquo;absence de violation, ce qui para&icirc;t contraire non seulement &agrave; la pr&eacute;somption d&rsquo;innocence mais aussi au principe de la libert&eacute; d&rsquo;action et d&rsquo;entreprendre. Pour r&eacute;articuler le droit de la compliance, les obligations de compliance qui l&eacute;gitimement p&egrave;sent sur l&rsquo;entreprise, il faut revenir sur le syst&egrave;me probatoire sp&eacute;cifique &agrave; la compliance, pour que celle-ci demeure dans l&rsquo;&Eacute;tat de droit. Cela suppose que l&rsquo;on adopte une d&eacute;finition substantielle de la compliance, qui ne soit pas seulement le respect des r&egrave;gles, ce qui n&rsquo;est qu&rsquo;une dimension minimale, mais que l&rsquo;on d&eacute;finisse le droit de la compliance par les buts monumentaux pour lesquels, d&rsquo;une fa&ccedil;on substantielle, les autorit&eacute;s publiques et les entreprises font alliance. Le syst&egrave;me probatoire g&eacute;n&eacute;ral fait jouer ses quatre sommets entre eux&nbsp;: &nbsp;la charge des preuves, les objets de preuve, les moyens de preuve et leur recevabilit&eacute;. Le droit de la compliance ne sort pas de ce carr&eacute; probatoire, marquant en cela sa pleine appartenance &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat de droit pour poser les bases du syst&egrave;me probatoire sp&eacute;cifique au droit de la compliance. La premi&egrave;re partie de l&rsquo;article cerne les objets de preuve qui lui sont sp&eacute;cifiques, en distinguant les dispositifs structurels, d&rsquo;une part, et les comportements attendus, d&rsquo;autre part. Les premiers impliquent que soit prouv&eacute;e la mise en place effective des structures requises au regard des buts monumentaux de la compliance. L&rsquo;objet de preuve est alors l&rsquo;effectivit&eacute; de cette mise en place, ce qui pr&eacute;sente l&rsquo;efficacit&eacute; du dispositif. En ce qui concerne les obligations comportementales, l&rsquo;objet de preuve est dans les efforts d&eacute;ploy&eacute;s par l&rsquo;entreprise pour obtenir ces comportements le principe de proportionnalit&eacute; gouvernant l&rsquo;&eacute;tablissement de cette preuve, tandis que l&rsquo;efficience syst&eacute;mique de l&rsquo;ensemble conforte le dispositif probatoire. Mais la sagesse probatoire consiste pour l&rsquo;entreprise, alors m&ecirc;me que le principe demeure celui de la libert&eacute; de la preuve, &agrave; pr&eacute;constituer l&rsquo;effectivit&eacute;, l&rsquo;efficacit&eacute; et l&rsquo;efficience de l&rsquo;ensemble, ind&eacute;pendamment des charges de preuve.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La deuxi&egrave;me partie de l&rsquo;article vise ceux qui supportent la charge de preuve en droit de la compliance. Celui-ci fait porter par principe ce poids sur l&rsquo;entreprise, au regard de ses obligations l&eacute;gales. Cette charge vient de l&rsquo;origine l&eacute;gale des obligations, laquelle bloque la &laquo;&nbsp;ronde des charges de preuve&nbsp;&raquo;. Mais dans l&rsquo;interf&eacute;rence des diff&eacute;rents sommets du carr&eacute; probatoire, la question devient plus d&eacute;licate lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de d&eacute;terminer les contours des obligations de compliance que l&rsquo;entreprise doit ex&eacute;cuter. En outre, la charge de preuve peut elle-m&ecirc;me faire l&rsquo;objet de preuve, comme l&rsquo;ex&eacute;cution par l&rsquo;entreprise de ses obligations l&eacute;gales peut elle aussi faire l&rsquo;objet de contrats, ce qui fait revenir dans le syst&egrave;me probatoire ordinairement applicable aux obligations contractuelles. La situation est d&rsquo;ailleurs diff&eacute;rente lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un &laquo;&nbsp;contrat de compliance&nbsp;&raquo; ou lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une ou de plusieurs stipulations de compliance, notions encore peu &eacute;labor&eacute;es en droit des contrats. En outre, toutes les branches du Droit appartenant &agrave; un syst&egrave;me juridique qui gouvernent par le principe de l&rsquo;&Eacute;tat de droit, d&rsquo;autres branches du Droit interf&egrave;rent et modifient les m&eacute;thodes et solutions probatoires. Il en est ainsi lorsque le fait, qui est objet de preuve, peut donner lieu &agrave; sanction, le droit de la r&eacute;pression imposant ses solutions propres en mati&egrave;re de charge de preuve. Dans une troisi&egrave;me partie de l&rsquo;article, sont examin&eacute;s les moyens de preuve pertinents en droit de la compliance, utilis&eacute;s parce que le droit de la compliance est avant tout une branche du Droit dont l&rsquo;objet est d&rsquo;une part l&rsquo;information et d&rsquo;autre part l&rsquo;avenir. Des questions ouvertes demeurent, comme celle de savoir si les entreprises pourraient &ecirc;tre contraintes par le juge &agrave; construire des technologies pour inventer de nouveaux moyens de preuve afin de donner &agrave; voir qu&rsquo;elles concr&eacute;tisent effectivement les buts monumentaux dont elles sont charg&eacute;es. Dans une quatri&egrave;me partie est montr&eacute; le caract&egrave;re vital de la pr&eacute;constitution des preuves, qui est le reflet de la nature&nbsp;<em>ex&nbsp;ante&nbsp;<\/em>du droit de la compliance&nbsp;: il faut pr&eacute;constituer des preuves pour &eacute;carter la perspective m&ecirc;me d&rsquo;avoir &agrave; les utiliser, en trouvant tous les moyens d&rsquo;&eacute;tablir l&rsquo;effectivit&eacute;, l&rsquo;efficacit&eacute;, voire l&rsquo;efficience des diff&eacute;rents outils de la compliance. Si les entreprises font tout cela avec m&eacute;thode, le syst&egrave;me probatoire de la compliance sera &eacute;tabli, en harmonie &agrave; la fois avec le syst&egrave;me probatoire g&eacute;n&eacute;ral, le droit de la compliance et l&rsquo;&Eacute;tat de droit.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Juliette Morel-Maroger<\/strong>&nbsp;montre la part que les juges prennent dans cette insertion de la compliance dans l&rsquo;&Eacute;tat de droit, notamment en Europe, en &eacute;tudiant \ud83d\udcdd<strong><em>La r&eacute;ception des normes de la compliance par les juges de l&rsquo;Union europ&eacute;enne<\/em><\/strong>. Elle montre que, destin&eacute;es &agrave; poursuivre la r&eacute;alisation d&rsquo;objectifs d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral &ndash;&nbsp;ou de buts monumentaux&nbsp;&ndash; les normes de compliance ont en principe pour objet de modifier et d&rsquo;orienter les comportements des op&eacute;rateurs &eacute;conomiques. Pour parvenir &agrave; la r&eacute;alisation de ces objectifs, la compliance utilise toute la vari&eacute;t&eacute; de la gamme de la normativit&eacute;. Quel est et doit &ecirc;tre le r&ocirc;le des juges de l&rsquo;Union europ&eacute;enne face au d&eacute;veloppement des normes de compliance&nbsp;? Comme en droit interne, la juridicit&eacute; m&ecirc;me des normes de compliance &eacute;labor&eacute;es par les autorit&eacute;s de r&eacute;gulation est contest&eacute;e.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Il conviendra d&rsquo;analyser dans un premier temps quel contr&ocirc;le op&egrave;rent les juges de l&rsquo;Union europ&eacute;enne &agrave; leur &eacute;gard, la question se posant ici essentiellement pour les r&egrave;gles de droit souple dont la contestation peut &ecirc;tre envisag&eacute;e par deux voies&nbsp;: par le biais d&rsquo;un recours en annulation et par voie d&rsquo;exception par le biais d&rsquo;un recours pr&eacute;judiciel. Mais au-del&agrave; du contr&ocirc;le de la l&eacute;galit&eacute; des normes de compliance exerc&eacute; par les juges europ&eacute;ens, ceux-ci contribuent aussi &agrave; leur application. L&rsquo;efficacit&eacute; de la compliance repose avant tout sur l&rsquo;adh&eacute;sion de ses destinataires, les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques &eacute;tant sans aucun doute les premiers acteurs de son succ&egrave;s. Mais les juges de l&rsquo;Union europ&eacute;enne, comp&eacute;tents pour trancher les litiges relatifs &agrave; l&rsquo;application du droit de l&rsquo;Union europ&eacute;enne entre les &Eacute;tats membres, les institutions europ&eacute;ennes et les requ&eacute;rants individuels, peuvent &ecirc;tre amen&eacute;s dans le cadre des recours dont ils sont saisis &agrave; assurer l&rsquo;effectivit&eacute; des normes europ&eacute;ennes de compliance et &agrave; les interpr&eacute;ter.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L&rsquo;efficacit&eacute; juridictionnelle tient aussi dans la simplicit&eacute;. Dans cette perspective, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Sophie Schiller<\/strong>&nbsp;&eacute;voque \ud83d\udcdd<strong><em>Un juge unique en cas de manquement international &agrave; des obligations de compliance<\/em><\/strong>. Elle souligne que, vu le caract&egrave;re tr&egrave;s international des sujets appr&eacute;hend&eacute;s, des acteurs en cause et donc des contentieux en mati&egrave;re de compliance, il est essentiel de savoir si une personne peut &ecirc;tre mise en cause devant plusieurs juges, rattach&eacute;s &agrave; des &eacute;tats diff&eacute;rents, ou m&ecirc;me si elle peut &ecirc;tre condamn&eacute;e par plusieurs juridictions. La r&eacute;ponse est donn&eacute;e par le principe&nbsp;<em>non bis in idem<\/em>&nbsp;qui fait l&rsquo;objet d&rsquo;une riche jurisprudence sur le fondement de l&rsquo;article&nbsp;4 du protocole no&nbsp;7 de la CEDH, clairement inapplicable pour des juridictions &eacute;manant d&rsquo;&Eacute;tats diff&eacute;rents. Pour appr&eacute;cier si des manquements &agrave; des obligations de compliance pourront faire l&rsquo;objet de sanctions multiples dans des &eacute;tats diff&eacute;rents, il conviendra de rechercher d&rsquo;abord si des fondements textuels sont invocables. &Agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne, l&rsquo;article&nbsp;50 de la Charte des droits fondamentaux permet aujourd&rsquo;hui d&rsquo;invoquer le principe&nbsp;<em>non bis in idem<\/em>. Applicable &agrave; tous les domaines de la compliance, il assure une protection tr&egrave;s forte qui couvre non seulement les condamnations, mais &eacute;galement les poursuites. Tout comme ses effets, le champ d&rsquo;application de l&rsquo;article&nbsp;50 est tr&egrave;s large. Les proc&eacute;dures concern&eacute;es sont celles qui ont une nature r&eacute;pressive, au-del&agrave; de celles prononc&eacute;es par des juridictions p&eacute;nales au sens strict, ce qui permet de couvrir les condamnations prononc&eacute;es par une des nombreuses autorit&eacute;s de r&eacute;gulation comp&eacute;tentes en mati&egrave;re de compliance. &Agrave; l&rsquo;&eacute;chelle internationale, la situation est moins claire. Pourra &ecirc;tre invoqu&eacute; l&rsquo;article&nbsp;14-7 du Pacte international sur les droits civils et politiques, &agrave; condition de surmonter plusieurs obstacles dont la d&eacute;cision du 2&nbsp;novembre 1987 du Comit&eacute; des droits de l&rsquo;homme qui l&rsquo;a restreint au cadre interne, c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;une double condamnation par un m&ecirc;me &Eacute;tat.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">M&ecirc;me si des fondements sont applicables, deux sp&eacute;cificit&eacute;s des situations de compliance risquent d&rsquo;entraver leur application, les premi&egrave;res li&eacute;es aux r&egrave;gles processuelles applicables, en particulier les r&egrave;gles de comp&eacute;tence, et les secondes li&eacute;es aux sp&eacute;cificit&eacute;s des situations. L&rsquo;application de la r&egrave;gle&nbsp;<em>non bis in idem<\/em>&nbsp;n&rsquo;est formellement admise qu&rsquo;en ce qui concerne la comp&eacute;tence universelle et les comp&eacute;tences personnelles, c&rsquo;est-&agrave;-dire les comp&eacute;tences extraterritoriales, ce qui ne constitue qu&rsquo;une partie des comp&eacute;tences. La Cour de cassation l&rsquo;a confirm&eacute; dans le c&eacute;l&egrave;bre arr&ecirc;t dit &laquo;&nbsp;P&eacute;trole contre nourriture&nbsp;&raquo; du 14&nbsp;mars 2018. Le refus de reconna&icirc;tre &agrave; ce principe un caract&egrave;re universel, quelle que soit la r&egrave;gle de comp&eacute;tence en cause, prive les entreprises fran&ccedil;aises d&rsquo;un moyen de d&eacute;fense. En outre, la r&eacute;pression des atteintes aux r&egrave;gles de compliance se r&egrave;gle de plus en plus souvent par des m&eacute;canismes transactionnels. Ces derniers n&rsquo;entreront pas toujours dans le champ d&rsquo;application des r&egrave;gles europ&eacute;ennes et internationales posant le principe&nbsp;<em>non bis in idem<\/em>, faute d&rsquo;&ecirc;tre parfois qualifi&eacute;s de &laquo;&nbsp;jugement d&eacute;finitif&nbsp;&raquo; selon les termes de l&rsquo;article&nbsp;50 de la Charte des droits fondamentaux et de l&rsquo;article&nbsp;14-7 du Pacte international sur les droits civils et politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Les manquements commis en mati&egrave;re de compliance reposent souvent sur des actes multiples. En d&eacute;coulent des prescriptions dont le point de d&eacute;part est retard&eacute; au dernier &eacute;v&eacute;nement et une comp&eacute;tence juridictionnelle facilit&eacute;e pour les juridictions fran&ccedil;aises d&egrave;s lors qu&rsquo;un seul des faits constitutifs est constat&eacute; en France. En mati&egrave;re de compliance, le principe&nbsp;<em>non bis in idem&nbsp;<\/em>ne permet g&eacute;n&eacute;ralement donc pas de prot&eacute;ger les entreprises et n&rsquo;emp&ecirc;che pas qu&rsquo;elles soient attraites devant des juridictions de deux pays diff&eacute;rents pour la m&ecirc;me affaire. Il leur accorde n&eacute;anmoins une autre protection, en obligeant &agrave; tenir compte des d&eacute;cisions &eacute;trang&egrave;res pour d&eacute;terminer le montant de la peine. La sanction retenue contre Airbus SE dans la Convention judiciaire d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public (CJIP) du 29&nbsp;janvier 2020 en est une parfaite illustration.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Pour int&eacute;grer tant de perspectives diff&eacute;rentes, le juge doit utiliser des m&eacute;thodes nouvelles, dont le droit souple est un &eacute;l&eacute;ment central. \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Fabien Raynaud<\/strong>&nbsp;&eacute;tudie \ud83d\udcdd<strong><em>Le juge administratif et la compliance<\/em><\/strong>. Il y souligne les rapports &eacute;troits entre la compliance et le droit souple, tel que le juge administratif l&rsquo;a introduit dans sa jurisprudence. Ce fut notamment le cas par les arr&ecirc;ts du Conseil d&rsquo;&Eacute;tat de 2016, portant sur des sujets de droit de la r&eacute;gulation, ce que prolonge le droit de la compliance. Ce souci d&rsquo;internaliser dans les entreprises ce que veulent les autorit&eacute;s publiques avait d&rsquo;ailleurs &eacute;t&eacute; pris en consid&eacute;ration par le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat par petites touches &agrave; partir de 2010 et s&rsquo;est continuellement &eacute;toff&eacute;. C&rsquo;est notamment le cas lorsque les documents &eacute;mis sont &laquo;&nbsp;de nature &agrave; produire des effets notables, notamment de nature &eacute;conomique, ou ont pour objet d&rsquo;influer de mani&egrave;re significative sur les comportements des personnes auxquelles ils s&rsquo;adressent&nbsp;&raquo;, ce qui rejoint directement les enjeux de compliance. La nouvelle conception adopt&eacute;e par le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat a conduit celui-ci &agrave; contr&ocirc;ler de nombreuses &laquo;&nbsp;positions&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;recommandations&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;lignes directrices&nbsp;&raquo;,&nbsp;etc., adopt&eacute;es par de multiples autorit&eacute;s, notamment pour prot&eacute;ger les personnes sur lesquelles ces actes ont un &laquo;&nbsp;effet notable&nbsp;&raquo;, n&rsquo;h&eacute;sitant pas parfois &agrave; censurer l&rsquo;organisme &eacute;metteur. Le droit souple en mati&egrave;re de compliance bancaire, plus sp&eacute;cifiquement &eacute;mis par l&rsquo;EBA, a donn&eacute; au juge administratif l&rsquo;occasion d&rsquo;ajuster son contr&ocirc;le &agrave; celui exerc&eacute; par la Cour de justice saisie par une question pr&eacute;judicielle.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ainsi, par sa jurisprudence sur la justiciabilit&eacute; des actes de droit souple, le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat s&rsquo;affirme donc comme un acteur de la compliance en permettant aux entit&eacute;s vis&eacute;es par ces actes et soumises &agrave; leur &eacute;gard &agrave; une obligation de compliance de saisir le juge administratif d&rsquo;un recours en annulation contre ces actes, afin qu&rsquo;ils puissent &ecirc;tre soumis &agrave; un contr&ocirc;le de l&eacute;galit&eacute; et, le cas &eacute;ch&eacute;ant, annul&eacute;s. Mais encore faut-il que le juge administratif soit saisi. Il peut l&rsquo;&ecirc;tre dans de nouveaux domaines, par exemple en mati&egrave;re climatique, comme cela fut le cas dans l&rsquo;affaire&nbsp;<em>Grande Synthe<\/em>. Par sa d&eacute;cision, Le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat va ainsi au bout de la logique du dispositif mis en place par le l&eacute;gislateur et par le pouvoir r&eacute;glementaire pour mettre en &oelig;uvre les accords de Paris, lesquels reposent sur une forme de compliance &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale, chaque &Eacute;tat signataire s&rsquo;engageant, en quelque sorte, &agrave; faire le n&eacute;cessaire pour atteindre un objectif commun &agrave; une date donn&eacute;e, &agrave; charge pour chacun de s&rsquo;organiser pour l&rsquo;atteindre. En l&rsquo;absence d&rsquo;un juge international capable de v&eacute;rifier le respect de ces engagements, le juge national appara&icirc;t le plus naturel pour accepter de v&eacute;rifier, lorsqu&rsquo;il est saisi d&rsquo;un litige en ce sens, que ces engagements ne restent pas lettre morte. Par ce mouvement g&eacute;n&eacute;ral, &laquo;&nbsp;La compliance est devenue un nouveau mode de r&eacute;gulation d&rsquo;un nombre croissant d&rsquo;activit&eacute;s&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">De ce mouvement g&eacute;n&eacute;ral, le juge du Droit ne saurait &ecirc;tre absent. C&rsquo;est lui qu&rsquo;\ud83d\udd74\ufe0f<strong>Olivier Douvreleur&nbsp;<\/strong>examine dans ce nouveau rapprochement&nbsp;: \ud83d\udcdd<strong><em>Compliance et juge du Droit<\/em><\/strong>. L&rsquo;auteur admet que la compliance entretient avec le juge, et plus encore avec le juge du Droit, celui qui, par principe, ne conna&icirc;t pas des faits qu&rsquo;il laisse &agrave; l&rsquo;appr&eacute;ciation souveraine des juges du fond &ndash;&nbsp;la Cour de cassation dans l&rsquo;ordre judiciaire&nbsp;&ndash;, des rapports complexes. &Agrave; premi&egrave;re vue, la compliance est une technique internalis&eacute;e dans les entreprises et la place qu&rsquo;occupent les techniques de&nbsp;<em>justice n&eacute;goci&eacute;e&nbsp;<\/em>appelle peu l&rsquo;intervention du juge du droit.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Son r&ocirc;le a pourtant vocation &agrave; se d&eacute;velopper, notamment &agrave; propos du devoir de vigilance ou dans l&rsquo;articulation entre les branches du droit lorsque la compliance rencontre le droit du travail, ou encore dans l&rsquo;ajustement entre le droit am&eacute;ricain et notre syst&egrave;me juridique. La fa&ccedil;on dont le principe de proportionnalit&eacute; va prendre place dans le droit de la compliance est &eacute;galement un enjeu majeur pour le juge du droit.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Enfin, ce qui est logique puisque le droit de la compliance se d&eacute;finit par ses buts monumentaux, lesquels peuvent eux-m&ecirc;mes se retrouver dans l&rsquo;ambition de prot&eacute;ger la personne, \ud83d\udd74\ufe0f<strong>Erik Wennerstr&ouml;m<\/strong>&nbsp;termine ce livre par \ud83d\udcdd<strong><em>Quelques r&eacute;flexions sur la compliance et la Cour europ&eacute;enne des droits de l&rsquo;homme<\/em><\/strong>. L&rsquo;auteur rappelle que le d&eacute;veloppement de la jurisprudence de la Cour europ&eacute;enne des droits de l&rsquo;homme, contribuant &agrave; l&rsquo;int&eacute;gration europ&eacute;enne, a int&eacute;gr&eacute; l&rsquo;id&eacute;e substantielle de &laquo;&nbsp;compliance&nbsp;&raquo; qui d&eacute;passe l&rsquo;id&eacute;e de l&eacute;galit&eacute;, par rapport &agrave; laquelle les entreprises demeurent passives, et promeut les syst&egrave;mes juridiques comme des ensembles en interaction les uns avec les autres. L&rsquo;auteur d&eacute;veloppe l&rsquo;esprit et la port&eacute;e du Protocole&nbsp;15 par lequel sont organis&eacute;s &agrave; la fois le principe de subsidiarit&eacute; et les marges de man&oelig;uvre des &Eacute;tats signataires de la Convention, m&eacute;canismes &eacute;clair&eacute;s par le principe de proportionnalit&eacute;. La subsidiarit&eacute; pose que les &Eacute;tats sont les mieux plac&eacute;s pour concevoir l&rsquo;application la plus ad&eacute;quate de la Convention, les liens &eacute;troits entre les &Eacute;tats permettant une application efficace de celle-ci. En outre, la proc&eacute;dure d&rsquo;avis qui permet &agrave; une juridiction nationale d&rsquo;avoir, sur un cas pendant, l&rsquo;opinion non obligatoire de la CEDH assure une meilleure efficace de la compliance au regard des objectifs de la Convention.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La jurisprudence de la Cour reprend cette exigence substantielle &agrave; travers sa doctrine, notamment d&eacute;gag&eacute;e dans le cas&nbsp;<em>Bosphorus<\/em>, en soulignant que l&rsquo;adh&eacute;sion d&rsquo;un &Eacute;tat &agrave; l&rsquo;Union europ&eacute;enne pr&eacute;sume son respect des obligations d&eacute;coulant de la CEDH, en ex&eacute;cutant le droit de l&rsquo;Union europ&eacute;enne, m&ecirc;me si cette pr&eacute;somption peut &ecirc;tre r&eacute;fut&eacute;e si la protection est manifestement d&eacute;faillante, ce qui fut admis dans plusieurs affaires, notamment &agrave; propos du droit &agrave; un tribunal impartial en mati&egrave;re de r&eacute;gulation &eacute;conomique. S&rsquo;articulent ainsi les diff&eacute;rents ordres juridiques. L&rsquo;auteur conclut que la Cour europ&eacute;enne des droits de l&rsquo;homme, comme la Cour de justice de l&rsquo;Union, contribue &agrave; la construction du droit de la compliance en Europe, dans une perspective&nbsp;<em>ex&nbsp;ante<\/em>&nbsp;favorisant les avis plut&ocirc;t que les sanctions&nbsp;<em>ex&nbsp;post<\/em>&nbsp;et cr&eacute;ant, notamment par la doctrine&nbsp;<em>Bosphorus<\/em>, des &eacute;l&eacute;ments de s&eacute;curit&eacute; et de confiance pour l&rsquo;int&eacute;gration europ&eacute;enne autour des valeurs communes aux diff&eacute;rents syst&egrave;mes juridiques articul&eacute;s et laissant aux &Eacute;tats les marges ad&eacute;quates pour favoriser cette int&eacute;gration.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ainsi s&rsquo;ach&egrave;ve cet ouvrage qui montre non seulement l&rsquo;ampleur de\ud83d\udcd5<strong><em>La juridictionnalisation de la compliance<\/em><\/strong>, mais encore les bienfaits que les &Eacute;tats de droit auront &agrave; l&rsquo;avenir &agrave; en tirer profit pour que la compliance ne soit pas le fait d&rsquo;ob&eacute;ir aveugl&eacute;ment &agrave; la r&eacute;glementation, ce qui est la marque des syst&egrave;mes totalitaires, mais au contraire soit le fait de tendre, dans une alliance entre les autorit&eacute;s publiques et les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques cruciaux, vers la concr&eacute;tisation de buts monumentaux, dont la protection de la personne est le c&oelig;ur, marque des d&eacute;mocraties.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est cela aussi l&rsquo;enjeu mondial du droit de la compliance.<\/p>\n<p style=\"text-align:center\">________<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ouvrage \ud83d\udcd5La juridictionnalisation de la compliance&nbsp;rel&egrave;ve un d&eacute;fi&nbsp;: comment comprendre, mettre en coh&eacute;rence et anticiper l&rsquo;&eacute;volution d&rsquo;un droit qui tout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":66348,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[36290,36302,43538],"tags":[],"type_de_fiche":[36688],"matiere":[36740,36742],"class_list":["post-112041","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cv-economic-law-publications","category-cv-justice-procedure-publications-en","category-articles-jorc","type_de_fiche-articles-in-the-journal-of-regulation-compliance-jorc","matiere-economic-law-regulation-and-compliance","matiere-justice-and-procedure"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\ud83d\udcddLignes de force de l&#039;ouvrage La juridictionnalisation de la Compliance, in \ud83d\udd74\ufe0fM.-A. 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